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Orchidée

Nouveau roman lesbien

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Aurane ou le désir sous influence 1

 

Adossée au chambranle de la porte du salon, maman m’observe à la rédaction de mon journal intime au milieu des restes du petit-déjeuner. Elle essaie d’imaginer le contenu de ces pages remplies depuis des années avec un soin méticuleux. Un voile de nostalgie assombrit son regard un instant, la pauvre soupire de voir sa fille unique offrir ses confidences à un cahier. La majorité acquise l’an dernier entraîne un désir logique d’émancipation ; en outre, nous allons pour la première fois être séparées le temps des vacances.

– Si tu changes d’avis, Aurane, avance maman en désespoir de cause, ton oncle et ta tante seront très heureux de te voir. Ils ont la gentillesse de nous recevoir dans leur maison à Pornic tout le mois d’août. On n’aurait jamais réussi à s’offrir de pareilles vacances, tu le sais.

J’observe avec tendresse la belle femme de quarante ans à qui je m’enorgueillis de ressembler trait pour trait. Les mêmes cheveux mi-longs coiffés en une queue de cheval d’un châtain très clair tombant entre les omoplates, le même front volontaire, les joues pleines nacrées, le nez mutin légèrement épaté, une petite bouche charnue, le menton à peine saillant. Ses pommettes colorées paressent un peu plus accentuées, la lèvre inférieure est un peu moins ourlée. À elle la douceur d’un regard bleu, on me prête l’insolence des yeux verts. Néanmoins, ces quelques détails ne constituent pas de véritables différences.

– Ne t’inquiète pas, maman. Et je ne serai pas seule, j’irai voir si mamie ne manque de rien. Maintenant file, papa t’attend.

Savoir que je n’oublie pas ma grand-mère maternelle la rassure. Un sourire peint sur ses lèvres roses, elle m’embrasse. J’aurais voulu l’accompagner, au moins pour passer du temps en sa compagnie, mais certaines questions demandent des réponses avant d’envisager l’avenir.

 

Enfin seule, le moment est venu de m’occuper de moi. Passage obligé dans la salle de bains. Le pyjama tombe à mes pieds, je m’installe sur le rebord de la baignoire et pousse la porte qui soutient la grande glace. La nudité de mon reflet m’arrache un soupir de volupté. Un psychologue expliquerait la raison de ce narcissisme troublant, mais personne n’est au courant de mon attirance physique envers mon propre corps.

Mon regard dans le miroir se focalise sur ma poitrine, ces seins pas très gros mais ronds et fermes qui font ma fierté. J’en enveloppe un d’une main caressante, le téton pointe aussitôt dans l’aréole claire. Il est sensible, le coquin. Le second réagit de même. Le désir se mue en besoin, en obsession ; la masturbation me sert d’exutoire depuis longtemps, rien d’autre ne calme cette démangeaison particulière.

Quelques expériences avec des garçons ont été un désastre sur le plan sentimental, une horreur sur le plan sexuel. Je ne leur en veux pas, la cause de ces échecs vient de moi et de mes fantasmes. L’attirance pour mes courbes, mes seins, ma fente encore close et la petite excroissance sous son capuchon à la jointure de mes grandes lèvres révèle une orientation que j’ai appris à accepter dans l’intimité. L’admettre dans la société est une autre histoire.

Une image surgie du passé se substitue à mon reflet sans prévenir : le premier vrai baiser donné quelques années plus tôt dans le secret de ma chambre d’adolescente… à une copine. Il s’agissait à l’époque d’une banale envie de découverte, vite suivie par un désir profond. Mais le manque d’audace a mis un terme à l’apprentissage. Depuis, l’inextricable de la situation me fait peur, au point de renier mon ressenti ; chaque tentative de rapprochement avec les garçons s’est soldée par un dégoût de moi-même, alors je vis par procuration, enfermée dans un cocon de solitude.

Incapable de résister, je fouille la toison de mon pubis dont la pointe du triangle flirte avec mon sexe imberbe fermé comme un abricot. Masser le renflement du bas ventre procure de délicieuses sensations, mais pas le temps ce matin, je presse bientôt deux doigts sur mon bouton dans un mouvement circulaire de plus en plus rapide. Un énigmatique bien-être me surprend.

Hum… comme c’est bon. Mon clito a faim de caresses.

Les raisons de cet acte, le désir d’en connaître davantage, tout se mélange dans ma tête avant de disparaître au profit d’un petit plaisir mitigé, une apaisante béatitude.

 

Enfin, à midi passé, la présence désirée est là. La venue de Coralie marque le début de nos vraies vacances. L’ovale doux du visage aux traits rieurs, les sourcils presque épais, le grand regard sombre de biche en harmonie avec les cheveux châtain dont les pointes caressent les épaules, les joues pleines et la bouche en cœur, ma complice depuis le lycée a de quoi faire tourner les têtes.

On file dans ma chambre malgré l’absence des parents, l’habitude d’y cacher nos secrets d’adolescentes.

– Tu en es où avec Damien ? demande-t-elle, assise en tailleur sur le grand lit.

– C’est fini, je l’ai largué hier.

– Tu veux dire que c’est sûr, s’engage Coralie, tu es attirée par les nanas.

Le fond sonore de Chill masque ma réflexion approfondie. Cette question est restée sans réponse pendant quatre ans. Je me suis d’abord contentée d’en rire, refusant de me projeter dans un avenir incertain. Puis vint le malaise engendré par la honte, et un isolement volontaire préférable à l’exclusion. L’acceptation silencieuse a cédé le pas au mensonge avec des aventures hétéros. Damien, sans le savoir, a servi de dernier faire-valoir devant les parents et les copains.

– Tu ferais quoi si je te disais oui ? finis-je par articuler, tenaillée par la peur d’être abandonnée par ma seule amie.

– Eh ! Je ne te laisserai jamais tomber, même si tu es lesbienne, s’insurge Coralie en me dévisageant comme si je venais de sortir une bêtise. Je me demande comment ça a pu arriver, je t’ai déjà vu avec des mecs.

Je n’ai pas osé mentir, mais il est difficile de convenir d’un fait dont j’ignore tout encore. Cette préférence pour les filles et le dédain vis-à-vis des garçons le laissent à penser. L’expérience seule pourra me donner des certitudes.

– Je n’aime pas leur compagnie, je n’aime pas leur physique ni leur attitude. Tout ce machisme, ça me révolte.

– Ça leur passe avec l’âge, tente Coralie en bémol. Tu t’imagines en train de lécher une chatte ?

– Oui, justement ! Ça fait partie de mes fantasmes quand je me masturbe. Tu crois peut-être que c’est mieux de sucer une queue.

Le ton monte, mais ce n’est pas une dispute. Notre amitié se nourrit de ces débats directs, du franc-parler dont on abuse par facilité.

– Et tu te caresses souvent ? sourit ma complice. Tu dois être mimi à t’envoyer en l’air toute seule.

– Au minimum une à deux fois par jour. Ça me détend au moins si je n’arrive pas à l’orgasme à tous les coups.

– Tu ne penses qu’à ça, ma parole, s’extasie Coralie. Et tu te fais jouir comment ? Moi, c’est en m’astiquant le bouton.

– Moi aussi. J’ai vu sur Internet que le véritable orgasme vaginal n’existe pas.

Je peux sourire, confiante ; ma niaiserie ne provoque aucune moquerie. Reste à lui faire part d’un programme dont elle ignore tout.

– On sort ce soir, une virée dans le Marais.

 

Depuis la fermeture du Nix Café, Paris ne recèle plus aucun bistrot exclusivement féminin. Sans doute les femmes rechignent-elles à laisser s’exprimer un naturel festif hors de la présence des hommes. En Allemagne, en Angleterre ou aux Etats-Unis, de nombreux lieux semblables attirent des foules désireuses de s’amuser entre nanas.

Il s’agit bien de viabilité économique en France, non d’un blocage culturel. Un bar ne peut survivre à long terme sans la participation de la clientèle masculine, alors les bistrots lesbiens se sont ouverts à la mixité. Toutefois, les femmes regrettent certains soirs de ne pouvoir s’éclater entre elles.

Un collectif s’est empressé de combler ce vide : Barbieturix. L’association se fit d’abord connaître par la distribution d’un fanzine en noir et blanc tiré sur une simple photocopieuse. Une fois sa notoriété établie, elle commença à organiser des soirées réservées aux filles. Alors, ce qui était impossible sur la durée devint ponctuellement réalisable. Le succès fut immédiat et reconduit. La programmation sur Internet place le 3 W Kafé à l’honneur ce soir.

 

– Bonsoir, qu’est-ce que vous buvez ? sourit la barmaid âgée d’une petite trentaine, sans doute convaincue de notre candeur.

Je relève le nez de la carte des cocktails. La jolie brune derrière son comptoir ne semble pas pressée par le temps malgré la clientèle abondante.

– Deux kirs pétillants à la rose s’il vous plait.

J’ai commandé au hasard, espérant ne pas être ridicule.

– Je m’appelle Marie, souffle cette dernière avec une gentillesse non feinte. Et tout le monde se tutoie ici. C’est votre première soirée ?

Coralie détourne enfin son attention de la salle où des femmes de tous les âges et de tous les genres, assises sur des poufs, partagent des bouteilles sur des tables basses semblables à celles d’une discothèque. Je me sens moins seule.

– La piste de danse est au sous-sol, avertit Marie après avoir déposé les verres. La soirée se termine à 4 heures du matin.

Une question me brûle, histoire d’étaler un maigre savoir du milieu lesbien.

– Une scène du film « La vie d’Adèle » a été tournée ici ?

– Adèle Exarchopoulos se tenait à ta place, confirme la serveuse dont le regard brille d’appréhender la situation. J’ai l’impression de la retrouver en te regardant. Tu as les cheveux plus clairs, mais la même physionomie, et tu te poses des questions sur toi comme l’héroïne du film.

Coralie m’observe du coin de l’œil. Mon amie comprend que je suis à ma véritable place pour la première fois, intimidée certes, mais dans un univers à la mesure de mes désirs. J’aime les filles, cette évidence ne remet pas en cause notre complicité.

 

Par deux fois on profite de la piste de danse au sous-sol, par deux fois on retrouve notre place au comptoir. Des femmes sortent griller une cigarette sur le trottoir, puis rentrent. D’autres arrivent sur le tard afin de se joindre à la fête, certaines en groupe ou en couple, rarement seules. Aucune ne semble nous apercevoir, encore moins se presse de nous connaître. Le constat est amer. Un troisième kir entraîne une réaction de ma part.

– Merde ! Des mecs nous auraient accostées cent fois dans une soirée hétéro.

Je supporte mieux l’alcool d’habitude, le contexte doit me déstabiliser malgré moi. Marie, qui vient de faire le tour du comptoir pour prendre une pause, s’amuse de ma déconvenue. Elle rejoint notre duo.

– On vous a remarquées, pourtant. Vous n’avez rien vu ? La brune assise derrière vous par exemple, elle a frôlé le bras d’Aurane plusieurs fois pour prendre des olives, mais elle n’en mange pas. Et les deux à la petite table là-bas vous dévorent des yeux. Évidemment, c’est subtil entre nanas, il faut déchiffrer les signes, on ne se fait pas du rentre dedans. N’espère pas entendre l’une d’elles te glisser à l’oreille « J’ai envie de toi », même si c’est le cas.

– Tu crois qu’on n’est pas ensemble, alors, réagit Coralie, une pointe de déception dans la voix. Car la dernière phrase m’était adressée en particulier.

– Vous formez un joli couple, remarque Marie attentive au choix de ses mots, mais non. Aurane est venue chercher des réponses, et tu l’accompagnes en véritable amie. Ton geste est admirable, beaucoup à ta place l’aurait laissée tomber. Ne vous prenez pas la tête, les filles, laissez faire la nature.

Comme pour récupérer d’un trop long discours, la serveuse en pause replonge le nez dans sa tasse de café. La nature a visiblement oublié ma présence.

 

Rentrées peu après minuit, on grignote un morceau afin d’éponger une partie de l’alcool ingurgité. Aucune n’est ivre, mais le manque d’habitude se perçoit dans nos démarches mal assurées.

– On va prendre une douche, propose Coralie.

Bonne idée, ça nous permettra de laver la transpiration de la soirée. Reste à savoir si la vision de sa nudité ne réveillera pas en moi un désir interdit par notre amitié. Il nous est déjà arrivé de nous doucher ensemble, mais pas dans cet état second.

Une fois nos pyjamas enfilés, on fonce dans le salon meublé par la générosité de ma grand-mère. Le sommeil ne nous appelle pas encore. J’exhibe le DVD acheté le matin même, contente de mon effet.

– Tu es sûre de vouloir le regarder ce soir ? piaffe Coralie amusée. Tu vas dormir avec ce que tu as bu.

– Mais non, rabat-joie. Et puis tu as entendu la serveuse du 3 W Kafé, tu me diras si je ressemble vraiment à Adèle Exarchopoulos.

– Marie a parlé de physionomie, de l’apparence corporelle, pas du visage.

Inséparables jusque dans nos réactions, on rit aux éclats comme des adolescentes attardées quand le générique de « La vie d’Adèle » illumine la télé à écran plat.

 

Le calme est revenu dès le début de la projection. Au bout d’une heure, l’héroïne du film a eu une brève aventure avec un mec, par simple convenance sociale, et songe à une fille aux cheveux bleus. Il ne s’agit plus en fait d’un fantasme, les demoiselles à l’écran nous offrent une première séquence d’amour saphique.

Coralie, séduite par l’histoire de la comédie dramatique, suit la scène sans se poser de questions. Le lesbianisme ne choque plus au cinéma, même si le réalisateur a été loin cette fois. Mais il a décroché la Palme d’or au festival de Cannes en 2013 avec ce film, l’année du mariage pour tous.

Soudain, le regard de mon amie se porte sur moi.

 – Pourquoi tu soupires comme ça ? demande-t-elle, amusée.

 

Comme si j’étais seule, je palpe ma poitrine de la main gauche. La veste de pyjama déboutonnée laisse voir mes seins fiers, les tétons bandent dans les petites aréoles. Ma main droite caresse mon sexe offert sans pudeur par la fente du pantalon. Coralie reste focalisé sur la pointe de ma toison pubienne.

– Eh ! s’exclame-t-elle. Tu pourrais te branler dans la salle de bains.

– Quoi ! Je ne t’empêche pas d’en faire autant. Tu baves autant que moi devant ce film depuis tout à l’heure.

Désireuse de prouver ce que je viens de dire, ou encore sous l’effet de l’alcool, ou emportée par un élan compulsif, je me jette sur elle. Le chahut se transforme vite en étreinte plus ou moins volontaire. Je caresse ses seins en poire avec volupté, faisant durcir les tétons un à un dans ma bouche. Mais la peur me tétanise soudain de trop en faire, de la pousser à fuir. Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque de la serrer dans mes bras, de l’aimer.

À entendre parler des techniques lesbiennes, j’ai voulu savoir. Alors parfois, quand le désir se fait puissant, je regarde des vidéos sur Internet. Prendre un sein dans sa bouche, en mordiller le téton, lécher un minou, branler un clito, doigter un vagin, tout cela me parait naturel sans jamais l’avoir fait. Certaines filles titillent même l’anus de leurs copines, et leur enfoncent un gode dans le vagin ou dans le cul.

Peut-être devrais-je proposer à Coralie de regarder une vidéo cochonne au lieu de « La vie d’Adèle ». Le metteur en scène va plus loin que les autres, mais ça reste du cinéma pour tous les publics. Malheureusement, j’ignore si mon amie verrait d’un bon œil une véritable scène de sexe entre nanas.

– Maintenant on est à égalité, lui dis-je en me rasseyant, comme après un entracte prévu dans la diffusion du film.

– Regarde dans quel état je suis maintenant, rit-elle.

Agenouillée sur le canapé, la veste de pyjama ouverte, les petits seins tendus vers moi, Coralie remarque son pantalon tombé à mi-cuisse dans le chahut. Elle ne tente pas de le remonter, son esprit semble ailleurs. Si j’avais poussé l’audace à autre chose que lui lécher les seins, peut-être ne se serait-elle pas défendue.

– Tu es belle comme ça, tu m’excites.

Mon désir est là, je reprends mon jeu en solitaire. Coralie m’observe sans gêne, le regard brillant. Elle effleure son minou d’un doigt qui en ressort brillant de mouille.

– On va se caresser l’une en face de l’autre, propose ma complice. Tu veux ? Mais on ne se touche pas.

On se déshabille, une lueur inhabituelle dans les yeux. Jamais notre complicité n’a été aussi loin.

 

Dans un mime quasi-parfait, on touche notre poitrine d’une main, l’autre s’égare sur nos pubis près du berceau de notre intimité. Les petits seins en poire de Coralie réagissent comme les miens. À la manière de beaucoup, on a appris à tirer un obscur plaisir de la sensibilité de nos tétons dans l’adolescence, avant d’oser davantage.

Vite cependant, nos attentions se focalisent sur des endroits secrets. Les doigts se font pressés sur nos fentes fermées semblables à des abricots lisses sous les toisons duveteuses. L’amitié nous pousse à nous épiler de la même façon depuis deux ans. Mais, pour la première fois, nos regards sur nos minous reflètent un désir charnel. On se caresse sans pudeur, heureuses de s’offrir ainsi à l’autre.

Coralie malmène son bouton, la bouche ouverte, les narines pincées. Elle est belle. Et je me trouve belle dans ses yeux.

Avide de prolonger la magie de l’instant, je retiens par deux fois l’explosion qui menace dans mes entrailles. Les odeurs mélangées de nos sécrétions me montent à la tête, augmentant encore mon excitation.

À ce rythme, Coralie se pâme la première d’un plaisir sincère, la tête en arrière, la bouche ouverte sur un cri libérateur qui ne vient pas. Admiratrice, sonnée, je partage son extase. Mes doigts s’affolent sur mon clito. Quand mon amie observe mon corps de nouveau, je jouis d’un orgasme puissant dans un feulement rauque.

 

On regagne la chambre dès la fin du film. Aucune phrase inutile ne souligne ce qui vient de se passer. Vêtues des pyjamas à nouveau fermés sur nos corps repus, on se laisse emporter par un sommeil réparateur.

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très joli texte ou la candeur fait place à la découverte de sensations inexplorées mais qui ne demandent qu'à exploser au grand jour...:good:

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Promis, ça va exploser dans les chapitres à venir.

je n'en doute pas ! tu as une très belle écriture, fluide, imagée, et qui laisse présager de très belles sensations...

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Encore une preuve éclatante de ta superbe plume, Orchidée. Ne nous fais pas trop attendre le prochain épisode.

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Aurane ou le désir sous influence 2

 

Réveillée par un rayon entre les persiennes du soleil pressé de mettre les choses et les êtres en mouvement, je reste un moment à contempler Coralie, alanguie sur le drap à peine froissé d’une nuit sage, le visage serein auréolé de sa tignasse sombre en corolle sur l’oreiller.

Le jeu dans le canapé, la sincérité du plaisir ressenti, ne doit pas remettre en cause la pureté d’une relation longue de deux ans. Nos attractions différentes ne briseront pas une si belle amitié.

Le haussement d’une épaule, la moue inconsciente d’un sourire, la belle endormie s’apprête à ouvrir les yeux, peut-être troublée par mes sentiments paradoxaux.

Allez ! Debout ! Je dois préparer le petit-déjeuner. Ce n’est pas la première fois qu’on dort ensemble.

Je me lève, décidée à mettre de côté mes états d’âme, et quitte la chambre après un dernier regard vers la silhouette allongée sur le lit.

 

Balade dans le quartier de la Gare de l’Est, un paisible samedi matin sous le soleil d’août, on se complait à ne rien faire parmi les promeneurs. La terrasse ombragée de parasols d’un bistrot nous suffit pour l’instant, côte à côte, le regard de l’une tourné vers les beaux garçons, celui de l’autre attiré par les jolies filles.

– Tu crois que j’ai la cote avec Marie ? Je pose la question à mon amie en admirant de l’autre côté de la rue le corps élancé d’une jeune joggeuse en mini short et maillot, occupée à des exercices d’étirements.

– Je ne sais pas, soupire Coralie agacée. Elle a peut-être une copine.

Pourquoi ce ton acerbe ? Elle jalouse la serveuse du 3 W ? Le jeu dans le canapé, à condition d’apprécier ce plaisir intense comme une banale distraction, occupe encore son esprit. Pourtant, elle n’a jamais montré d’attirance pour les nanas. Ou elle a peur qu’en tombant amoureuse, je l’abandonne.

– Ce n’est pas un problème. Je veux découvrir ma sexualité, pas rencontrer la femme de ma vie.

 

Coralie est rentrée chez ses parents, désireux de profiter un peu de sa présence. Le temps est venu de rendre une visite qui me tient à cœur.

Ma grand-mère maternelle représente à mes yeux la parfaite incarnation du grand mystère de l’existence. Qui est vraiment cette dame souriante de 65 ans ? Qu’est-ce qui a pu l’amener à un tel niveau de conscience ? Son comportement, aussi troublant soit-il, n’en reste pas moins un gage de tranquillité, comme ces heures passées dans un fauteuil relaxant à regarder le vide et à écouter le murmure du silence, présence éthérée souriante aux fantômes que personne à part elle ne peut voir.

J’adore embrasser sa peau parcheminée à la bonne odeur de savon d’Alep, garder sa main au chaud dans la mienne, lui prouver toute l’étendue de mon amour, me tenir près d’elle sans bouger de peur de la voir disparaître aussi. Plus que le souvenir réel d’un deuil dans ma petite enfance, je ressens le manque de repères accordés souvent par ces personnages hors du temps.

Mon grand-père paternel a succombé à une maladie du travail avant qu’on ne lui laisse le temps de marquer mon enfance de son empreinte ; son épouse l’a rejoint sans raison apparente deux années plus tard. Je me plus alors, avec une hardiesse de petite fille, à imaginer qu’elle était morte de chagrin.

Mamie, quant à elle, réussissait à divorcer d’un mari violent après avoir accouché d’un enfant : ma mère. La chose était malaisée dans les années 70, alors ce fait plaça l’aïeule au rang de super héroïne à mes yeux quand je fus en age de comprendre.

– Ça te ferait quoi si j’aimais les femmes ? Je veux dire lesbienne.

– Oh j’avais compris, soupire-t-elle après un temps de réflexion. Ce n’est pas dans mon caractère de juger l’intimité de ces choses, tu le sais. Tu en as parlé à tes parents, au moins ?

– Non ! Et ne leur dis rien. J’ai peur de leur réaction.

Les bras de mamie se referment sur mes épaules. Pourquoi les grands-parents sont-ils plus tolérants que les parents ? Une question existentielle en entraîne toujours une autre. Je m’y perds, et ça me rend malheureuse.

– Ta mère comprendrait sans doute, je l’ai élevée dans ce sens. Ton père prendrait peut-être cette nouvelle pour une provocation, mais il l’accepterait. Seul ton bonheur compte, ma chère enfant. Jamais tu ne pourras t’épanouir en gardant le silence. Si tu veux, on leur parlera ensemble quand tu seras prête.

 

Le bar n’est plus réservé aux filles en dehors de la soirée donnée par Barbieturix, les lesbiennes s’y retrouvent cependant, et les garçons ne semblent intéressés que par eux-mêmes. Marie est fidèle au poste.

– Un petit cocktail offert par la maison.

– Ce n’est pas trop alcoolisé ?

– Non, rassure la barmaid souriante. Tu es venue seule, Coralie n’a pas aimé notre soirée d’hier…

– Oh si, elle passe le week-end avec ses parents. Les miens sont en Bretagne pour quatre semaines. J’aurais pu les accompagner, mais on s’éclate mieux à Paris. Et je ne sais pas s’il y a des bars comme ici à Pornic.

« Stop, Aurane, tu te rends ridicule. » J’écoute mon conseil, trop tard. Marie sourit de ma nervosité. Il en va peut-être ainsi avant de franchir le pas. Peut-être qu’ensuite on en rit, on s’attendrit sur d’autres qui tentent à leur tour de mettre des certitudes sur des impressions.

– Ton angoisse est normale, se veut rassurante la serveuse. Les filles entre elles se posent des questions. Parfois aussi, comme les mecs, elles entament une course à la performance, et se livrent à une frénésie sexuelle qui peut les entraîner loin. La peur de décevoir s’évapore dans l’abus de relations intimes.

Perso, je m’éclipse en direction du sous-sol afin d’y planquer ce foutu malaise.

 

La présence de la grande brune près de moi au retour amuse Marie qui s’occupe à l’autre bout du comptoir après nous avoir servi un cocktail. Elle assiste de loin au jeu de séduction mené par Karin, une habituée de 22 ans, célibataire dans l’âme et fêtarde de première, une jeune femme aux formes discrètes.

La serveuse suit avec intérêt l’évolution de la situation au fil des verres remplis avec entrain. La faible teneur en alcool ne suffit pas à m’enivrer, elle permet de faire tomber les barrières.

La séduction dont je suis l’objet me comble d’une satisfaction inconnue. Karin ne manque pas de spiritualité, et mon désir grandit de ses attentions distillées avec soin, à la limite parfois de la provocation. Je me laisse volontiers captiver par son regard sombre, la finesse de ses traits, une certaine androgynie de ses rondeurs dissimulées par le blazer croisé recadré sur un jean taille basse.

On quitte ensemble le 3 W Kafé vers 23 heures.

 

Incapable de discerner la limite entre le ressenti véritable et la provocation pure, je balaie d’un regard dubitatif l’univers coloré de Karin, un joli duplex meublé près de la porte de Vincennes dans le 12ème arrondissement.

Sur le buffet du salon, le Teddy bear drapé dans son drapeau américain salue un portrait de Che Guevara, des bibelots certifient des balades aux puces de St Ouen ou de la porte de Montreuil, des bouquins posés ici et là agrémentent le gentil désordre d’une touche studieuse.

– C’est mignon chez toi. Tu paies cher ?

– Pas trop avec les allocations logement, avoue Karin en s’asseyant sur le canapé près de moi. Tu veux boire quelque chose sans doute.

– Tu sais, ce n’est pas la peine de me saouler.

J’aurais voulu me montrer plus sereine.

– Ce n’est pas mon intention, rit ma nouvelle amie en se levant. Ce serait glauque, tu ne crois pas ? Mais on a le temps, parle-moi de toi.

Mon regard poursuit la silhouette. Les épaules à peine tombantes, le triangle du dos en transparence sous la chemise de coton, les hanches délicates, les fesses moulées dans le jean taille basse. La féminité de Karin n’est pas aussi discrète que la lumière tamisée du 3 W Kafé le laissait paraître, ça me rassure. Inconsciemment, j’imagine mal ma première expérience lesbienne avec un garçon manqué. Elle disparaît une poignée de secondes, et revient avec deux canettes fraîches de vodka soda. Je ne peux m’empêcher d’imaginer ses petits seins libres sous le tissu.

On ne m’a pas amenée ici pour jouer aux cartes ; néanmoins, aucune appréhension ne m’étreint. Depuis trop longtemps dans l’expectative d’une existence aux contours mal définis, je dois sauter le pas cette nuit, et trouver mes propres certitudes. Je vais enfin être débarrassée de mes doutes, de cette maudite camisole psychologique qui m’empêche de grandir. Aucune importance si Karin n’est pas un prix de beauté, son attitude me rassure.

 

De rires en sourires, on se rapproche l’une de l’autre sur le canapé. La discussion a tourné au déballage de mots inutiles, pour occuper le temps, comme s’il était essentiel de retarder l’inéluctable. Mon désir transpire par chacun des pores de ma peau. Elle ne peut pas l’ignorer. Je pose un baiser furtif sur les lèvres trop près des miennes, je me recule et attends.

Immobile, souriante, Karin refuse encore de prendre l’initiative. Pourtant, l’envie pulse dans ses entrailles de découvrir mes formes qu’aucune femme n’a touchées, de leur révéler le plaisir des sens. Car j’ai avoué ma niaiserie dans la discussion.

Énervée par le manque de réaction, je me hasarde à l’embrasser de nouveau avec davantage d’audace. Ma langue force sans effort la barrière de ses dents et s’enroule autour de la sienne. Karin participe enfin. Le baiser devient passionné, nos souffles se font saccadés, nos salives se mêlent.

 

Le salon est alors le témoin d’un étrange ballet à quatre mains auquel les vêtements ne résistent pas. Enfin nues ! Je glisse mes mains dans son dos, elle enserre ma taille, nos bassins se collent l’un à l’autre. Le contact des peaux provoque un émoi partagé d’une sensualité sauvage.

Soudain, Karin me repousse sans prévenir, laissant ma bouche ouverte comme si j’embrassais le néant, la langue pointée entre mes lèvres. Son regard m’inspecte, me caresse, évalue mes formes, j’épie l’approbation dans ses prunelles brillantes. C’est triste à dire ainsi, mais si agréable à ressentir.

Je ne suis pas en reste. Les petits seins pointus, le ventre plat, le sillon duveteux jusqu’au petit nombril, l’arrondi subtil des hanches, le pubis orné d’un minuscule rectangle de poils noirs rasés, rien ne m’échappe, pas même les grandes lèvres de son minou qui baillent un peu.

– Viens, supplie une voix rauque.

Karin m’entraîne par la main. Un peu en retrait, je me focalise sur son cul rond, pas très gros, ferme. J’ai envie de mettre un doigt entre ces jolies fesses, d’en apprécier le soyeux, la texture, de suivre le sillon jusqu’à son sexe. On arrive trop vite.

Le mobilier, la couleur du papier peint, tout m’échappe. Unique certitude, on est dans la chambre car je suis poussée avec douceur sur un grand lit.

J’aurais pu tomber de n’importe quelle manière, tourner sur le ventre, rouler, me recroqueviller comme un fœtus. Mon inconscient choisit la facilité, je suis sur le dos, les bras en croix, les cuisses écartées dans une invite impossible à ignorer.

J’ai chaud malgré mon frisson. Karin va devenir mon amante, la toute première, je le lis dans ses yeux.

 

« Tu es belle, Aurane. J’ai envie de toi. »

Ces mots m’auraient paru inutiles dans un roman. Ils comptent beaucoup ce soir, le timbre guttural me rassure, m’incite à davantage d’abandon encore. Elle s’allonge à côté de moi, sa bouche se niche dans mon cou, sa main couvre mon corps de caresses douces, presque superficielles.

Sentir sa langue dans ma bouche, toucher ses seins, je n’ai qu’à tourner la tête sur le côté. Mon audace la surprend à peine, pas longtemps, Karin reprend l’initiative.

Mon initiatrice caresse l’intérieur de mon bras, la sensation m’est délicieusement inconnue, j’ai tant à apprendre. On s’embrasse et on se regarde en même temps, elle peut ainsi deviner ce qui me plait et suivre dans mes yeux le chemin tortueux qui me mènera au plaisir.

Mes seins s’impatientent, mon sexe pleure d’être au centre de ses attentions. Karin s’en moque, occupée à me faire découvrir ce corps que je pensais connaître. Elle me révèle à moi-même en érotisant tout mon être.

Impatiente ingénue, j’effleure son minou du bout des doigts. Elle interrompt notre baiser. Un sourire accompagné d’un signe de tête me retient d’aller plus loin.

« Laisse-moi faire. » m’ordonne-t-elle.

Sa bouche trouve ma poitrine, honore mes seins. Jamais je ne les ai sentis aussi gros, aussi durs. Sa langue joue avec mes tétons bandés, le bruit de succion ajoute à mon excitation. L’odeur de ses cheveux m’enivre.

Sa main descend sur mon ventre qui se contracte par à-coups. Ma bouche s’ouvre sur un encouragement silencieux. Ses doigts sont si près de mon pubis, je n’en peux plus. Elle relève la tête et observe mes seins brillant de sa salive. Sa langue dans mon nombril ajoute à mon excitation, comme si j’en avais besoin.

Karin glisse vers le bas du lit, son sourire au-dessus de ma touffe m’avertit. Elle la regarde comme un petit animal curieux. Elle veut tout voir d’ailleurs. Enfin, sa main masse mon pubis. La nouvelle position offre à mon amante le loisir de caresser mes seins et mon sexe en même temps, elle ne s’en prive pas.

Deux doigts s’insinuent dans ma vulve, mes terminaisons nerveuses sont chauffées à blanc, c’est bon. Je halète de savoir cette main étrangère fouiller ce que j’ai de plus intime. Ma moiteur l’encourage à explorer d’autres mystères. Son pouce trouve mon clitoris et son majeur titille l’entrée de mon vagin.

« Oh oui… prends-moi. »

Je suis tellement excitée que toute peur a disparu. Karine me pénètre lentement, sans efforts. J’ai l’impression de perdre ma virginité une seconde fois. Ma mouille abondante lubrifie le passage. Je suis une femme désormais.

La sensation se perd bien vite dans un besoin impérieux. Mon amante sait qu’une trop longue attente peut empêcher mon plaisir. Elle cherche à me délivrer. Sa main qui caressait mes seins s’invite à mon intimité. Elle écarte le haut de mes grandes lèvres et décapuchonne mon bouton. Son souffle sur ma plaie me ravit.

Alors, sans prévenir, la pointe de sa langue titille mon clito tandis qu’elle crochète son doigt dans mon vagin. C’en est trop, je me rends. Je mords ma main pour ne pas crier ce plaisir qui embrase tout mon être. Ma jouissance s’éternise, j’en pleure.

Karin se redresse, fière, me dévisage d’un air insolent et se délecte de ma mouille qui a humecté ses doigts.

 

J’ai tenté de l’aimer à mon tour, de lui rendre un peu de ce plaisir qu’elle m’avait offert sans retenue. Mes caresses maladroites l’ont amenée à un certain soulagement qu’il serait vaniteux d’appeler orgasme. Karin ne m’en a pas voulu, son vrai bonheur a été de me révéler à moi-même.

On a guetté le sommeil dans les bras l’une de l’autre sans tricher, sans promettre un lendemain à cette aventure. M’endormir nue contre le corps d’une femme et sentir nos formes incrustées au réveil, j’en rêvais. C’est fait maintenant.

 

Mon amante voulait me raccompagner chez moi, j’ai refusé d’un sourire. Descendue du bus avant d’arriver, je marche le long du Quai aux Fleurs le bien nommé. Il me faudra bientôt prendre à droite, traverser le Marais, remonter à la limite du 3ème, du 10ème et du 11ème arrondissement où je loge. Rien ne presse, la berge est déserte à 7 heures du matin. Je frissonne de l’air frais sans me résoudre à prendre un autre bus, ou à accélérer le pas.

Ce ressenti bizarre n’a rien du banal contentement « de l’avoir fait ». Il apparaît comme le chaînon manquant, le rituel qui permet d’envisager l’avenir. Cette première fois est le prélude d’un opéra qui me reste à écrire, je le devine.

J’ignore tout encore de mon nouvel univers ; pourtant, ce matin d’août, je marche le long de la Seine, avec rivé à l’âme un certain fatalisme teinté d’arrogance devant l’inéluctable. Aucun retour en arrière n’est désormais permis. Ma conscience peut s’éveiller, se libérer.

Je suis lesbienne.

 

Dimanche, pour la première fois, je fantasme sur le souvenir d’un corps et non sur le mien. La masturbation m’apporte une satisfaction relative. Mon unique désir est de renouveler l’expérience, et bien sûr d’aller plus loin dans la découverte de ce monde qui s’ouvre à moi.

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Des mots qui amènent des images et nous font témoins de la scène 

merci Orchidée pour ce très joli partage 

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une suite des plus frémissantes, la naissance d'une fleur qui s'ouvre à la vie....

j'ai beaucoup aimé ce texte plein de douceur

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C'est beau, c'est doux

 

superbe

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Aurane ou le désir sous influence 3

 

Le retour de Coralie s’apprécie après une journée réservée au souvenir de ma toute première aventure. Sa curiosité m’amuse, même si elle pousse à la réflexion.

– Tu vas faire quoi maintenant ?

« Expérimenter, multiplier les rencontres, apprendre toutes les facettes du sexe au féminin pluriel. »

Cette réponse reste secrète, d’autres mots sortent de ma bouche. Autant éviter une provocation inutile.

– Profiter de la vie, les vacances ça sert à ça. On fait du shoping aujourd’hui ?

Ma complice acquiesce en silence, circonspecte. Son regard sur moi change, il perd sa belle candeur. Le fait de narrer mon expérience de samedi a brisé le dynamisme de notre relation. J’ai l’impression d’avoir grandi sans me préoccuper d’elle.

Mon orientation était l’occasion de débat jusqu’à ce jour, quelque chose d’abstrait comme le fait de gagner au loto. C’est devenu une certitude concrète avec le passage à l’acte, on ne peut plus l’évoquer avec insouciance.

 

Le départ de Coralie à 17 heures me surprend. Cette journée sans relief me laisse une impression de gâchis. Peut-être suis-je devenue à ses yeux la « gouine », celle qu’il faut éviter de fréquenter sous peine de compromettre sa réputation. Tant pis, je ne passerai pas seule la soirée à la maison devant la télé.

Une terrasse à l’ombre des platanes, proche du Square Maurice Gardette dans le 11ème arrondissement, « Chez toi ou Chez moi », drôle de nom pour un bistrot. Les places sont chères sous la chaleur estivale, plus une table disponible ne s’offre à moi. Une femme de 35 ans environ cesse de s’incruster du regard dans un groupe de cinq nanas délurées de mon âge. Je me sens étudiée de la tête aux pieds.

– Assieds-toi, je t’en prie. Qu’est-ce que tu veux boire ?

La coupe à la garçonne, aux reflets châtain, donne du tempérament au visage rond. Une mèche s’étire sur la largeur du front au-dessus d’un regard noisette pétillant de malice. Le nez droit se profile sur la bouche aux lèvres charnues. Un tailleur gris met ses rondeurs en valeur, l’ensemble dégage une certaine sensualité.

Oubliées les filles à leur table, je suis devenue la proie. C’est ce que je voulais. Il arrive parfois de se méprendre sur les intentions d’une personne. Mais là, impossible de ne pas saisir la volonté de séduire de cette femme d’allure bourgeoise. Je choisis de la laisser mener le jeu à sa guise, sans savoir où cela nous mènera, pour le plaisir de me sentir désirée.

– La même chose que vous.

– On peut se tutoyer, sourit mon interlocutrice afin d’instaurer un indispensable climat de confiance. Je m’appelle Agnès, et toi ?

– Aurane.

Mon imitation de la petite fille intimidée est parfaite, on peu trop même. Un doute assaille la charmante inconnue.

– Que fait une demoiselle de ton âge seule dans ce bistrot ? Tu attends quelqu’un peut-être.

– Je suis jeune, mais j’ai 19 ans.

Inutile d’en dire davantage. Je contenterai la curiosité d’Agnès au fur et à mesure. La serveuse s’approche.

 

Deux heures plus tard, d’autres clients ont remplacé les cinq filles. L’ambiance est amicale, détendue, presque chaude. La main de l’inconnue effleure parfois la mienne, comme par inadvertance, ou se pose sur mon avant-bras. Je laisse faire sans montrer ni gêne ni plaisir.

– Je vais dîner au restaurant, prévient Agnès avec spontanéité, je peux t’inviter ? Tu seras mieux que seule chez toi.

– Euh… pourquoi pas, c’est gentil. Ton mari ne va pas s’inquiéter, j’espère.

La bouche de mon interlocutrice s’étire sur un sourire. Elle a évité d’aborder sa vie privée avec soin depuis notre rencontre, par peur de me choquer, de me voir prendre la fuite en reconnaissant son attirance pour les jeunes femmes.

– Je ne suis pas mariée, trop de boulot. Alors la solitude me pèse souvent le soir. Et toi, tu ne m’as pas dit si tu avais un copain.

Le fait de ne pas avoir à mentir me rassure, le jeu perdrait de son charme au profit d’une perversité malsaine.

– Je l’ai largué la semaine dernière, nous n’avions pas la même vision de l’avenir. Ce sont les surprises qui rendent belle la vie. Damien est trop prévisible.

Agnès se lève, persuadée de pouvoir dévergonder une petite hétéro, sans même s’apercevoir de la grossièreté de son piège.

– Il y a une terrasse au restaurant ou tu m’amènes ? J’adore Paris le soir, c’est la ville la plus romantique au monde.

L’inconnue soupire de ma candeur. Elle rêvait sans doute d’une banquette discrète dans un repère pour couples illégitimes. Je ne veux pas lui faciliter la tâche, sans pour autant la lui rendre impossible.

 

La Palette est l’archétype du bistrot parisien branché de Saint-Germain-des-Prés, celui dont rêvent les touristes. Agnès ne lésine pas sur les moyens pour m’attirer dans son lit. Le serveur travaille discrètement, ajoutant au charme de l’endroit.

Les œufs, bio s’il vous plait, pochés au Chinon ouvrent le dîner sur une touche de fraîcheur champêtre. L’idée de commander du caviar l’a peut-être effleurée, Agnès a évité l’exagération. Le débat s’engage sur ma première année passée au cours Florent pour devenir comédienne, sur mes espoirs à l’aube de ma vie d’adulte. Le moment décomplexé me fait presque oublier la raison de ma présence.

Un filet de bar à l’huile vierge pour elle, un tartare de bœuf pour moi, et nos rires se font moins discrets sur la terrasse enveloppée par la nuit tombante. Romantique à souhait, la soirée réveille ma féminité inexploitée au détriment de l’esprit rebelle qui sied si bien à une jeune de 19 ans. Les gestes sur mes mains, les attouchements sur mes avant-bras, prennent à s’y méprendre l’aspect d’une sympathie débridée.

– On n’a pas envie qu’un moment aussi agréable se termine, déglutit Agnès devant mon refus de prendre un dessert. Ça te branche un café avec un peu de musique chez moi ? Je te raccompagnerai ensuite.

– Je ne veux pas avoir l’air d’abuser. Tu es très gentille.

Son regard sombre me promet davantage de gentillesse encore. Si cette charmante femme cherchait à m’embrasser maintenant, devant une douzaine de clients encore là, je ne la repousserai pas. Elle n’ose prendre le risque.

 

Je m’attendais à un étalage de luxe bourgeois, le dénuement de l’appartement dans le 6ème arrondissement, pas très éloigné du resto, me surprend.

– J’ai horreur de me cogner dans les meubles, explique mon hôtesse enchantée de ma déconvenue, et je ne suis pas matérialiste. Installe-toi.

Le mobilier du salon se résume en un canapé géant de cuir crème de marque, une table basse de style contemporain, et un écran home cinéma ultraplat sur son meuble laqué accolé au mur blanc, donnant une impression de démesure à la pièce. Moins de deux minutes suffisent à servir du champagne.

– Le vrai luxe c’est l’espace, surtout à Paris.

Impossible de la contredire. Agnès mène son affaire avec une science innée, ou une habitude malsaine. La distance se réduit peu à peu entre nous, ce n’est pourtant pas la place qui manque. La bouteille se vide. À quelle vitesse ? La notion du temps devient subjective. Il n’y a pas de drogue dans mon verre ; nous avons bu plusieurs fois dans la coupe de l’autre par mégarde, sans autre conséquence particulière que des rires en cascade, l’envie de prolonger l’instant.

Un autre flacon de champagne ne soulève aucune objection de ma part, mais on y touche à peine. J’ai oublié le piège grossier tendu par Agnès, mon désir de m’y laisser prendre. Je ne vois qu’une femme heureuse de partager ce qu’elle possède.

– Dis donc, tu vas passer la nuit ici. Je ne vais prendre le volant après avoir bu.

– Mais je n’ai pas de brosse à dents !

La sincérité de ma répartie ne peut être mise en doute, elle soulève un rire.

– Je vais t’en donner une. Tu veux prendre une douche ?

 

Le canapé me paraissait grand, que dire du lit design en cuir italien. Je ne suis pas offusquée quand Agnès dit n’avoir qu’une chambre, pas davantage quand un conseil rappelle notre différence d’âge.

– Ce n’est pas bon de dormir en sous-vêtements. Enlève les et enfile cette chemise de nuit, c’est tout ce que je peux te prêter.

Je m’exécute comme une gamine obéissante, sans penser à mal. La transparence du tissu boutonné sur le devant par des pressions me fait sourire. Une main caresse mon épaule innocemment, je pivote sur le lit, souriante, détendue.

– J’ai passé une merveilleuse soirée, ma petite Aurane. Bonne nuit.

 

La torpeur m’envahit. Couchée à mon habitude sur le côté droit, je perçois un léger mouvement, un corps se colle dans mon dos. La présence du bras autour de ma taille me maintient à mi chemin entre conscience et inconscience. Je reste immobile, figée dans l’attente. Agnès ne bouge plus, peut-être dort-elle déjà. On rira demain matin de se réveiller dans cette position.

Le sommeil allait gagner, une sensation me retient. La main sur mon ventre glisse entre mes seins. Je n’ose pas bouger, ne sachant si mon hôtesse dort ou recherche la position idéale. C’est de nouveau le statut quo dans la chambre. Je sombre cette fois dans l’inconscience.

Une sensation me tire à nouveau de ma léthargie naissante. Les doigts s’animent sur ma poitrine à travers la nuisette. Geste involontaire ? La langue flirtant avec le lobe de mon oreille prouve le contraire. La chaleur du souffle dans mon cou soulève de mon corps tétanisé un frisson teinté d’une légère appréhension.

Agnès ne contient plus son désir. Sa bouche cherche la mienne, sa langue essaie de s’insinuer entre mes lèvres, je résiste. Sa main par l’échancrure de ma nuisette trop large palpe un de mes seins, triture le téton. L’effet est immédiat, ma bouche s’ouvre à un baiser fougueux.

Mon abandon n’incite pas mon amante à la tendresse. Elle me libère de la nuisette sans attention en tirant sur les boutons pression. La lumière tamisée d’une lampe de chevet éclaire la chambre de jaune orangé.

Assise sur le lit, Agnès observe mes formes allongées à sa merci, et moi j’observe son regard. Rien de son ressenti ne m’échappe. Tout peut encore basculer d’un côté ou de l’autre. Elle se demande si c’est bien de me forcer ainsi la main, d’abuser de ma jeunesse, de mon apparente fragilité.

– Tu veux que je continue ?

Je hoche la tête sans même m’en apercevoir.

 

Agnès couvre mon corps du sien, généreux. Ses formes à l’abri dans la nuisette me restent interdites. Elle rampe en arrière avec lenteur, s’attarde sur mes seins un trop bref instant. J’aurais voulu que mon amante prenne le temps de les caresser, de faire grossir mes tétons par un savant toucher, mais son impatience prouve un féroce désir pour une autre partie de mon anatomie.

La bouche d’Agnès papillonne sur mon ventre crispé, ses doigts s’emmêlent dans la toison de mon pubis. Quelle différence avec Karin qui a pris soin de réveiller chacune de mes terminaisons nerveuses ; néanmoins, mon excitation est palpable, et cette précipitation me convient.

Mon amante s’installe entre mes cuisses, son regard me transperce, elle va le faire. Le cunni, j’en ai entendu parler en termes plus ou moins salaces, j’en rêve même dans les fantasmes qui accompagnent mes masturbations régulières.

Et mon univers bascule soudain. Une langue se faufile entre mes nymphes moites. Impossible de savoir si le ressenti est physique ou psychique, je m’en moque. Agnès me lèche, j’aime. Sa bouche s’active, ses doigts ne sont pas en reste.

– Doucement, s’il te plait.

Ma supplique trouve un écho, mon amante ralentit le rythme, je ne veux rien rater des sensations inconnues. Voici ce qui me plait, me sentir fouillée jusque dans mes replis les plus intimes. Les sensations offertes par un doigt ou par une langue ne sont pas comparables. De plus, savoir qu’une femme se délecte de ma mouille est jouissif. Je ne résisterai pas longtemps.

Mes mains triturent mes seins sans ménagement, les pointes s’allongent entre mes doigts. Agnès a débusqué mon clitoris et le frôle, sa langue tourne autour. Mon corps entier se contracte, mon bassin se soulève à la rencontre de sa bouche. Le plaisir me surprend, m’emmène loin, très loin sur des rivages inconnus.

 

Je récupère dans ses bras, blottie comme un chaton à la recherche d’affection. Je voudrais parler, mais les mots me manquent, aucun ne convient à ce que nous venons de faire. Le souvenir est encore trop présent.

Le corps d’Agnès dans mon dos peine à rester sage. Sa respiration saccadée sur ma joue et dans mon cou brûle d’un désir inassouvi. Elle ne demande rien pourtant, par pudeur ou par peur de me faire fuir, et se contente de frotter ses seins sous la nuisette contre ma peau nue.

Je tourne un peu la tête, mon regard se perd au plafond.

– Tu veux que je te donne du plaisir ?

La question m’a échappé, tant ce silence devenait détestable, tant la générosité de cette femme mérite récompense.

Agnès s’agenouille sur le lit sans un mot, tout près de mon visage. Elle dégrafe d’un coup sec les pressions de sa nuisette et en écarte les pans. Sa voluptueuse nudité s’offre à mon regard. Les seins un peu tombant paraissent petits en proportion de ses tétons déjà bandés dans les aréoles sombres. La taille reste fine sur les hanches larges, la rondeur de son bas ventre m’émoustille. Une large toison noire de longs poils frisés masque son intimité.

Sa nature dominatrice pousse Agnès à s’asseoir à califourchon sur ma bouche en écartant d’elle-même les pétales de sa fleur.

– Mets ta langue, ma chérie.

Obéissante, j’éprouve une certaine satisfaction à contenter mon amante. Sa cyprine me surprend, pas trop amère, par son abondance. Le moelleux de sa grotte me ravit.

– C’est bon, comme ça. Lèche-moi bien.

La sensation me grise de fouiller ainsi sa vulve. J’offre un baiser langoureux à son sexe comme je l’aurais fait à sa bouche, sans savoir si un cunni sa fait ainsi. Agnès ne tente pas de me guider, elle a décapuchonné son bouton.

L’effort pour garder ma langue dans ses chairs devient douloureux, mais je veux la faire jouir. Mon amante m’aide en se masturbant au-dessus de ma bouche ouverte, sa cyprine coule sur mon menton. Elle est longue à venir, sans doute ne suis-je pas à la hauteur. Ses mots me rassurent pourtant.

– Vas-y, ma chérie, lèche encore. C’est bon…

Ses doigts s’agitent sur son bouton en gros plan sous mes yeux. Son bassin semble se projeter en avant par instant. Ma langue s’affole dans ses papilles. Qu’elle vienne maintenant, je n’en peux plus.

Soudain, les cuisses pleines de mon amante se contractent autour de mes joues, le poids de son corps se fait plus lourd. Agnès jouit sans retenue. Un long gémissement accompagne son orgasme, couvrant le clapotis de ma langue dans son intimité.

 

L’attitude d’Agnès au petit déjeuner montre qu’elle me prend toujours pour une petite hétéro tombée dans le piège d’une lesbienne cougar. La détromper ne m’aurait rien apporté. D’ailleurs, mon état d’esprit à l’instant de me coucher dans son lit hier soir prouve la justesse de son raisonnement.

– Tu ne m’en veux pas ? s’inquiète-t-elle sur le pas de la porte, tandis que je suis prête au départ.

– Non.

– C’était bon quand même, hein ? minaude Agnès en cherchant une justification.

– Oui.

– Tiens, sourit-elle en glissant quelque chose dans ma main.

Mon regard reste ébahi sur les deux billets de cent euros.

– Ne le prends pas mal. Tu es une petite étudiante sans le sous, ça me fait plaisir de t’aider un peu. Le numéro de téléphone est celui d’une amie. N’hésite pas à l’appeler si tu ne sais pas quoi faire, elle soutient parfois des jeunes qui se lancent dans une carrière artistique.

Je lui donne mon numéro de portable en retour.

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les charmes de Paris, de rencontres fortuites, et la délicate attention finale....:good:

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Quelle plume !

abient10.gif ...  de te lire !

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les charmes de Paris, de rencontres fortuites, et la délicate attention finale....:good:

Prépare ton sac, Lupin, on va voyager

Quelle plume !

abient10.gif ...  de te lire !

Merci du compliment, la suite vendredi.

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Aurane ou le désir sous influence 4

 

Le retour de Coralie dans mon espace ce mardi fait bondir mon cœur. Impossible de ne pas la serrer dans mes bras, de ne pas m’enivrer de son parfum léger, de ne pas caresser la soie de ses cheveux, de ne pas baiser la peau tendre de sa joue.

– Je suis désolée pour hier soir, s’emballe ma complice de longue date. Ce n’était pas cool de te laisser tomber. Je ne veux pas que tu penses que notre amitié est morte à cause de…

Comme bien des gamines de 19 ans, on oublie les tournures de phrases apprises sur les bancs de l’école sous l’effet de l’angoisse. Les émotions exacerbées entraînent un flot de paroles souvent répétitives, parfois contradictoires. Qu’importe, nos regards se chargent de raconter l’essentiel.

 

Paris plages, un rêve de mégalomane sur l’écrin de la Seine, ou comment délivrer les Parisiens de leur misère citadine. Allongées en maillot de bain sur le sable sous le couvert d’un parasol bleu, on disserte sur ce qui pourrait devenir un sujet de philo au bac dans les prochaines années.

Les manifestations hormonales de quelques garçons pour attirer notre attention se soldent par des échecs. Coralie imite à la perfection mon manque d’intérêt évident. Je suis encore dans le flou de ma nouvelle existence, préoccupée par l’aspect physique de mon orientation. Ma complice est prête à tout pour préserver notre amitié. À tout ou à quoi ? La question s’installe dans mon esprit.

 

Coralie avait annoncé de longue date la réunion de famille à l’anniversaire de son jeune frère. Notre séparation pour deux jours ne laisse aucune amertume. Néanmoins, la soirée s’annonce longue comme celle d’un jour sans fin. Peut-être une virée dans le Marais me changera les idées.

La sonnerie de mon portable joue les trouble-fête. Une voix inconnue m’interpelle. Agnès m’a donné le numéro de téléphone d’une amie, elle lui a aussi donné le mien. J’écoute par politesse.

 

Avec la Tour Eiffel en point d’orgue, le 7ème arrondissement représente le pouvoir de l’argent dans Paris intra muros ; l’appartement dans lequel je suis conviée à entrer fait honneur à la réputation du quartier.

– Bonsoir, Aurane, s’émoustille une voix rauque teintée d’un accent britannique, je suis Cindy. Bienvenue chez moi.

Contrairement à son amie Agnès, donner un âge à cette femme BCBG relève de la gageure. Entre trente-cinq et quarante ans peut-être, ou davantage, tant le maquillage léger en tons naturels neutralise les effets du temps.

Un carré court donne du volume aux cheveux châtain autour des oreilles, des pattes d’oie à peine marquées étirent un regard noisette indiscret, des pommettes saillantes reflètent une touche colorée sur le visage marqué d’un petit nez mutin sur une bouche droite qui mériterait davantage de relief. Ni belle ni laide, Cindy impressionne par sa classe naturelle.

– Entre, voyons.

Le rire de la maîtresse de maison n’a rien de surfait, expression d’une joie de vivre sincère. Mais la rumeur qui s’évade du salon me retient.

– Vous recevez du monde, je ne veux pas déranger.

– Je t’en prie, implore Cindy, commence par me tutoyer. Quelques amis viennent de débarquer à l’improviste, ils ne resteront pas longtemps. Promis, je n’insisterai pas si tu te sens mal à l’aise.

 

Quatre femmes et trois hommes profitent de la fraîcheur relative de la terrasse du salon convertie en bar. Notre arrivée ne suffit pas à combler l’espace. La Tour Eiffel à portée de main attend l’heure de s’illuminer.

Ô préjugés, qu’il est plaisant de vous dépasser. Ces dames, au nombre de cinq avec notre hôtesse, ne jouent envers moi d’aucune prédominance, et ces messieurs restent d’une discrétion charmante. Personne ne devine que Cindy me voit pour la première fois, ou tout le monde s’en moque.

La réception s’achève une heure plus tard, comme si les invités voulaient regagner  leurs pénates pour le journal télévisé. Une femme s’éternise cependant, au charisme envoûtant. Son accent slave donne la réplique parfaite à l’intonation londonienne de la maîtresse de maison.

– Katia arrive de Saint Petersbourg, elle dîne avec nous. Ça ne t’ennuie pas ?

 

À trois, on a vite fait de débarrasser la table ronde sur la terrasse et d’y mettre les couverts dans une ambiance décontractée. Salade de tomates, charcuterie, assiette de fromages, seul le vin rosé révèle un certain éclat. Les riches séduisent peut-être ainsi leurs proies d’origines modestes.

Je suis venue, convaincue de rencontrer une femme dans le style d’Agnès, certaine de pouvoir m’échapper en cas de danger. Or Cindy ne dévoile aucun intérêt visible pour mon physique, à moins qu’elle ne joue l’entremetteuse au bénéfice de son amie russe. Et si leur intention était de finir à trois…

Katia est la photographe incontournable du moment, celle dont on parle. Son talent en fait une artiste mondialement reconnue dans les milieux de l’art et de la mode, tant les deux fusionnent souvent.

Un joli coiffé-décoiffé court décline du sombre au clair plusieurs nuances de blond autour de l’ovale du visage, les grands yeux d’un singulier bleu azur restent en éveil sous l’arcade des sourcils, le nez droit tombe sur une bouche sensuelle. L’absence de maquillage donne une certaine légèreté à sa quarantaine d’années.

– Alors tu souhaites devenir comédienne, s’intéresse notre hôtesse.

– Actrice plutôt. J’ai passé le bac de lettres avec option théâtre, et j’ai déjà fait un an sur trois au cours Florent.

– J’espère que tu n’en veux pas à Agnès de m’avoir donné ton numéro, s’excuse Cindy. Elle serait là à t’expliquer la raison de cette invitation sans un empêchement de dernière minute. Mais l’arrivée de Katia à l’improviste était une occasion à saisir.

Ainsi, la présence de la photographe russe justifie la mienne.

– On m’attend à Barcelone demain pour la sortie de mon dernier livre, une séance de dédicace est prévue à Paris vendredi. Mais je serai là avant tout pour trouver un nouveau modèle, qui reflètera la réalité du monde d’aujourd’hui. J’aimerais faire un essai avec toi, Aurane.

– Je ne suis pas certaine de… faire l’affaire. Il y a des filles bien plus jolies.

Le choix des mots n’a pas été simple, reste à espérer que la photographe a intégré la compréhension de la langue française dans son bagage. L’enchanteur accent slave flatte mes oreilles.

– Je marche toujours au coup de cœur avec mes modèles, fais-moi confiance. Et ça reste un essai. Si tu es disponible ce week-end…

 

Katia, sur le coup de 23 heures, emmène en partant l’ambiance bon enfant. Je vais signifier mon congé à notre hôtesse et rentrer. Une bouteille d’Armagnac désormais vide trône au centre de la table. On a fait fort à trois. Cindy pose sur mon épaule une main qui n’a rien d’amicale.

L’abus d’alcool décante la situation, ou le départ de la photographe lui permet de saisir l’opportunité. Ignorante encore de ma conduite à venir, je la dévisage. Les yeux noisette sont emplis d’une mélancolie insolite.

– Je déteste les fins de soirée, me retrouver seule. La solitude devient insupportable après quatre années de divorce.

– Je peux prendre une douche ? Si tu as une brosse à dents…

Maudite manie de parler sans réfléchir ! Ces mots accordent un consentement trop rapide, téméraire, comme les aveux mensongers recueillis par un policier roublard qui abuse de son rang.

Aucune satisfaction visible ne traduit la victoire aisée de Cindy, cela aurait suffi à me faire changer d’avis. Elle n’ose même pas me prendre par la main pour m’amener à la salle de bains.

 

Je me déshabille sans pudeur, pliant avec soin mes vêtements sur un petit meuble à tiroir, et m’installe debout dans la grande baignoire. Mon hôtesse se lave les dents, elle peut ainsi me détailler à loisir dans la glace. Chacune de mes postures met mes formes en valeur.

Je n’éprouve aucune malaise à étaler ma nudité, je ressens cette fois un plaisir vrai à l’exhibition, à l’atmosphère chargée qui s’en dégage. Faire naître la convoitise par le simple spectacle de mon corps m’émoustille.

 

Assise sur le grand lit à baldaquin de style baroque, j’attends l’instant de découvrir mon amante. Debout face à moi, incertaine de ma réaction, elle fait pourtant glisser sa robe à ses pieds. L’opulence de la poitrine détonne sur le corps mince.

– Ils sont naturels, susurre Cindy en s’asseyant près de moi, vêtue d’une simple culotte de coton unie.

Pour le prouver, elle prend mon poignet et pose ma main sur un globe laiteux un peu tombant, en forme de grosse poire. Je malaxe le sein pour en apprécier la texture, puis le caresse franchement. Autoritaire, Cindy plaque mon visage sur l’autre, la large aréole à hauteur de ma bouche.

Ma résistance est hypocrite. Le jeu me convient malgré l’absence de tendresse, je la veux. Mes lèvres s’ouvrent, ma langue lèche avec application la large aréole claire. Le téton prend du volume, je le mordille.

Contre toute attente, mon amante me repousse. La fermeté qui a prévalu pour me faire honorer ses seins laisse la place à une douceur presque timide. Deux mains peu assurées me libèrent du drap de bain dans lequel je suis enveloppée.

Le regard sur moi tourne vite à la contemplation, Cindy n’ose aucun geste malgré un désir sincère. Elle a peur de me blesser peut-être, d’un scandale éventuel, ou de la jalousie de son amie Agnès. Peu m’importe. Je l’allonge délicatement sur le dos, sa pâleur soudaine m’interpelle.

Ma bouche se pose sur la sienne comme un papillon délicat. L’haleine mentholée  stimule mon audace. Ma langue franchit la barrière de ses dents et s’enroule autour de la sienne. Notre baiser n’a rien de passionné, il est profond, doux et sensuel. Cindy se détend peu à peu, ses doigts dans ma nuque prouvent sa volonté de garder mes lèvres sur les siennes.

J’en profite pour caresser les seins à pleines mains. Une poitrine si volumineuse ne me parait pas spécialement belle, mais la satisfaction visible de mon amante m’incite à faire durer l’attouchement, les tétons enflent sous la sollicitation. Elle geint dans ma bouche d’un bonheur évident.

Petit à petit mes doigts s’attardent de son ventre à sa taille fine, comme le fit mon initiatrice, ajoutant au plaisir du toucher celui de la découverte d’un corps ferme en dépit des ans. Cindy réagit en silence à ce qui lui plait par des petites pressions de sa langue sur la mienne. Quelle merveilleuse sensation d’être guidée ainsi à la recherche de ses zones érogènes.

Ma main trouve enfin sa culotte. Je masse le mont de Vénus et le haut de son sexe à travers le tissu. Le rugissement de mon amante se noie dans ce baiser qui nous unit depuis tout à l’heure. Ses cuisses se resserrent sur mes doigts. Elle délaisse ma nuque pour caresser mes seins qui réagissent aussitôt.

Je dégage l’entrejambe de la culotte, la fente est trempée. Étourdie, Cindy triture mes tétons sensibles. Mon audace décuple la sienne. L’attouchement que je lui offre reste pourtant superficiel. Il serait facile de la masturber ainsi, de l’amener sans effort à la jouissance. Je n’ai qu’à enfiler un doigt ou deux dans sa grotte liquoreuse, à jouer avec son clito jusqu’à la délivrance. Mais non. J’interromps notre baiser.

 

Allongée entre ses jambes, j’observe le minou sous la toison pubienne. De rares poils fins comme du duvet ornent les grandes lèvres. Cindy s’épile, ce qui augmente mon désir de la lécher. J’ose un premier coup de langue sur la longueur de sa fente et savoure sa mouille au goût neutre.

Mon amante se raidit, charmant mon ouie d’un profond soupir, un appel à plus de témérité. Sans être en position dominante, à moi de choisir le rythme, cette situation me plait. J’aimerais presque qu’elle me supplie, entendre de sa bouche de bourgeoise des termes salaces.

Ma langue s’insinue entre les nymphes délicates. Sa vulve m’accueille, je la sens vibrer sous mon hommage, vivante. Je comprends que toujours j’aimerai lécher ainsi une femme, me sevrer de sa cyprine, la faire s’abandonner. Ma bouche est faite pour le cunni, pour dénicher l’occulte dissimulé dans le velours d’une vasque fleurie aux senteurs épicées.

– Oh ! ta langue…

Le compliment flatte mon orgueil. Qu’importe maintenant si mon amante se laisse aller ou retarde l’échéance. Je la pénètre de deux doigts et découvre son bouton de mon autre main. Elle est à moi.

Cindy s’abandonne totalement, son souffle devient oppressé. Peut-être par peur de jouir trop vite, elle se redresse sur ses bras. Son changement de position a relâché un peu de la pression, il lui permet de me voir. Nos regards se croisent.

Mes doigts et ma langue dans ses chairs ont bientôt raison de sa résistance. Mon amante s’arc-boute, sa tête tombe en arrière. Je l’observe sans rompre la frénésie de mes caresses. Un grondement rauque heurte mes oreilles, les spasmes autour de mes phalanges se font violents. L’orgasme la tétanise, le temps s’arrête.

 

Cindy, toujours appuyée sur un bras, me caresse doucement, si on ose appeler ainsi les quelques attouchements délicats que son anxiété lui permet.

– C’est la première fois avec une fille. Je suis mère de famille, mais je voulais… Tu comprends, j’espère que tu ne m’en veux pas.

Son hésitation me ramène à ma propre niaiserie, je ne veux en aucun cas la juger. Son attitude me rappelle la mienne la semaine dernière, elle me permet d’assimiler la modestie du chemin parcouru, sa réalité aussi.

– Ne t’inquiète pas. J’ai été heureuse de te faire l’amour, c’est tout. Ne cherche pas à te justifier.

– Non… tu es belle. J’ai envie de te toucher, de t’embrasser aussi, mais le plaisir que tu m’as donné était si fort… J’ai peur de ne pas te faire jouir.

Cette hésitation a causé ma retenue trop longtemps, donc ma souffrance. Il serait injuste de lui en faire le reproche.

– Je suis là, près de toi, et je suis bien. Alors ne te sens pas obligée. Fais ce que tu veux. Et si tu n’as pas envie ou si tu n’oses pas, ce n’est pas grave.

Cindy a compris. Elle me sourit et s’allonge contre moi, sa joue sur mon épaule, un bras autour de ma taille. Aucune de nous ne s’endort. Je dois d’abord permettre à mon désir de retomber avant de trouver le sommeil. Elle doit ravaler sa déception de ma laisser sur ma faim.

 

Le corps contre le mien s’anime. Ai-je dormi ? Peut-être un peu. On était couchées côte à côte, nous sommes enchevêtrées maintenant. Une jambe s’immisce entre mes cuisses, une main aussitôt suivie d’une bouche flatte ma poitrine. La lumière éteinte, je vois quand même nettement à la clarté de la lune par la fenêtre entrouverte.

De timide, l’attouchement devient vite audacieux. Cindy apprécie les caresses sur ses seins, manuelles et buccales, elle imagine que moi aussi. Je lui donne raison en me pâmant dès que ses lèvres effleurent un téton. Sa réaction la ravit car elle le prend en bouche. L’autre se développe sous ses doigts. C’est divin, tant que la sensibilité de ma poitrine réveille sans mal mon excitation.

– Tu aimes ? glousse Cindy déjà certaine de la réponse avant de reprendre son jeu aussitôt, le regard tourné vers moi.

– Oh oui ! C’est bon, continue.

Si mon amante s’occupe ainsi de mes seins, je peux prendre mon plaisir dans une bonne séance de masturbation, personne ne m’en fera le reproche. Nous aurons toutes les deux ce que nous voulions. Mes mains trouvent sans peine mon intimité.

– Attends, réagit Cindy, laisse-moi faire.

L’incertitude a disparu, son timbre rauque révèle un désir réel. Sa bouche glisse sur mon ventre, s’attarde un instant sur mon nombril, puis se niche dans ma toison. Les doigts investissent ma grotte. La moiteur de mes chairs rassure mon amante, elle va me branler.

– Je veux te goûter et te faire jouir avec ma bouche.

La voix libérée de l’angoisse, les mots tendres et crus à la fois, les phalanges dans ma conque avide, la certitude de parvenir à ses fins, j’ignore ce qui m’excite le plus. Après une dernière hésitation, Cindy glisse son visage entre mes cuisses, sa bouche ouverte passe sur ma fente de bas en haut. Elle n’ose pas aller plus loin dans l’audace, mais la caresse subtile produit son effet. Si elle touchait mon bouton…

Ses doigts s’agitent en moi, cherchant ma délivrance. Alors que je n’espérais plus, sa langue se faufile dans mon abricot et trouve mon clito. La décharge est démente, immédiate. Un orgasme me cloue sur le lit, les bras en croix, la bouche ouverte sur une incommensurable béatitude.

Et mon amante, heureuse, continue de me lécher avec avidité, au point que je suis obligée de la retenir pour ne pas transformer mon plaisir en douleur. Sa bouche fait le chemin en arrière sans quitter ma peau, honore mes seins au passage, puis m’offre un baiser langoureux. Le goût de ma cyprine mêlée à sa salive est un régal.

 

J’ai droit le lendemain à un petit déjeuner au lit. Coralie absente les deux prochains jours, rien ne presse. L’attention vaut de l’or, attendrissante à souhait.

– Tu fais quoi, aujourd’hui ? demande mon amante d’une voix guillerette.

– Rien.

– On va se balader si tu veux. J’ai envie de te gâter, je connais quelques boutiques de luxe qui devraient te plaire.

Le regard de Cindy montre son désir d’un nouvel orgasme ; elle me l’achète même avec sa promesse de cadeaux, comme on se paie une place de cinéma. Je l’invite à me rejoindre sous le drap froissé de nos ébats de la nuit. Et manger nous ouvre l’appétit. On se retrouve vite tête-bêche afin d’assouvir un nouveau besoin.

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le lente découverte des plaisirs de Lesbos est un enchantement, et s'il est vrai que le 7eme ouvre des perspectives de luxe, il n'en reste pas moins vrai que le luxe suprême est la découverte dans un écrin magique et c'est le cas dans ce chapitre....:good:

serait ce dû à l'érection de la Tour Eiffel scintillante de mille feux ? cela ne serait pas étonnant, mais là, c'est une pensée toute masculine !!;)

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Merci Lupin de ta remarque pleine de bon sens. Ton humour sans sous-entendus est à ton honneur. La suite demain.

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toujours cette beauté sensuelle

sublime écriture

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Aurane ou le désir sous influence 5

 

Vendredi, je n’ai eu aucun mal à convaincre Coralie de m’escorter à la FNAC des Champs-Élysées. Seule la part sexuelle de ma rencontre avec Cindy mérite le secret,  la séance de shopping dans des boutiques de luxe est mise sur le compte de l’amitié qu’elle porte à la photographe.

Accepter les cadeaux n’entraîne aucune honte, puisque je n’ai rien demandé à ces femmes. Je reconnais aimer la vie dans le confort, c’est tout. Si culpabilité il y a, elle incombe à mes amantes.

– Qui c’est, cette Russe ? s’amuse mon amie, mettant un terme à ma réflexion.

La recherche de Katia Amaliev sur Internet a porté ses fruits : « photographe de mode et artistique, née à Saint Petersbourg en 1972, célèbre pour sa représentation de la femme à travers des portraits frappant de réalisme. »

Quelques exemples montrent son vif intérêt pour toutes les conditions et toutes les cultures, de la plastique parfaite aux affres du physique disgracieux, du tchador de la musulmane à la simple feuille qui cache le sexe de l’indienne des forêts d’Amérique du sud, des nus d’un érotisme distillé avec soin aussi.

– Si elle te demande de poser à poil, s’inquiète Coralie.

Je le souhaite en mon for intérieur, tant Katia m’a impressionnée par son charisme. Mais d’autres mots détournent ma pensée. Ma complice ne semble malheureusement pas capable de comprendre mes désirs. Le souvenir de la tension entre nous au début de la semaine me fait peur.

– C’est un essai, ça n’arrivera pas. Et regarde ces photos, on ne voit rien à part une épaule ou un dos. Tu ne trouves pas ça vulgaire, quand même.

Le rire de Coralie s’épanouit dans ma chambre où nous discutons face à l’écran de l’ordinateur. Ma douche prise, je suis enroulée dans un ample drap de bain, comme chez Cindy. Mais le regard de mon amie ne s’attarde pas sur mes formes, dommage. J’aimerais la pousser dans ses retranchements.

– Habille-toi, Aurane, il faut y aller. J’ai promis à mes parents de rentrer tôt. On va à l’Île d’Oléron demain.

 

Semblable à une icône de la Russie des tsars, Katia déambule parmi les notables avec aisance. Paris est à ses pieds, la notoriété lui va à ravir. Ma présence ne soulève aucune polémique malgré une tenue inadaptée.

J’ai enfilé une chemise à carreaux sur un jean délavé, une paire de baskets, et nous avons rejoint la FNAC des Champs-Élysées. La personnalité du jour, installée face à la masse compacte des chasseurs d’autographes, m’a accueillie d’une bise sur la joue. Le départ de Coralie coïncida avec la fin de la séance de dédicace. Katia me supplia de rester.

Maintenant, accrochée à mon bras comme à une bouée de sauvetage, elle sourit à un parterre de membres distingués du monde de l’art, de la culture et de la presse. La majorité de ces gens intègre ma présence comme un élément du décor, un caprice de la star. La bourgeoisie, plaisante dans le cercle privé, se montre dédaigneuse lors des rassemblements en public.

– Cette demoiselle est votre nouvelle égérie ? s’emballe une journaliste pressée de nous photographier ensemble.

– Vous le découvrirez à ma prochaine exposition.

– Quel couturier retient votre attention pour les défilés de l’automne ? se renseigne un autre.

– Celui qui saura mettre la femme en valeur, bien sûr.

Au banquet des questions-réponses, les requins de la presse feraient bombance à longueur de journée.

– Maintenant, excusez-nous, se dégage Katia avec une amabilité un peu sèche, on est attendues.

La réception l’ennuie, il est temps de quitter la FNAC à 18 heures. Le soleil nous surprend sur le trottoir, bras dessus bras dessous, semblables à des amies de toujours ; l’anonymat parmi les badauds et les touristes réveille sa joie de vivre. Sa présence me comble, j’ai envie de la séduire.

– Si on passait chez moi, je voudrais me changer.

– D’accord. On fera ensuite un saut à mon hôtel, je n’aime pas me balader sans un appareil photo.

 

Un taxi nous dépose un peu plus tard devant la façade sombre enjolivée d’estampes d’un autre siècle du Jardin de la Villa, hôtel 4 étoiles dans le 17ème arrondissement. Ce genre d’établissement faisait rêver la gamine que j’étais, il m’impressionne ce soir.

– Tu dors ici ?

Katia me prend par la main, mon émotion l’attendrit.

– Je suis invitée par la maison du couturier Lacroix qui s’associe à la promotion de mon bouquin. Ils espèrent me récupérer pour les prochains défilés.

Le pouvoir de l’argent me surprend, on tient à ses illusions à 19 ans. Je me laisse pourtant séduire par le hall d’accueil cosy, habile mariage de fushia et de marron sur fond blanc. La voix mielleuse de la réceptionniste m’arrache un frisson tandis qu’elle tend une clé magnétique à sa cliente.

– Vous n’avez pas de message, mademoiselle Amaliev.

– Merci. Attends-moi ici, rit Katia amusée de me savoir mal à l’aise. J’en ai pour une petite minute.

Elle disparaît en direction des ascenseurs. L’hôtesse me considère avec amabilité, le fait d’avoir enfilé une petite robe d’été à la place du jean délavé me rassure.

– Vous pouvez vous asseoir, mademoiselle. Vous souhaitez un rafraîchissement ?

 

– Quand tu as dit qu’on allait dîner, j’ai eu peur que ce soit à ton hôtel.

La terrasse de Georgette, restaurant entre Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse,  me convient mieux. Katia s’amuse encore de mon embarras. Son attitude tient autant de la bonne amie que de la femme charmeuse.

– On pourrait s’embrasser au Jardin de la Villa sans créer de polémique, ma chérie. Et l’adresse de ce resto est en bonne place sur le guide friendly parisien, populaire dans le milieu homosexuel. J’ai la réputation d’aimer les femmes, surtout les jeunes. Tu ne le savais pas ?

Internet ne révèle pas tout. Sa franchise me déboussole un peu, sa main caresse le dos de la mienne à plat sur la table.

– Je l’ignorais. Mardi soir, chez Cindy, tu ne donnais pas l’impression de détester les mecs. Et tu ne m’as pas draguée.

– C’est le charme d’une rencontre. Quant aux hommes, on peut ne pas les détester sans coucher avec.

Cet instant m’offre une nouvelle perception de l’approche entre deux êtres. Agnès n’hésite pas à dissimuler la vérité de ses intentions derrière le masque de la charité. Cindy applique la politique du non-dit jusqu’au détournement de situation. Katia ne s’embarrasse d’aucun préjugé, elle assume son désir de moi sans équivoque possible, et me demande d’en faire autant. Ce passage au resto prend l’allure des préliminaires qui précèdent le passage à l’acte.

Avoir une autre amante en si peu de temps ne me pose aucun cas de conscience, la différence d’âge avec trois d’entre elles est due au hasard. Je saisis les opportunités.

 

J’entre à l’hôtel, libérée de mes complexes cette fois, peut-être à cause de l’heure tardive. Nous avons prolongé la soirée à la discothèque Le Rive Gauche, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, la seule boîte lesbienne de Paris, jusqu’à minuit passé. Katia n’a eu de cesse de me photographier au comptoir comme sur la piste de danse.

La suite, dans les tons de l’entrée, me laisse perplexe. Le réceptionniste de service nous a souhaité une bonne nuit, il doit savoir qu’il n’y a qu’un lit dans la chambre, ou il m’imagine dormir sur la banquette du salon attenant.

– Tu n’es pas habituée à ce monde, n’est-ce pas ? murmure le grave accent slave à mon oreille tandis que des mains douces me débarrassent de ma robe.

– Non. On a l’habitude d’imaginer les bourgeois en bigots à l’école, intransigeants et obscurantistes.

– Seules les dames de la noblesse se permettaient d’être lesbiennes au temps des rois de France. On les appelait des anandrynes. Et leurs penchants acceptés à la cour étaient considérés comme méprisables par le peuple.

– Tu en sais, des choses, dis-je avec une réelle admiration en me laissant manipuler par les doigts fins. Parle encore.

– Tous les hommes à la cour, du plus jeune garçon au vieillard, accompagnaient le tsar à la guerre, et la superficie de la Russie prolongeait d’autant leur absence. Alors les femmes, la tsarine en tête, prenaient du bon temps entre elles. On assista même à de véritables orgies lesbiennes qui auraient fait rougir un César de la Rome antique.

Le souffle est calme dans ma nuque, presque rafraîchissant. Katia, invisible dans mon dos, dégrafe le soutien-gorge et fait glisser le slip assorti le long de mes jambes. Mon cœur s’emballe dans une poitrine brusquement trop petite. Je cherche son regard d’un coup de tête sur le côté, « ma photographe » se dérobe, joueuse.

– L’histoire de ces femmes me passionne, continue-t-elle en me tenant gentiment par les épaules, quelque soit l’époque ou la culture. Malheureusement, les historiens du passé étant tous des hommes, aucun ouvrage ne fait cas de la volonté première de ces dames ; on explique toujours leurs mœurs par l’isolement.

Surprenante Katia, comme elle serait belle en professeur d’histoire, préceptrice des temps modernes déclamant son savoir à une assemblée de jeunes filles captivées dans l’amphithéâtre d’une université réservée aux lesbiennes.

– Je t’écouterais pendant des heures.

J’attends un baiser, le premier après tant d’occasions ratées dans cette soirée riche, je l’espère de tout mon corps. Et sa langue autour de la mienne sera la promesse d’un don de soi à l’autre. Mais je suis de nouveau dans l’expectative, propulsée par une légère claque sur les fesses dans la salle de bains.

– Allez ! On va se décrasser et se brosser les dents.

 

Allongée dans la grande baignoire pleine d’une eau parfumée à peine mousseuse, Katia entreprend de me laver. Je l’aperçois dans la grande glace qui occupe un pan de mur, agenouillée derrière moi, déposant par instant un baiser léger dans mes cheveux détachés. Mon excitation retombe au profit d’une douce torpeur.

Je me redresse un peu dans la baignoire pour ne pas m’endormir. L’eau ne couvre plus que mes jambes et mon intimité, laissant la moitié de ma toison à l’air libre. Ma joue se frotte contre la sienne, à la manière d’un chaton en manque d’affection. Ses mains massent mes épaules et ma nuque avec délicatesse, sa bouche effleure le lobe de mon oreille. Le bel accent slave chantonne une complainte russe.

Mon désir fait des vagues, montant et descendant au gré des attentions de la belle photographe. Je me sens princesse confiée aux soins d’une éducatrice particulière à la cour d’un roi, dont le rôle est d’éveiller mes sens à la féminité suprême.

Katia s’enhardit, à peine, de façon imperceptible. Sa main gauche s’anime sur mon cou et mon menton ; la droite émeut mes seins tour à tour, les enveloppe de caresses suggérées ; mes tétons sensibles durcissent lentement. Elle redessine les aréoles, les couvre de mousse et les en dégage selon sa fantaisie. Je ne peux m’empêcher de me pâmer en m’étirant dans le bain. Mes cuisses relevées s’écartent, tremblantes au point que je me cramponne à mes genoux.

La main gauche abandonne mon cou pour dessiner des arabesques de gouttes d’eau sur mon ventre tendu. Des mots susurrés remplacent la complainte :

« Ouvre ton corps, ma belle, aux délices de Sappho. De tes seins à ta source vive je vais me régaler de ta peau, jusqu’à faire jaillir la cyprine du volcan de ta fleur offerte à mon désir. »

La promesse de la félicité chamboule tout mon être. Ce n’est pas l’eau du bain qui s’écoule de mon intimité. Je suffoque déjà, la tête rejetée en arrière. L’érotisme de la situation va m’amener à la jouissance la plus improbable qui puisse s’imaginer, par le seul son de sa voix.

La main délaisse mon ventre sans prévenir, je l’attendais plus bas. Certaine d’avoir capté mon attention, le regard allumé d’une sauvage incandescence, Katia lèche deux de ses doigts. Le bruit de succion volontairement amplifié m’exaspère. La main sur mes seins s’alourdit, la caresse devient franche. Mes tétons pincés bandent. Ma voix tremble d’une trop longue attente.

– Touche-moi… Parle-moi.

Les doigts humides de salive trouvent enfin ma fente, la lissent avec une attention retenue. Je soupire d’aise. C’est l’instant où tout bascule, la raison chavire, le corps se soumet, sa bouche se colle de nouveau à mon oreille.

– Je vais entrer en toi, mon amour. Tes pétales s’ouvrent et appellent mes doigts, je vais caresser ta rose de l’intérieur.

Katia joint le geste à la parole, je frissonne. Ses phalanges s’animent doucement à l’orée de ma vulve.

– Ta mouille est chaude, mon ange, c’est bon. Tu sens mes doigts ? Tu les veux plus profonds dans ta jolie chatte ?

Le passage de la poésie à l’indécence augmente mon excitation.

– Oui ! Prends-moi…

Mon amante investit mon vagin lubrifié à souhait, et entame un lent va-et-vient qui se répercute dans tout mon être. Elle investit mes chairs avec une douceur naturelle, comme une reine profiterait de son droit de cuissage.

– Tes petits seins ronds sont tout durs. Tu aimes quand je joue avec tes tétons. Je te baise en même temps. C’est bon, hein ?

Au comble du bonheur, je me laisse aller à la multitude de sensations picorant mon bas-ventre. Mon minou vibre autour de ses doigts, éveillé à l’attention particulière de cette visite impromptue.

– Hummm…

Une boule de feu naît dans mes entrailles, mon cerveau déboussolé ne sait plus de la voix ou des gestes ce qui le stimule. Je suis égarée dans un univers de moiteur à la recherche d’un plaisir inconnu.

– Donne-moi ton bouton, mon amour. Je vais le branler jusqu’à te faire jouir. Tu vas venir sur ma main.

Son pouce trouve mon clito, la boule de feu grossit dans mon ventre. Je meurs de sentir ses doigts en moi, d’être prise et masturbée dans le même élan. La montée se fait sans à-coups, mon amante savoure sa victoire.

– Maintenant, ma chérie. Prends ton plaisir, jouis fort, abandonne-toi… Oui ! Tu es belle, jouis encore… Plus fort, donne-moi tout.

Sa voix m’accompagne, me retient, m’empêche de redescendre, prolonge au-delà du possible un orgasme sans violence, comme le final d’un feu d’artifice s’inscrirait en silence parmi les étoiles. Je suis prise de convulsions. Le plaisir s’éternise jusqu’à ce que mes muscles épuisés se relâchent. Katia pose un baiser délicat sur ma joue, elle m’a accompagnée jusqu’au bout.

 

Un petit appareil photo, surgi de je ne sais quelle cachette, immortalise mes traits après l’amour, prend mes seins en gros plan, se focalise sur ma toison pubienne, puis capte le galbe de mes cuisses. Je laisse faire, l’esprit encore tourné vers l’intensité du bonheur ressenti.

– Viens, mon ange, s’émeut soudainement Katia, sors de l’eau.

Je me lève sans même me rendre compte que je tremble de froid. Elle m’enveloppe dans un peignoir de bain de l’hôtel et me soutient pour quitter la baignoire. Je soupire de la chaleur retrouvée.

Mon amante vérifie que mes cheveux ne sont pas mouillés, elle masse ma nuque avec douceur. Son sourire a la saveur d’un bol de chocolat chaud un matin d’hiver. Je reste là, devant elle, incapable d’une réaction, simplement heureuse de sa présence, désireuse de rien sauf de son regard accroché au mien. Je me noie dans le bleu de ses yeux limpides.

Alors, comme dans le scénario mille fois répété d’un film dont on ne se lasse pas, ses lèvres effleurent les miennes, ses mains se resserrent autour de mes épaules, son haleine m’enivre. Je m’ouvre à un baiser profond débordant de sensualité. Sa langue se faufile dans ma bouche offerte.

Je reste les bras ballants, savourant sa salive, heureuse qu’elle m’embrasse enfin. Son corps épouse mes formes, ses seins pointent sous le chemisier. Ma langue répond à son désir et fouille sa bouche.

Katia reprend son souffle en léchant mes lèvres avant de m’accorder un nouveau baiser plus passionné. Mes bras restent pendants, mais ma bouche lui offre sa chaleur, nos langues dansent sur un rythme endiablé.

Mon amante délaisse mes épaules, elle se déshabille sans cesser de m’embrasser, nous obligeant à des contorsions afin de garder nos lèvres en contact. Le jeu me plait. Quand enfin je la sais nue, j’ouvre les pans de mon peignoir puis les referme sur ses hanches. On est peau contre peau.

Katia se détache, je lis le regret dans son regard.

– Va réchauffer le lit, mon ange. Je vais prendre une douche vite fait, et je dois me brosser les dents.

Moi, j’ai lavé les miennes tandis qu’elle faisait couler mon bain.

 

Le peignoir gît sur la moquette, j’ai tiré le drap du dessus, j’entends l’eau couler dans la salle de bains à coté. Les souvenirs de la soirée défilent en un kaléidoscope de sensations et d’émotions délicieuses. Après la crispation de la jouissance, la solitude dans ce silence feutré me détend davantage que je ne le souhaite. Je suis si bien…

Oh non ! Mon cerveau s’enfonce sans prévenir dans la brume, impossible de lutter. Je m’endors avant le retour de Katia.

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Merci Lupin de ta remarque pleine de bon sens. Ton humour sans sous-entendus est à ton honneur. La suite demain.

je ne sais pas comment prendre ta remarque très chère Orchidée !! Cependant, mon esprit taquin souhaite prendre ta remarque avec grâce et délicatesse, tant ta plume est légère, agréable comme une plume de colibri, une caresse d'aile de papillon....

 

 

"...Son sourire a la saveur d’un bol de chocolat chaud un matin d’hiver..."

à travers cette phrase simple et pourtant si riche, toute la douceur, la volupté, le laisser-aller, nous donne toute la sensualité qu'éprouve ces amantes dans leur rapport à l'Amour...

 

quant aux Anandrynes, on peut se référer au XVIIIeme siècle, période la plus intense qui fut qualifié de secte : il ne fallait pas "toucher" à la Raucourt en ce temps là ! Et déjà là, l'ambivalence des lieux existait : soit l’aristocratie et le monde, soit les prisons et les bordels... Aurane a choisi l'aristocratie et c'est tant mieux, cela étant entre aristocratie et bordel, la frontière est ténue...

Pfff... Lupin qui fait le professeur des liaisons saphiques... :shok:

 

Merci Orchidée pour tes mots, tes douceurs et pour l'histoire qui nous emmène vers l'Histoire

 

 

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Tu as bien fait de le prendre avec délicatesse, c'était un compliment.

Oui, la Raucourt, de la Comédie Française, pour qui a été écrit "Ode à une jolie lesbienne". Avec la grande question à laquelle aucun historien ne peut répondre : a-t-elle été l'amante de la reine Marie-Antoinette ? Encore un mystère qui ne sera jamais éclairci.

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Tu as bien fait de le prendre avec délicatesse, c'était un compliment. Alors merci pour ce compliment venant d'une femme avec une femme (pour parodier Meccano), je suis toujours heureux quand l'Amour triomphe, éclate au grand jour et fait fi des "gens bien intentionnés"....

Merci à toi pour les mots, les douceurs, les textes qui enchantent mon esprit

Oui, la Raucourt, de la Comédie Française, pour qui a été écrit "Ode à une jolie lesbienne". Avec la grande question à laquelle aucun historien ne peut répondre : a-t-elle été l'amante de la reine Marie-Antoinette ? Encore un mystère qui ne sera jamais éclairci.

selon la littérature de l'époque, on peut le supposer... mais un mystère doit-il être forcément éclairci ? pour ma part, je ne pense pas, l'imaginaire est bien plus ludique, et le raffinement bien plus agréable à penser, à sublimer en fait...

 

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Aurane ou le désir sous influence 6

 

Le toc-toc à la porte me tire d’une bienheureuse léthargie. Une silhouette pousse un chariot dans le salon de la suite. Engoncée dans un peignoir, Katia cesse de jouer avec la souris de l’ordinateur. L’écran géant incorporé au mur se fige sur mon portrait réalisé dans le bain après…

– Amenez-le dans la chambre, s’il vous plait.

La jolie brune apparaît dans mon champ de vision, elle esquisse un franc sourire du haut de ses 25 ans environ, abandonne le chariot roulant chargé de douceurs sans un regard sur notre univers, et disparaît en nous souhaitant une bonne journée.

À l’intonation de sa voix, Katia est déjà réveillée depuis un moment. Elle appuie sur une touche du clavier et se retourne sur moi. Les images défilent à l’écran, dont je suis l’unique sujet ; certaines me rappellent un souvenir accompagné d’un regret dont je mesure m’amertume.

– Je suis désolée de m’être endormie…

– Chut, me pardonne un doigt en travers de sa bouche sensuelle. Tu avais besoin de repos, c’est tout.

Oui, mais j’ai tout raté. Je voulais lui faire l’amour, m’endormir dans ses bras, me bercer dans son corps chaud de notre étreinte. Rien de cela n’encombre ma mémoire ce matin, rien ne remplit la sensation de vide.

– Tu as bien dit que tu m’accordais ce week-end, tempère Katia en approchant le chariot du lit, alors savoure les choses comme elles viennent. Prends des forces, on va faire du sport ce matin.

 

On en parle dans des chansons, même si les miséreux ont disparu ; c’est sans doute un des coins les plus romantiques de Paris, mais la foule ne s’y presse plus. Longs ou courts, larges ou étroits, ils offrent une multitude d’expositions différentes, ce qui en fait un terrain de jeu idéal pour les photographes. Les escaliers de Montmartre sont le décor d’un shooting réalisé avec sérieux par une Katia très professionnelle.

Son allusion à l’effort au moment du petit-déjeuner n’était pas une plaisanterie. La matinée à monter et à descendre des marches, l’intransigeance exigée dans les poses, la pesante chaleur aoûtienne, l’ensemble de ces facteurs a vidé une bonne part de mon énergie, mais la satisfaction apparente de « ma photographe » suffit à mon bonheur.

– On va manger un morceau ? propose Katia. Je meurs de faim.

 

La terrasse Au Cadet de Gascogne, donnant sur la place du Tertre, n’est pas encore prise d’assaut, cela ne saurait tarder. La coupole de la basilique toute proche lance sa flèche de blanc immaculé vers le bleu du ciel. Les peintres, installés depuis le milieu de la matinée, interpellent joyeusement les touristes. Quelques vendeurs à la sauvette jouent à cache-cache avec une patrouille de police. Paris étale son insolence à la face du monde.

– Katia ! Ty otchen krasivaya ! Ça veut dire « tu es très belle » s’amuse l’homme à mon attention. Et vous n’avez rien à lui envier, mademoiselle. Je suis charmé de faire votre connaissance.

– Laisse tomber, Dimitri, soupire mon amie faussement agacée par l’intrusion. Je te présente Aurane. Ma chérie, voici mon frère, attaché à l’ambassade de Russie.

La blondeur blanchit un peu aux tempes du cinquantenaire élégant ; néanmoins, les regards brillent d’un bleu azur semblable au point de ne pas douter du lien familial. À la voix chaude de la sœur, le timbre guttural du frère répond en écho.

– Je n’ai pas pu me libérer pour ta séance de dédicace hier, désolé. J’en ai eu l’écho dans la presse. Tu restes longtemps à Paris ?

J’apprécie l’échange en français, par prévenance envers moi. Le savoir vivre russe se vérifie jusque dans les moindres détails. Le serveur dépose une bouteille de vodka dans un sceau à glace et trois petits verres de 5cl.

– Je suis attendue à Londres lundi, mais le sujet de ma prochaine exposition est ici, on aura le temps de se voir.

Dimitri a rempli les verres ; il vide le sien d’une traite, aussitôt imité par sa sœur. Une petite gorgée d’alcool suffit à me brûler la gorge.

– Comment se porte notre mère ? demande Katia en servant une nouvelle rasade dont je suis par chance exempte. Le timbre de sa voix a perdu son assurance l’espace d’une seconde.

– Ça va. Elle me demande aussi de tes nouvelles. Mamotchka finira par s’y faire, petite sœur.

Les verres vides sont aussitôt remplis, leur troisième en moins de cinq minutes, je me demande pourquoi le proverbe dit « boire comme un Polonais ». Dimitri avale la nouvelle rasade avec assurance, coince un billet de 100 euros sous le sceau à glace, et se lève.

– Je dois y aller. Préviens-moi de ton retour, on fera une petite fête.

Il embrasse Katia sur le front, baise ma main avec délicatesse, puis se fond dans la foule colorée de la place du Tertre. Je croirais avoir rêvé sans la bouteille de vodka à moitié vide.

– Nazdrovie ! trinque mon amie avant de finir son verre. Son sourire masque mal une perte d’assurance. La venue de son frère a révélé un malaise dans la famille.

– L’homosexualité n’est pas bien vue en Russie. J’adore ma mère, mais elle refuse mon choix de vie. Notre dernière rencontre remonte à quinze ans.

Soudain, je découvre Katia fragilisée ; bien peu de gens ont pu la voir ainsi malgré sa notoriété. Je me retiens de la prendre dans mes bras pour la consoler. J’ose à peine imaginer la réaction de mes parents. L’idée d’une éternité sans les voir me révolte ; comment se préparer à une telle éventualité ?

 

Le malaise a disparu avec l’arrivée des premiers plats. Katia dévore sa salade d’un bel appétit, ses rires interpellent sur la terrasse maintenant pleine. Le serveur, satisfait de travailler dans la bonne humeur, nous choie avec un malin plaisir.

– J’avais déjà faim, rit-elle, la vodka n’a pas arrangé les choses. Tu as été très bien, ce matin. C’est un plaisir de travailler avec toi, je te veux dans ma prochaine expo.

Un doute m’assaille. Ces paroles expriment peut-être un enthousiasme dû au trop plein d’alcool.

– Comment tu peux le savoir avant d’avoir vu les photos ?

– Je ne fais que ça de les regarder, répond mon amie en me tendant le petit appareil qu’elle manipule depuis le début du repas entre chaque bouchée. Bienvenue dans le monde du numérique, ma chérie, les clichés sont disponibles sitôt la prise effectuée. Dis-moi ce que tu en penses.

Je m’exécute. Á voir dans le viseur mon image ainsi mise en valeur, impossible de mettre la sincérité de Katia en doute. Mais je préfère attribuer le résultat à son talent.

– Détrompe-toi, chère Aurane, se défend mon amie avec un sérieux retrouvé. Tu es faite pour attirer les regards. L’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra est l’œil par lequel voient les foules, et ces foules t’aimeront pour ce que tu leur offriras, non pour l’image que tu as de toi-même.

 

Katia a choisi la température minimum du sauna de l’hôtel, le cadran du régulateur affiche 30°. Nos serviettes recouvrent le banc de bois de la petite pièce prévue pour deux. L’hôtesse l’a affirmé, personne ne nous dérangera.

La chaleur sèche, contrairement au hammam, ne dégage aucune vapeur. Il faudrait monter de quelques degrés afin d’éliminer les toxines de nos organismes, je suis juste bien pour l’instant.

– Tu vas faire quoi à Londres ?

Ma question reflète un intérêt véritable. Je vis sous le charme de Katia depuis notre première rencontre chez Cindy. Sa présence me plait, oui, mais avant tout me rassure. Il me serait si facile de tomber amoureuse, de lui confier les clés de mon existence. Il y a Coralie bien sûr, ma complice de longue date, avec qui j’envisage de partager un appartement. Malheureusement, son attirance pour les hommes m’interdit tout espoir de voir notre relation évoluer.

– Je vais y rencontrer Louise Goldin, une styliste avant-gardiste dont les créations font fureur. Elle met les jambes des femmes en valeur comme personne.

Une autre question m’échappe.

– Elle est lesbienne, comme nous ?

Adossée au mur, une jambe ballante et l’autre repliée sur le banc, la joue à plat sur son genou, Katia m’observe avec suspicion. Sa position m’offre la vision de ses seins à peine tombants. Le ventre encore tonique malgré quelques bourrelets, se gonfle par instant d’une respiration oppressée. La toison peu fournie du pubis me rappelle le blond foncé de ses cheveux. La légère cellulite des cuisses ne parvient à enlaidir ses rondeurs de femme mure.

– Sois franche, Aurane, tu n’as aucune expérience. Tu viens de vaincre tes démons intérieurs, alors tu jettes ton orientation à la face du monde comme un défi. Et si on faisait l’amour là, maintenant, tu me dirais « je t’aime », persuadée que c’est la vérité. Je refuse de te manquer de respect. On couchera peut-être ensemble ce soir, mais ce ne sera qu’une aventure. Et si on se contente de dormir dans les bras l’une de l’autre, ce ne sera pas non plus une défaite.

 

L’affluence au 3 W Kafé reflète la tendance estivale, des touristes remplacent les habitués partis en vacances. Le samedi reste une soirée chargée avec, aux dires de la serveuse, une clientèle plus féminine.

– Qu’est-ce que je vous sers ? propose Marie après m’avoir embrassée sur la joue, et salué Katia avec gentillesse.

– Vodka pour moi, fraîche mais sans glaçon. Un cocktail maison pour mon amie, je crois qu’elle adore.

Le sermon terminé, Katia a retrouvé son sourire charmeur inimitable, la maîtrise de ses émotions, son verbiage insolent bercé par un accent slave exagéré, tout ce qui fait d’elle une femme accomplie. Une nana un peu intimidée lui a réclamé un autographe, une autre s’est incrustée.

Marie, en habituée du milieu lesbien, s’amuse de ma déconvenue une bonne heure. Puis, estimant que le jeu a assez duré, ou désireuse de me rassurer, Katia dévisage la sans-gêne trop entreprenante à mon goût.

– Aurane est belle, n’est-ce pas ? demande mon amie, une main baladeuse sur mes fesses serrées dans le mini short en jean. Alors excuse-nous, on doit encore effectuer la séance photo de nu. Elle est assez chaude maintenant.

La remarque aurait été blessante en d’autres circonstances, mais l’aisance naturelle de Katia m’arrache un sourire. Elle maîtrise à merveille l’art de la provocation.

 

Je m’habitue à cette suite aux couleurs intimistes. Au-delà du cadre enchanteur, le fait de partager mon espace intime comme si nous vivions en couple me parait d’une touchante simplicité. Demain soir, dans l’appartement familial, le poids de la solitude se fera certainement sentir.

Katia prépare un minuscule appareil photo, sans me laisser le temps de m’apitoyer sur mon sort. Elle disait donc vrai au 3 W, une nouvelle séance se profile. Peut-être s’agit-il d’un subterfuge destiné à contrer le malaise ressenti au sauna.

– On va jouer sur la simplicité, le naturel. Je veux que tu te prépares pour la nuit sans te préoccuper de moi. Fais exactement comme tu as l’habitude, je m’adapterai aux angles de prises de vue. Ce matin tu as posé, tu dois oublier l’objectif ce soir. Un effort, ma chérie, je ne te demanderai plus rien après.

Mon accord la satisfait. En professionnelle, elle sait trouver les mots justes, comme les profs au cours Florent.

– Oh ! s’exclame Katia partagée entre moquerie et tendresse, je connais ce regard. Tu penses à quoi ?

– J’ai l’habitude de me masturber avant de me coucher. Alors, si je dois…

– D’accord, rit-elle de ma désinvolture, tu oublies ce passage. Je ne fais pas dans la photo pornographique.

 

Katia, qui a encore profité de la salle de bain après moi, me trouve réveillée cette fois. Elle se débarrasse du peignoir, s’allonge de coté, la tête appuyée sur un coude, et me dévisage d’un air narquois.

– Tu te caresses vraiment tous les soirs ? Je suis curieuse de savoir comment tu t’y prends ; tu te fais jouir en fantasmant sur quelqu’un, ou une situation ?

– Ça dépend, parfois c’est en regardant un film.

 – Oh ! s’étonne-t-elle de ma réponse. Tu dois être très belle dans un moment aussi particulier. Montre-moi.

Je ne suis pas certaine de vouloir ; l’idée de me masturber devant celle dont je veux devenir l’amante a quelque chose de dérangeant. Il s’agit peut-être d’un de ces petits jeux dont les femmes sont friandes. Néanmoins, ma libido se nourrit de la proposition indécente, mon corps réclame.

– Fais-le pour moi, ma chérie, susurre Katia.

Le timbre chaud m’électrise. Je me lève et m’installe sur le fauteuil de direction à un mètre du lit, près du clavier de l’ordinateur. Si le lui sors le grand jeu, mon amie va s’exciter.

 

Mes mains réveillent les terminaisons nerveuses de ce corps que j’apprends au fil des expériences à connaître. Rien de sexuel encore, je caresse l’intérieur de mes bras et de mes cuisses, mon cou et mes hanches, comme on me l’a fait découvrir. Je suis bien, de mieux en mieux ; mon esprit se libère, acceptant l’érotisme irrationnel de la situation, au point que les premiers effets de mon trouble se voient sur mon corps.

Je masse ma poitrine de l’extérieur vers l’intérieur, soupesant au passage mes seins dont les pointes s’allongent. Je les étire et les pince dans une parfaite coordination. La délicieuse sensation se propage plus bas, dans mon ventre.

Katia m’observe, attentive à la montée de mon désir, j’en épie la progression dans son regard autant que dans mes sensations. Je glisse une main sur mon abdomen, l’autre caresse mes seins tour à tour. Un doigt joue avec mon nombril, ovale profond, de ceux qui caractérisent les silhouettes voluptueuses.

Je lisse ma toison taillée pour n’être qu’un large duvet en triangle ; aucun poil ne déborde sur mes aines ou mon sexe, ni entre mes fesses. J’adore admirer mon minou, le toucher, le câliner avant de masser mon pubis, ça m’excite. Ce soir encore la douce sensation est au rendez-vous. Le massage pubien, appris au gré de mes jeux solitaires, réveille une appétence plus profonde.

Mon amie reste muette, immobile, dénoncée dans ses émotions par son regard dont le bleu se délave. Je fantasme sur son corps nu, si près, qu’il m’est interdit de toucher. Je repense à ses caresses dans la baignoire, à notre baiser langoureux de la veille.

Je mouille ; ma cyprine coule entre mes fesses. Le remarque-elle ? Sans doute, un soupir la trahit. Incapable de me retenir davantage, j’écarte les grandes lèvres de mon abricot. Mon attention se concentre sur ma vulve, évitant le vagin et le clito. Ne rien précipiter, laisser monter la tension, savoir que de ma patience dépendra la puissance de mon plaisir.

 

Katia se lève, s’approche et m’observe. La savoir si près suscite ma nervosité, je glisse un doigt dans mon vagin lubrifié. La fragrance de ses effluves se mélange aux miennes, elle mouille aussi. Nos regards sont les préliminaires qu’on s’accorde, sans savoir laquelle osera le premier geste. La notion du temps s’évapore dans notre désir l’une de l’autre. J’aimerais qu’elle me parle, peut-être espère-t-elle de même.

Sans prévenir, mon amante pose un pied sur le bord du fauteuil, sa peau contre ma fesse me brûle. Je glisse du siège en prenant garde de ne pas la bousculer, je tombe à genoux, la tête levée entre ses cuisses écartées. Accrochée à ses jambes, le regard fixé à ce sexe offert, je jubile.

Ma langue s’insinue dans les nymphes moites d’un désir trop longtemps repoussé. La douceur presque sucrée de son miel me surprend. Je la lèche avec avidité, comme un remerciement, l’abondance de son jus est la preuve de son désir.

Nous retenir n’aurait plus rien de sain ; la jouissance n’annoncera pas la fin de nos ébats, ce ne sera qu’une étape.

Katia ouvre son sexe à mon appétit, elle me guide à la découverte de ses secrets à mots couverts, tirant une certaine excitation de mon inexpérience. Elle est heureuse de sentir ma langue enfouie dans sa grotte. Et moi, je suis comblée de son bonheur. Mes doigts trouvent son bouton, le décapuchonne.

Léchée, branlée, mon amante se livre à mes fantaisies. Sa main dans mes cheveux m’indique le chemin à suivre pour l’amener au plaisir. Elle cherche la délivrance, je m’applique à la satisfaire.

Alors, dans une série de spasmes accompagnés d’un long feulement, Katia se laisse aller. J’ignore si c’est un orgasme ou un petit plaisir de contentement. Mon amante tombe à genoux et s’enivre par un baiser de sa saveur dans ma bouche.

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