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Arlequin46

Le chevalier de l'Ordre

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Le soleil commençait à poindre à l’horizon, offrant une lumière de toute beauté sur les terres Lombardes, une beauté qui contrastait si étrangement avec le théâtre désastreux qui s’offrait au regard.

 

 

Avril s’était terminé dans des cris de colère, dans des hurlements de douleur et sous les suppliques de corps agonisants ; mai s’ouvrait sur un fleuve de sang. Que l’on tournât la tête à droite ou à gauche, droit devant ou loin derrière, on voyait presque plus rien d’autre qu’un amas sans fin de corps humains, ensanglantés, inertes, dont, pour certains, il manquait un membre, témoignage de la violence des combats qu’il y avait eu en cet endroit.

Au milieu de ce champ de désolation, un homme en armure, s’aidant de son sabre rougeoyant comme d’une canne, avançait péniblement vers une petite colline où se trouvait un vieux chêne. Ses yeux étaient larmoyants, mais il était difficile de savoir si c’était la douleur physique qui lui tirait ces larmes, ou bien le chagrin immense dont il était empreint. Peut-être y-avait-il un peu des deux.

 

Au prix d’un long et douloureux effort, le capitaine Eugène de Montagnac, chevalier de l’Ordre du Roy, parvint à se hisser sur cette colline qui lui parut, face à ses difficultés, être une haute montagne. Arrivé au pied du chêne, il laissa tomber son sabre, retira son heaume, dévoilant une épaisse chevelure blonde souillée et collée par la sueur, puis entreprit de se défaire de sa lourde cuirasse. Lorsqu’il voulut retirer son imposante côte de maille, une violente douleur lui transperça le ventre et il tomba à genoux en poussant un long cri où se mêlait rage, douleur et désespoir.

 

 

La vision trouble, il se posa sur son séant et s’adossa au pied du chêne. Il ferma les yeux et tenta de reprendre le contrôle de sa respiration, de retrouver l’air qui commençait à faire défaut à ses poumons. Après de longues secondes, il rouvrit les yeux ; sa poitrine avait autant de difficulté à se soulever, mais sa vision était redevenue normale. Il jeta un long regard circulaire vers la désolation qui s’étendait devant lui et les larmes affluèrent à nouveau à ses yeux.

 

Cette sixième guerre d’Italie virait au cauchemar pour les armées de François Ier qui ne faisaient plus qu’accuser défaite sur défaite, jusqu’à les obliger à fuir dans une retraite désordonnée, catastrophique, sanglante. Deux jours auparavant, le 29 avril 1524, le plus grand homme que la terre eut porté était tombé sur le champ de bataille. Blessé par un coup d’escopette porté dans le dos, alors qu’il protégeait la retraite de l’armée française à Romagnano Sesia,  Pierre de Terrail, chevalier de Bayard, la colonne vertébrale brisée, poussa son dernier souffle le 30 avril.

 

Une nouvelle douleur fit pousser un nouveau cri à Eugène ; un goût  de métal lui envahit la bouche et il cracha de la salive sanglante. Il baissa la tête sur sa poitrine et vit, au travers des mailles de sa côte, l’énorme tache de sang qui maculait sa tunique blanche. Il laissa sa tête reposer contre l’arbre et referma ses yeux. Il éprouvait le besoin de fuir rapidement cet endroit, ce cauchemar. Si son corps n’en avait plus la force, son esprit restait toujours aussi vif et ce fut donc grâce à ce dernier qu’il accéda à son besoin de fuite. Par la force spirituelle, il partit loin de cette terre pleurant le trop plein de sang, dans un endroit où les souvenirs avaient le goût sucré de l’insouciance, un lieu où il avait passé sa dernière belle nuit avant de partir pour l’Italie.

 

C’était il y a trois mois, peut-être un peu plus ; cela lui semblait une éternité aujourd’hui, une autre époque, un autre monde presque irreel. Pourtant, c’était bien sur cette terre, en France, au château de Fontainebleau.

 

Fidèle à son goût du faste démesuré, François Ier avait organisé un grand bal, une façon pour lui, peut-être, d’oublier, l’espace d’un soir, la guerre qu’il était en train de perdre face à Charles Quint.

 

Eugène, jeune capitaine promu chevalier de l’Ordre du Roy, n’était pas féru de ces types de soirée, mais il avait été expressément invité et une invitation royale ne souffrait d’aucun refus. De plus, il savait qu’il y retrouverait celle pour qui son cœur battait sous un sang nouveau, la personne la plus importante de sa vie, bien plus que ne l’était son roi.

 

Lorsqu’il était arrivé à Fontainebleau, il avait tout d’abord été quelque peu désappointé ; les jardins et le château lui-même fourmillaient de monde : comment retrouver sa belle, au milieu de cette forêt de damoiseaux et damoiselles ? Il avait donc erré un très long moment, qui lui avait paru interminable, dans ce dédale humain, saturé de paroles pas toujours compréhensibles, de rires exagérés, parfois de cris pour des raisons inconnues, avant de l’apercevoir enfin, en haut des marches d’un petit escalier.

 

Chrystelle de Saint Cyr était issue de ce que l’on appelle vulgairement la petite noblesse, celle qui ne compte pas vraiment, sauf en temps de crise où chaque comte, baron et autres, revêtent une importance nouvelle dans les forces stratégiques.

 

C’est lors d’un déplacement sur les terres bretonnes, que François Ier remarqua la jeune Chrystelle. Elle n’avait pas encore atteint sa 16eme année, mais elle était déjà une femme fort attrayante, avec une peau laiteuse à souhait, une longue chevelure rousse ondulée qui faisait si bien ressortir le vert de son regard, et un rire qui rappelait un chant mélodieux. En quelques secondes, le roi décida qu’un tel joyau de son royaume ne pouvait dépérir dans la campagne. Sans qu’on lui demande son avis, la jeune femme avait intégré la cour royale quelques mois plus tard, entrant dans ce petit groupe de privilégiées que l’on nommait, ironiquement ou affectueusement selon le cas, La petite bande.

 

 

En peu de temps, par sa fraîcheur et, surtout, son intelligence et sa spontanéité, Chrystelle de Saint-Cyr devint la protégée de la favorite du roi, Françoise de Châteaubriant, et la famille de Saint-Cyr quitta le perron de la petite noblesse pour entrer dans la cours des grands.

 

Eugène se crispa brusquement ; une nouvelle douleur, plus fulgurante que les précédentes, venait de le ramener à la réalité présente. Il sentait qu’il avait de plus en plus de mal à faire entrer de l’air dans ses poumons ; il avait l’impression d’avaler un peu d’eau à chaque inspiration. Il leva les yeux vers la cime de l’arbre sous lequel il se trouvait. Il soufflait un vent léger qui faisait frémir le feuillage en provoquant de petits bruissements qui lui rappela ceux que faisait la robe de sa bien-aimée.

 

Dès qu’elle l’avait aperçu, le visage de Chrystelle s’était illuminé d’un éclatant sourire, l’un de ceux qui semble allumer des bougies dans le regard. Elle avait eu envie de courir à lui, de descendre ces quelques marches qui la séparaient de son beau chevalier, mais elle s’était ressaisie au dernier moment : une femme, digne de son rang, ne court pas, mais attend patiemment la venue de son prétendant.

 

Eugène lui avait pris la main droite pour y faire voler ses lèvres à quelques millimètres au-dessus de la peau, tout en s’inclinant respectueusement.

 

-          Vous êtes en beauté, mademoiselle, la reine incontestée de cette soirée.

-          Attention, monsieur ! Vos mots pourraient arriver jusqu’à la véritable reine.

-          Je doute qu’elle ne m’en fasse rigueur, car mes mots sont inspirés par mon cœur.

 

Chrystelle avait senti une longue vague chaude l’envelopper toute entière et ses yeux s’étaient mis à briller encore plus.

 

-          J’ai craint que vous ne veniez plus, monsieur.

-          Mademoiselle, rien n’aurait eu le pouvoir de m’empêcher de vous voir une dernière fois.

 

A ces mots, le cœur de la jeune femme s’était brusquement serré et un froid avait remplacé la chaleur précédente.

 

-          Votre main se glace, s’était inquiété Eugène. Vous vous sentez mal ?

-          Vous partez guerroyer… Vous me parlez d’une dernière fois… Je ne peux me sentir bien !

-          J’ai été maladroit dans mes mots. Je voulais dire, une dernière fois avant mon départ, mais non la dernière fois de ma vie.

 

Chrystelle avait esquissé un timide sourire, mais la peur s’était profondément immiscée en elle. Elle avait regardé un moment l’imposant collier qui pendait au coup de son bien-aimé, une double cordelière parsemée de coquilles, auquel était suspendu un médaillon en or, insigne des chevalier de l’Ordre.

 

-          Vous me promettez d’être prudent, chevalier ? avait-elle dit dans un murmure à peine audible. Me promettez-vous de revenir à moi ?

 

Eugène poussa un cri si puissant, qu’il en résonna sur toute la plaine morbide, le cri de douleur d’un désespéré, un cri venant du plus profond du cœur. Les paroles qu’il avait dite à Chrystelle sonnèrent dans sa tête, une promesse insensée qu’il savait ne plus pouvoir tenir, les mots d’un amoureux.

 

-          Mademoiselle, rien, dans ce bas monde, ne pourra m’éloigner très longtemps de vous. Je reviendrai des terres d’Italie et je demanderai votre main à monsieur votre père. Ceci, mademoiselle, est la parole que je vous donne, ma parole de chevalier !

 

La peur s’était dissipée et la jeune femme avait retrouvé toute la beauté de son sourire. Serrant la main du chevalier, elle l’avait invité à le suivre hors du château, loin dans le parc, à l’abri du brouhaha, des regards. Elle avait éprouvé le désir soudain d’être seule avec son promis, seule pour lui faire partager tout l’amour qui débordait en elle. Ils avaient marché, couru un long moment, avant de s’engouffrer dans un petit pavillon de chasse. Dehors, le froid hivernal était vif, mais elle n’avait ressenti que chaleur dans tout son corps.

 

-          Vous isoler ainsi, avec un homme, n’est point convenant, mademoiselle.

-          Faisons fi des convenances, monsieur. Aime-moi ! Je veux que tu me fasses l’amour, je veux sentir ta force se perdre en moi !

 

Eugène s’était alors jeté sur les lèvres fines de sa belle, les avait goûtées, mordillées, avant d’entamer un duel de langues, une joute sulfureuse qui avait mis rapidement le feu aux deux corps.

 

Adossé au chêne, il sentit s’estomper le goût de métal qu’il avait dans la bouche ; celui, beaucoup plus agréable, des lèvres sucrés de Chrystelle s’imposa peu à peu, restituant un peu de chaleur dans son corps agonisant.

 

Il avait fini par quitter les lèvres de sa belle, au terme d’un très long baiser, pour faire courir les siennes le long de la superbe nuque, continuant sa progression sur le décolleté qui s’ouvrait sur une petite poitrine prisonnière d’un corset. Son pantalon s’était déformé sous la puissance de son désir, un désir qui s’était encore plus exacerbé lorsque Chrystelle s’était mise à caresser ce sexe  tendu.

 

-          Je vous aime, mademoiselle.

-          Aime-moi encore plus !

 

Eugène s’était débarrassé de la ceinture qui supportait son épée de chevalier, puis s’était agenouillé aux pieds de sa belle. Dans de lents mouvements, il avait d’abord remonté la première jupe, la modeste, puis, tout aussi lentement, la seconde, la friponne, pour arriver enfin à la troisième, si justement nommée la secrète. Le pavillon était plongé dans l’obscurité, mais un clair de lune pénétrait par une petite fenêtre, faisant luire les cuisses laiteuse de la jeune femme. Presque avec vénération, il en avait approché ses lèvres et les avait baisées en laissant retomber toute les jupes sur lui.

 

Chrystelle s’était tendu sous le contact chaud et humide qui courrait de l’une de ses cuisses à l’autre ; elle avait frissonné en sentant les mains de son amant se poser sur son fessier, commençant à le masser d’une manière ferme et tendre à la fois. Elle avait sursauté en sentant la bouche masculine se poser sur sa féminité et poussé un profond soupir lorsque la langue s’était infiltrée entre les grandes lèvres. Un envol de papillons avait caressé le creux de ses reins lorsqu’Eugène s’était attaqué à son bouton d’or, un petit bouton qui gonfla rapidement sous les assauts répétés de la langue et des lèvres du chevalier.

 

Alors que son être commençait à s’enfoncer dans les chaudes terres d’Eros, Chrystelle avait gentiment repoussé Eugène, pour le forcer à s’allonger au sol. Assise à cheval sur lui, elle avait défait les boutons de son pantalon pour en tirer le membre dur et fier qui allait l’honorer. Avant de s’y empaler, elle l’avait tendrement caressé, jouant de ses doigt sur la hampe, puis sur le prépuce, sur le gland, effleurant l’urètre à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’apparaissent la première goutte translucide du désir. Puis, elle s’était légèrement relevée pour faire passer ses jupes au-dessus de la verge et, la tenant d’une main ferme, elle s’était lentement assise sur elle.

 

Sous la pression des chairs qui s’écartaient au passage de son membre, Eugène avait ressenti une multitude de frissons, de picotements se propageant dans tout son corps. Il en avait fermé les yeux pour mieux les apprécier, mais les avait rouverts dès que sa belle s’était mise à le chevaucher avec cette passion qui lui était si caractéristique.

 

Le feuillage du grand chêne semblait à présent vouloir reproduire les gémissements et cris de cette ultime nuit de paix, de bonheur. Eugène ouvrit les yeux et il eut l’impression de voir Chrystelle devant lui, se déhanchant sur lui. Ses grands yeux verts lui souriaient, brillaient de mille feux. Il serra les poings et, dans un ultime effort pour prendre un maximum d’air, il hurla à la plaine :

 

-          Je t’aime !

 

Les terres fertiles d’Eros se dissipèrent rapidement, pour céder la place à un monde bien plus froid, où la nuit est éternelle.

 

 

 

 

 

 

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Des souvenirs bien agréable pour un court sursis

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