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Arlequin46

La petite robe noire

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            Le soleil printanier de ce dimanche après-midi offrait une tendre chaleur à la campagne Seine-et-Marnaise. Les quelques cerisiers sauvages avaient revêtu leurs couleurs pourpre ou blanche, tandis que de vieux séquoias arboraient fièrement un feuillage verdoyant, et, sur un petit sentier forestier bordant le Morin, une jeune femme marchait d’un pas léger, tenant un livre dans une main et chantonnant un petit air guilleret. Sa longue chevelure brune tombait en cascade ondulante sur ses épaules, rythmant ainsi cette marche insouciante, joyeuse. De grands yeux couleur noisette donnaient une lumière éclatante à son visage aux traits finement dessinés. Elle portait une petite robe noire, au col et aux extrémités de manches en dentelle blanche, qui lui tombait à mi-cuisses et qui tressautait subtilement à chacun de ses pas.

 

            Chemin faisant, elle passa à proximité de pêcheurs à la ligne qui se tournèrent sur son passage. Elle se sentit femme en croisant leurs regards et en y apercevant cette petite lueur de convoitise qui lui faisait dire qu’elle respirait charme et sensualité. Le fait est qu’un vent d’érotisme semblait flotter tout autour d’elle, comme un parfum fugace dont on ne perçoit pas les senteurs exactes, mais qui, pourtant, nous interpelle et nous mène presque jusqu’à la fascination.

 

            Elle adressa un grand sourire aux pêcheurs et poursuivit son chemin, ressentant les regards toujours posés sur elle, jusqu’au moment où le sentier disparût de leur vue dans une longue courbe.

 

            Elle arriva devant une longue passerelle métallique qui débouchait sur un îlot artificiel, sur lequel trônait un vieux saule pleureur. Elle connaissait parfaitement l’endroit, se plaisant à y venir dès que la météo était clémente et qu’elle avait un emploi du temps non chargé. Elle venait pur y lire, y écouter de la musique, y déjeuner, ou encore pour y rêvasser…  parfois tout ceci en même temps. Aujourd’hui, c’était essentiellement pour la lecture.

            Elle traversa la passerelle, toujours avec la même allégresse dans ses pas, et se posa à proximité des premières branches tombantes. L’herbe, devenue sèche sous l’effet du soleil chauffant les lieux depuis plusieurs jours, lui picota un peu les cuisses, mais elle ne trouva pas cela désagréable. Après quelques secondes à fixer un point imaginaire, elle s’allongea et ouvrit le livre qu’elle avait emporté avec elle.

 

            C’était la première fois qu’elle lisait cet auteur, encore inconnu du grand public. Friande de récits érotiques, c’est en parcourant le Net, un peu au hasard, à la recherche d’un nouveau livre, qu’elle était tombée sur un lien envoyant vers un blog nommé La Plume Occitane. Il y avait un certains nombres de nouvelles et un autre lien envoyant sur un site marchand proposant un livre de l’auteur du blog, intitulé Le temps des cerises. Elle avait alors commencé à lire un premier article, puis un second, et un troisième, ne s’arrêtant qu’une fois qu’elle avait lu la dernière des nouvelles présentes, totalement fascinée par la fluidité de l’écriture, troublée par la justesse des détails, mais aussi par l’érotisme qui se dégageait du tout, subtile, fin, jamais vulgaire, même dans les scènes les plus torrides.

 

            Emballée par ce qu’elle venait de lire, elle avait alors suivi le lien vers le site marchand qui proposait le livre sous deux déclinaisons : version numérique, ou bien papier. Après avoir téléchargé et lu les quelques quarantaine de pages gratuites, la jeune femme avait décidé d’acheter la version papier, qu’elle avait reçu la veille de cette promenade champêtre.

 

 

            L’histoire de Cerise et Rémi lui devint très rapidement addictive : en l’espace de quelques heures, hier au soir, elle avait ingurgité plus de la moitié des 400 pages. Sans doute l’aurait-elle fini, si elle n’avait eu l’envie de lire et relire, plusieurs fois d’affilés, un même passage du roman, une scène qui l’avait particulièrement troublée et qu’elle avait décidé de relire aujourd’hui enocre, sur cet îlot, comme pour se plonger encore mieux dans le contexte.

 

            Dans ce passage, Marjolaine, l’une des héroïnes du roman, est allongée sur un transat, dans son jardin. Elle ne porte, pour tout vêtement, qu’une simple culotte en dentelle et se laisse bercer par le bruit du vent dans les feuillages. Petit à petit, elle se met à imaginer la présence d’une autre femme à ses côtés, la femme dont elle est éprise. Rapidement, son corps s’échauffe et elle ne résiste pas à l’envie de se caresser. Un voyeur incongru entre dans le jeu, un petit oiseau, peut-être un moineau, l’auteur ne le dit pas, qui se pose sur l’une des branches d’un marronnier et observe Marjolaine comme s’il y trouvait un grand intérêt.

 

            Au-delà de la sensualité des mots écrits, ce fut l’idée de cet observateur étrange qui fit exploser l’imaginaire de la jeune femme, car il ne faisait nul doute, dans son esprit, que l’auteur se servait du volatile pour faire un parallèle avec un certain voyeurisme, penchant qu’elle appréciait elle-même, tout comme l’exhibitionnisme. A son idée, un corps qui se dévoile à petite dose, qui s’offre, sans réellement s’offrir, aux yeux d’un ou d’une inconnu, fait partie des fantasmes qui flirtent si bien avec les jeux de l’érotisme.

 

            Elle se tourna pour se mettre à plat-ventre et commença à lire à mi-voix, accompagnée par les chants d’oiseaux éparpillés aux alentours. Une petite brise taquine fit voleter les pans de sa robe, découvrant ainsi la naissance de ses fesses, avant de s’engouffrer, telle une caresse, entre ses cuisses légèrement ouvertes.

 

            « Dans un geste purement instinctif, lut-elle, elle posa une main sur sa vulve, puis ses doigts entrèrent en mouvement en massant doucement le clitoris au travers de la culotte… »*.

 

            La jeune femme poussa un long soupir et se remis sur le dos. A cet instant, si un promeneur était passé par la passerelle, il se serait trouvé face au somptueux tableau d’une jeune femme aux cheveux tombant en couronne tout autour de sa tête, et dont la petite robe noire se soulevait, par intermittence, suffisamment pour laisser apparaître la blancheur d’une petite culotte. Mais, tout comme dans le passage du roman, seuls les oiseaux semblaient être les fabuleux chanceux de ce spectacle.

 

            « Le visage de son amante se forma dans son esprit, reprit-elle toujours à mi-voix. Ses doigts s’activèrent de plus belle. Les longues flammes de son feu intérieur la léchaient à présent jusqu’au tréfonds de son âme…*

 

            « Un oiseau se posa sur l’une des branches du marronnier… Les doigts de Marjolaine dansaient sous sa culotte… Penchant sa tête d’un côté et de l’autre, l’oiseau semblait apprécier cette surprenante symphonie où les cris de cet être étrange deviennent un magnifique chant d’amour… »*.

 

            La jeune femme posa le livre sur sa poitrine et ferma les yeux. Sa respiration était devenue plus rapide, sans même qu’elle s’en rende compte. Etait-ce les mots devenant images dans sa tête, ou bien cette brise légère qui lui caressait continuellement les jambes, toujours est-il que son corps s’était éveillé au désir et lui faisait savoir qu’il avait envie d’être touché, caressé. L’îlot où elle se trouvait s’évapora pour devenir le jardin d’une maison et les chants incessants des oiseaux se mirent à sonner comme des suppliques, des prières que leur soit offert le même spectacle que leur congénère du roman.

 

            La jeune femme avait tellement lu et relu ce court passage, qu’elle en connaissait les moindres détails, à la virgule près. Le livre toujours posé sur sa poitrine, qui se soulevait de plus en plus haut, elle se récita les phrases de l’auteur : « dans un geste purement instinctif, elle posa une main sur sa vulve… »* ; sa propre main glissa le long de son corps et elle frissonna lorsque ses doigts dépassèrent le bas de la robe, entrant en contact avec la peau tiède de sa cuisse. Elle les y promena un moment, décrivant des cercles plus ou moins large, tout en s’approchant de sa culotte, mais sans jamais la toucher réellement. D’agréables picotements prenaient naissance au creux de ses reins, tandis que sa gorge s’asséchait à mesure que sa féminité s’humidifiait.

 

            « Tandis que les doigts roulaient autour de son clitoris, de folles images se succédaient dans sa tête… »*. Des images toutes aussi folles dansaient aussi dans son esprit. N’y tenant plus, elle fit glisser ses doigts sur le blanc tissu qui couvrait son intimité. Ce fut une frêle caresse qui fit se tendre son corps à la recherche d’un contact plus prononcé. Elle repoussa alors sa culotte sur un côté et offrit sa vulve aux baisers de la petite brise. Son clitoris gonfla brusquement et elle se sentit balayé par une longue vague chaude.

 

            « Ses hanches ondulaient au grès d’une houle de plus en plus forte… »*. La jeune femme glissa un doigt entre les grandes lèvres et le remonta jusqu’au clitoris en ouvrant un peu plus ses cuisses. Le contact avec le bouton gorgé de désir l’électrisa aussitôt, incendia son corps et elle ressentit la houle dont parlait l’auteur dès qu’elle se mit à le caresser. Elle replia les jambes sur ses cuisses et son bassin se souleva pour imprimer un contre rythme à la caresse de ses doigts.

 

            Les chants des oiseaux résonnèrent encore plus fort dans sa tête. Elle imagina les volatiles comme autant d’hommes l’observant au travers de leurs petits yeux. Elle entr’ouvrit la bouche et laissa échapper de doux gémissements, alors que le creux de ses reins semblaient être devenu le nid de milliers de fourmis qui la chatouillaient diaboliquement bien.

 

            Il y eut comme un éclair qui fusa dans son ventre, puis comme une formidable explosion qui l’emporta dans l’orgasme libérateur. Son corps se tendit brutalement, se tordit sauvagement et sa main s’activa avec fureur sur sa vulve trempée, sur son clitoris en feu. Les oiseaux s’étaient subitement tus, comme pour mieux profiter des cris de bonheur de la jeune femme, des cris qui traversèrent la passerelle et qui parvinrent jusqu’à mes oreilles, alors que je débouchais sur cette même passerelle. Je m’arrêtai en son centre et observai cette jeune femme se tordant de plaisir, avec cette superbe petite robe noire retroussée au-dessus de son pubis. Il me sembla alors n’avoir jamais rien vu de plus beau qu’à ce jour…

 

*Extraits de Le temps des cerises

 

NDLA : merci à la lectrice qui m'a inspiré ce court récit :)

 

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