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Arlequin

Le cadeau

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L’orage faisait rage, cette nuit là, sur la petite ville anglaise de Portland. Le vent soufflait en rafales impressionnantes et, par moment, la pluie tombait si fort au sol, qu’elle arrivait à couvrir les grondements du tonnerre ; on aurait presque pu croire qu’un être suprême, tout là-haut, hurlait sa douleur avant même que l’horreur n’ait eu lieu.

Un véhicule militaire s’arrêta à l’entrée de Portland. Le chauffeur expliqua à sa passagère qu’il ne pouvait aller plus loin sans risque et qu’il était encore temps, pour elle, de faire demi-tour : son absence n’avait pas encore dû être remarquée. Mais sa décision était prise et irrévocable ; qu’importe les risques encourus, elle devait faire ce qu’elle avait à faire, car, au plus profond de son être, quelque chose lui disait qu’elle n’en aurait plus l’occasion. Elle remercia son chauffeur et descendit de la jeep, se faisant aussitôt agresser par les grosses gouttes de pluie ; il ne fallut que quelques secondes pour que son uniforme soit entièrement trempé.

Toute la ville avait été plongée dans le noir total et, malgré des éclairs à répétitions, elle avait beaucoup de mal à voir à plus de 2 mètres devant elle, tant le rideau de pluie était épais. Elle avait retiré ses chaussures, afin de pouvoir courir en silence et la plante de ses pieds commençaient à souffrir de meurtrissures. A présent, la pluie passait au travers de ses vêtements, dégoulinant le long de son dos, trempant ses sous-vêtements. La douleur, le froid, la peur d’être prise et arrêtée : tout ceci n’arrivait pas à la faire fléchir.

Contrairement à ce qu’elle avait cru, les rues étaient désertes. Elle s’était préparée à devoir jouer à cache-cache avec la Police Militaire, mais, finalement, elle arriva sans encombre à l’entrée du port.

Le spectacle était dantesque et la plongea dans une certaine fascination. La pluie s’étant un peu calmée, elle pouvait distinguer, dès qu’un éclair déchirait le ciel, une grosse masse sombre et mouvante ; elle se trouvait devant une petite partie de la plus grosse armada de tous les temps, des navires ancrés les uns près des autres, tanguant dans un même rythme, sous l’effet de la houle apportée par la tempête faisant rage au large.

Un coup de tonnerre plus fort que les autres la fit sursauter ; la foudre avait dû s’abattre non loin d’ici. Elle reprit son chemin, se faufilant entre les grosses caisses en bois jonchant le port, à la recherche d’un seul nom. Elle ne savait pas exactement où était ancré le navire, mais elle priait tous les saints du ciel pour qu’il soit à quai et non pas un peu plus loin au large. Après de longues minutes qui lui parurent interminables, son cœur se mit à battre plus vite : il était là, devant elle, le HMS Thomas Jefferson.

Un garde se tenait devant l’entrée de la passerelle menant au bâtiment. Tout en avançant vers lui, elle se rendit compte combien elle avait peu de chance de pouvoir aller plus loin. Certes, ce soldat ne la connaissant pas, il ne pouvait pas savoir qu’elle avait transgressé une règle passible de la Cours Martiale, mais combien de chance avait-elle de pouvoir trouver un homme précis, parmi des centaines de millier d’autres embarqués sur ce transporteur de troupe ? A cette idée, son cœur se serra et elle sentit les larmes du désespoir monter en elle.

Le soldat observait d’un air incrédule cette forme qui avançait lentement vers lui et se mit au garde à vous lorsqu’il aperçu les insignes ornant son uniforme. Puis, peu à peu, l’incrédulité fit place à l’admiration, quand cette femme officier, trempée jusqu’aux os, lui expliqua ce qu’elle faisait ici. Elle le supplia de l’aider et il se mit à penser qu’il avait, devant lui, le plus bel ange que la Terre ait porté et qu’il ne pouvait faire autrement que de tenter de l’aider. Il lui demanda si elle savait dans quelle compagnie se trouvait son fiancé, mais la seule chose dont elle se souvenait, est que la compagnie en question ferait partie des premières à débarquer. Ce peu d’élément sembla suffire au soldat qui, bravant lui aussi un ordre pouvant lui coûter cher, gravit la passerelle d’embarquement, disparaissant très vite dans l’obscurité de la nuit.

La pluie, qui semblait vouloir cesser à un moment, s’était remise à tomber de plus belle. Perdue entre espoir et désespoir, la jeune femme commençait à ressentir les effets engourdissant du froid et la douleur des ses pieds ensanglantés. Pourtant, elle ne fléchissait toujours pas ; bras croisés, ses chaussures toujours à la main, elle fixait avec insistance la passerelle du navire, comme si elle espérait atteindre son fiancé par la seule force de sa pensée.

Enfin, une ombre réapparut sur le pont du bâtiment, suivie de près par une autre. La jeune femme crut que son cœur allait s’arrêter lorsque, à la lueur d’un éclair, elle aperçu le visage de l’être aimé. Oublié le froid, oublié la douleur : elle courut à lui et se jeta dans ses bras, laissant enfin éclater ses sanglots si longtemps retenus. Il lui prit tendrement le visage, cherchant un instant à essuyer ses larmes mêlées à la pluie, puis il l’embrassa longuement, un baiser fougueux, passionné et pourtant avec gout amer. Il avait compris. Il savait qu’elle ne pourrait rien lui dire, mais il avait compris que, si elle était là, si elle avait bravé l’ordre de consignation au QG, c’était pour venir lui dire adieu.

- Tu es folle, ma douce. Tu n’aurais jamais dû venir. Si tu te fais prendre…

- Je m’en moque ! Il fallait que je te voie. Vous allez…

D’un geste rapide de la main, il lui fit comprendre qu’elle devait se taire ; elle risquait la Cours Martiale et ne devait pas aggraver son cas en dévoilant une information top secrète.

- Je ne veux pas que l’on se quitte ainsi, lui dit-elle. J’ai quelque chose à t’offrir. Y-a-t-il un endroit où on puisse être seuls ?

Le soldat de garde se rappela à eux en se raclant la gorge. Son regard montrait une immense tendresse et tristesse à leur égard : lui aussi, venait de comprendre la situation. Il indiqua au jeune homme une petite remise, à quelques mètres d’ici, où ils ne devraient pas être dérangés. Elle le remercia en lui offrant un baiser chaleureux, puis les deux jeunes amoureux s’enfoncèrent dans la nuit tourmentée.

La remise était bien là où l’avait indiqué le garde. Le jeune homme utilisa sa baïonnette pour crocheter le cadenas et tout deux se mirent enfin à l’abri de la pluie. Il faisait à peine plus noir qu’à l’extérieur, aussi leurs yeux s’adaptèrent très vite. Ils ne disaient plus un mot, mais un immense dialogue s’était installé par le jeu des regards. Lentement, elle retira ses vêtements, ne le quittant jamais des yeux : elle voulait être sûre de pouvoir garder, à jamais, le souvenir de chaque seconde de cette nuit d’orage.

Une fois nue, elle se rapprocha de lui. Elle n’avait jamais fait cela, mais elle savait qu’elle savait que son instinct de femme lui dirait quoi faire. Elle s’empara de ses lèvres, goûtant avidement à la douceur de sa bouche, de sa langue. Elle ressentait déjà les premiers frissons de plaisir qui s’emparaient de tout son être. A son tour, tout en continuant à l’embrasser, le jeune GI entreprit de se dévêtir et, lorsqu’il fut dans la tenue d’Adam, elle s’agenouilla devant lui et saisi son sexe, déjà bien dur, à pleine bouche, entamant une fellation plus ou moins habile, mais qui, aux râles poussés par le jeune homme, montrait qu’elle faisait son effet.

Elle le fit s’allonger sur le sol et vint se mettre à cheval au dessus de son membre. Elle commença par le frotter doucement contre son clitoris, fixant son amant droit dans les yeux. Elle ne lui avait jamais dit, aussi elle savait qu’il n’avait pas encore compris la valeur du cadeau qu’elle allait lui offrir.

Lentement, elle commença à descendre sur le membre masculin et poussa un petit cri lorsque l’hymen se déchira. En sentant le liquide chaud couler sur lui, il comprit enfin ; c’était cela son cadeau : elle lui offrait sa virginité. Il la serra bien fort dans ses bras, alors qu’elle commençait à aller et venir sur son sexe. Au dehors, l’orage s’était arrêté, comme si le ciel avait décidé de laisser les deux amants profiter pleinement de ce bref instant d’amour.

Lorsqu’elle sentit le sperme venir frapper le fond de sa cavité, elle laissa aussi exploser son bonheur ; ensemble, ils crièrent leur plaisir ; ensemble, ils sanglotèrent ; ensemble, ils crièrent leur douleur.

Portland, 3 juin 1944

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:twisted: Merci de m'avoir offert une lecture aussi magnifique.

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:twisted: Merci de m'avoir offert une lecture aussi magnifique.

La jolie petite Fanie me comble :twisted:

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Tu es un vrai écrivain, mon cher Arlequin. Je suis fan de tes doigts si....... :twisted::twisted: :twisted:

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:twisted: toujours aussi beau tes textes Arlequin, un vrai plaisir de te lire :twisted:

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A l’aube du 4 juin 1944, à peine quelques heures après que les deux amants se soient, une dernière fois, embrassés, le Thomas Jefferson, ainsi que toute la flotte d’invasion ancrée à Portland, recevait l’ordre d’appareiller pour rejoindre la zone de rencontre Piccadilly Circus, à 30 km au sud-est de l’île de Wight.

La jeune militaire, devenue femme, put regagner son Quartier Général sans encombre ; à son grand étonnement, personne ne semblait avoir remarqué qu’elle avait désobéi aux ordres, en faisant le mur cette nuit. Mais, peu à peu, elle comprit qu’il n’y avait rien de vraiment étonnant à cela, tout le monde étant préoccupé par les conditions météo qui s’annonçaient très difficiles.

La mer était déchainée, balayée par d’immense bourrasque de vent ; la pluie ne cessait de tomber et le ciel de gronder. On aurait presque put croire que Dieu avait décidé de s’opposer à cette fantastique armada faisant route vers l’Histoire.

Certains soldats, souffrant du mal de mer, allaient s’isoler dans un coin du navire, pour vomir leurs tripes ; d’autres fixaient un point invisible, au bout de leurs fusils, plongés dans leurs réflexions, revoyant, une fois encore, le film de toute leur vie, un film beaucoup trop court.

Pour notre jeune amant, le film, passant en boucle dans sa tête, se résumait à cette nuit du 3 juin. Les yeux clos, il revivait chaque seconde passée avec la femme de sa vie, ressentant la chaleur de son corps contre le sien, les caresses de ses doigts, ses baisers passionnés. Il revécu le moment où il avait senti le sang couler sur lui, l’instant de stupeur, puis l’explosion de joie qu’il avait ressenti devant se précieux cadeau. A présent, son cœur était partagé entre un immense bonheur et une profonde tristesse ; il se mit à prier un Dieu auquel il ne croyait plus, lui demandant de veiller sur cette femme extraordinaire, lui demandant de lui faire rencontrer un homme qui saura l’aimer, la chérir comme elle le mérite.

Un vent de panique souffla dans les rangs, lorsque le bruit assourdissant d’avions se fit entendre. Dans l’obscurité, on n’arrivait pas à distinguer si c’étaient des avions ennemis ou alliés. Puis, des signaux lumineux se mirent à déchirer la nuit : mission avortée ; ordre de retour aux ports d’attaches.

Elle eut beaucoup de mal à réprimer sa joie quand elle apprit que la mission Overlord avait été annulée. Elle savait qu’elle aurait dû avoir honte, d’éprouver ce bonheur, tant de gens attendaient ce débarquement allié, tout comme elle savait que ce n’était que partie remise, mais peu lui importait : Eisenhower allait sans doute écouter l’avis de certains de ses généraux et reporter le débarquement à septembre. Elle allait donc retrouver son amant et ils allaient pouvoir se marier avant qu’il ne reparte.

Elle avait toujours eu de la chance, tout au long de sa vie. Son grand-père s’était illustré durant la guerre de Sécession, aux Etats Unis, obtenant un rang très élevé dans l’armée. Son père avait suivi le même chemin, se faisant lui aussi un nom, ce qui avait permis à la jeune femme, fille unique, de pouvoir entrer sans encombre à West Point. Bien sûr, une fois dans la place, elle avait dû batailler pour se faire respecter en tant que soldat, mais, au-delà des difficultés, la chance ne l’avait jamais abandonné. Aujourd’hui, elle était fière de porter les galons de sous-lieutenant.

Sa tristesse s’était subitement envolée, laissant la place à l’espoir. Elle était sûre, à présent, qu’elle avait communiqué sa chance à son amoureux ; le Thomas Jefferson revenait à Portland ; dans quelques heures, les soldats auraient l’autorisation de débarquer ; elle allait le retrouver, le serrer à nouveau dans ses bras et il lui demanderait sa main.

Quelques heures après le rappel des troupes, l’information tomba, ferme et définitive : le débarquement ne sera pas remis en septembre : Overlod aura lieu à l’aube du 6 juin 1944.

Bien qu’encore agitée, la mer était plus calme que la veille. Tous les soldats s’étaient murés dans un silence absolu, tendant parfois l’oreille, croyant percevoir le bruit d’un avion, venant donner l’ordre du retour ; mais, cette fois, il n’y eut pas d’annulation et les militaires, à l’approche des côtes normandes, commencèrent à embarquer, par groupe de 30, dans les Landing Craft.

Elle avait demandé la permission de pouvoir s’isoler, permission qui lui avait été accordée. La tête appuyé contre une fenêtre, elle maudissait le ciel de lui avoir fait cette fausse joie, d’avoir réduit à néant les plants d’avenir qu’elle avait échafaudé en quelques heures. Au travers des larmes qui embuaient ses yeux, elle arrivait à voir son amant prenant place dans la petite embarcation qui allait le conduire à l’horreur. Elle arrivait à ressentir sa peur, comme si elle était présente à ses côtés. Elle voyait ses larmes rouler le long de ses joues, ses doigts tétanisés sur son fusil. Elle injecta alors toute la force de son amour dans ses pensés, espérant, ainsi, pouvoir entrer en contact avec son amant et lui redonner un peu de chaleur.

Elle repensa à la nuit du 3 juin et, très vite, elle ressentit de petits picotements dans le bas du ventre. Instinctivement, une main releva sa jupe, tandis que l’autre se glissait sous la petite culotte. Elle commença à se caresser lentement, imaginant que sa main était celle de son amant.

Il entendit une voix hurler par-dessus le vacarme assourdissant des coups de canons et des explosions. Il releva la tête : c’était leur chef de section qui donnait ses dernières consignes.

- Lorsque vous serez dans l’eau, n’oubliez pas de garder votre fusil le plus haut possible au-dessus de votre tête. Restez le moins longtemps possible dans la flotte. Courez sur la plage et trouvez-vous un endroit où vous planquer !

Ses doigts glissèrent dans la fente humide. Elle repensait à la première pénétration de on amant, la petite douleur quand l’hymen avait cédé, puis, peu à peu, la douce chaleur qui l’avait envahi. Ses doigts s’activèrent dans son antre ; le visage de son amant était devant elle, souriant, les yeux emplis de bonheur et d’amour. Elle se mit à aller et venir dans sa fente, titillant son clitoris ; ses hanches se mirent à onduler lentement ; ses yeux étaient mi-clos, sa bouche entrouverte. Elle ressentait sa verge, se rappela le moment où il explosa en elle.

Son corps se plia en deux : ses jambes flanchèrent et elle se retrouva à genoux, criant sa jouissance dans un « je t’aime » qui résonna dans toute la pièce.

La lourde porte du Landing Craft s’abattit sur l’eau. Il cria le nom de sa bien-aimée et sauta dans la mer.

Omaha Beach, 6 juin 1944

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Guest decibel

:P :D:twisted: Superbe style et une merveilleuse narration comme on aimerait en lire plus souvent sur la forum :roll::(:P:(:(

Encore, Arlequin ;-)

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que dire de plus, orelya et decibel s'en sont déja chargés. T'as plume se tient toujours aussi magnifique et belle comme au premier jour au je l'ai apperçu :twisted::roll:;-) .... J'ai hate de lire la suite.

Et je suis tout à fait d'accord avec Decibel, c'est un style de narration que l'on aimerait tant lire sur ce forum. Merci pour ce bonheur que tu nous apporte cher Arlequin.

Mille baiser en remerciement :(

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:twisted: :roll:;-):(

Super bien écrit ! et hummmmmmm........

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