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Arlequin46

Vacances en Espagne

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Le mois de mars s’avançait lentement, apportant son lot de surprises météorologique au quotidien ; le printemps avait entamé son combat face à l’hiver, le repoussant inexorablement à ses frontières et provoquant des cinétiques dans le ciel d’une beauté époustouflante, surtout si l’on se trouvait, tout comme Eric, dans un paysage montagneux. Les nuages gris se mêlait au bleu azur et offrait une palette de couleur parfois surréaliste, mystérieuse, voire inquiétante par moment ; les hautes cimes, perdant peu à peu leurs couleurs hivernale, se détachaient étrangement à l’horizon, comme si elles voulaient déchirer le ciel encore menaçant.

Bien que restant concentré au volant de sa voiture, Eric ne pouvait s’empêcher d’être de plus en plus gagné par la beauté du paysage qui se dressait devant lui, à mesure qu’il approchait de Peñafiel, petite ville de la province autonome de Castilla y Léon. La forteresse du Xe siècle se dessinait lentement devant lui, force imposante érigée sur un éperon rocheux.

Il était en Espagne depuis quelques jours déjà, à la fois pour le tourisme et pour son travail : il était en repérage car il allait situer l’histoire de son prochain roman dans ce pays qu’il connaissait si peu encore et était en quête de lieux à forts caractères, possédant une empreinte ancestrale très forte. Un de ses amis lui avait parlé de Peñafiel, de sa Plaza del Coso et de l’impressionnant château médiéval de 210 mètres de long. Après avoir vu quelques photos sur une brochure, il avait senti qu’il pourrait sans doute y trouver le début d’un fil conducteur pour l’histoire qui commençait à germer dans son esprit.

Il était tout juste 10 heures lorsqu’Eric arriva dans ce qui fut autrefois le village de Peñafiel, aujourd’hui son centre-ville. Les visites du château ne commençant pas avant 11 heures, il décida de marquer une petite halte afin de prendre quelques photos de la Plaza del Coso, d’où, lui avait-on dit, il y avait une vue superbe sur la forteresse en surplomb.

Ne trouvant pas de place où se stationner aux abords de la place, il alla se garer sur le parking spécialement aménagé pour accueillir les touristes ; en cette période peu vacancières, il n’eut que l’embarra du choix : toutes les places étaient vides.

Le fond de l’air était plutôt doux, mais le vent, soufflant par moment en fortes rafales, apportait une fraîcheur bien prononcée qui vivifiait l’organisme. Il leva les yeux vers la hauteur de l’éperon rocheux et resta un instant contemplatif face à la forteresse. De par sa forme, elle donnait l’impression d’un immense paquebot échoué, par on ne sait quel sortilège, sur la hauteur d’un haut plateau. Les murailles se découpaient parfaitement bien sous un ciel se chargeant de nuages allant d’un gris pâle à un noir du plus menaçant.

Il prit son reflex dans le coffre de sa voiture, effectua quelques réglages et appuya plusieurs fois sur le déclencheur. Puis, vissant correctement sa casquette en coton beige sur sa tête, il quitta le parking pour se rediriger vers centre-ville Il progressa au travers de ruelles plus ou moins étroites, regrettant que le soleil ne se fasse pas plus présent pour jouer avec les façades multicolores des petits bâtiments de trois à quatre étages. Du jaune vif au bleu outre-mer, en passant par différentes teintes de mauve, chaque mur avait sa propre couleur, comme s’ils répondaient à un code bien précis dont la signification restait une véritable mystère, et le tout s’harmonisait parfaitement bien en donnant l’impression d’une quiétude au promeneur.

Pris sous le charme, Eric effectua de nouveaux réglages sur son reflex, en fonction de la luminosité des lieux, et prit une longue série de clichés, escomptant pouvoir en tirer quelques photos de bonnes factures qu’il pourrait regarder à loisir lorsqu’il entamerait l’écriture de son roman ; cela lui permettrait de mieux se replonger dans l’ambiance du moment, dans les émotions qui le gagnaient à l’instant même.

Suffisamment grande pour y installer un terrain de football, la Plaza del Coso est un rectangle de terre, de couleur plus ou moins ocre, enclavé par 48 bâtiments de deux et trois étages dont les façades sont un échantillonnage de différentes teintes de marron, avec, par endroit, quelques petites touches d’un jaune pâle. A certaines périodes de l’année, comme le dimanche de Pâques et du 14 au 18 août, la place s’habille de barrières de bois pour y accueillir des spectacles de tauromachie, un vrai pôle d’attraction pour les touristes.

Eric y déboucha au sortir d’une longue ruelle serpentant entre de petits immeubles. Quelques minutes auparavant, une immense trouée d’un bleu éclatant s’était opéré dans le ciel Castillan et, à présent, un chaud soleil baignait la place en créant de magnifiques ombres sur certaines façades, ou en accentuant les couleurs d’autres.

Le viseur de son appareil photo collé à son œil droit, il se mit à photographier tout ce qu’il voyait en changeant régulièrement d’angle de vue, alternant clichés couleurs et noir et blanc, jusqu’au moment où il trouva enfin la bonne prise de vue. Posté à un angle de la place, levant les yeux, il aperçut la majestueuse forteresse médiévale se détachant au-dessus des bâtiments. La trouée ne s’était pas encore totalement opérée au-dessus de l’éperon rocheux ; quelques nuages, allant du gris pâle au blanc, semblaient s’être roulés sur eux-mêmes et donnaient une impression de vague immense prête à s’abattre sur le château.

Eric s’accroupit et positionna son appareil au plus près du sol en le basculant en mode visée écran. Il ajusta rapidement son cadrage et prit trois clichés en vue montante, englobant à la fois une grande partie de la place, ainsi que l’éperon rocheux et sa forteresse. Ce fut à ce moment que débarquèrent une dizaine de touristes, accompagnés par un guide espagnol. Désireux de pouvoir en apprendre un peu plus sur la Plaza del Coso, Eric se mêla discrètement au groupe et tendit l’oreille ; même s’il était loin de maîtriser la langue espagnole, sa compréhension en était néanmoins suffisante pour suivre un discours qui ne serait pas trop technique.

Dans le groupe se trouvaient deux jeunes femmes, environ la trentaine, qui se parlaient à voix basses en tenant devant leurs yeux une brochure de Peñafiel. La première, mesurant dans les 1m70, arborait une longue chevelure blonde où les rayons du soleil donnaient de beaux reflets, tandis que la seconde, plus petite d’une dizaine de centimètres, avait des cheveux d’un noir éclatant, coupés en carré légèrement dégradé sur la nuque. Sans vraiment pouvoir s’expliquer pourquoi, Eric se sentit irrésistiblement attiré par cette dernière, au point qu’il finit par ne plus trop écouter les explications du guide, pour se concentrer sur les détails de l’inconnue.

Il admira un instant le mouvement de ses lèvres fines, au rouge subtil, et les formes harmonieuses de son visage. En dessous d’une petite veste en jean entièrement ouverte, elle portait un col roulé qui épousait parfaitement les courbes de son buste en laissant deviner une poitrine ferme et généreuse. Une mini-jupe en jean, mais plus claire que la veste, ceignait une taille gracieuse ; ses jambes étaient gainées dans un nylon légèrement transparent, leurs donnant un teint hâlé, puis disparaissaient, au niveau des genoux, dans des bottes d’un gris clair à talons hauts.

Faisant mine de prendre des photos des bâtiments, Eric cadra la jeune femme après avoir réglé son reflex en mode portrait et prit rapidement deux clichés. L’inconnue tourna brusquement le regard vers lui et il sentit son cœur battre soudainement plus vite : l’avait-elle surpris ? Ses yeux ressemblaient à deux perles noires enchâssées dans des écrins en forme d’œil de biche. Elle se détourna aussi vite qu’elle s’était tournée, replongeant dans sa discussion à voix basses avec son amie.

Poussé par une envie dépassant son entendement, Eric s’approcha des deux femmes jusqu’à sentir les effluves du parfum délicat que portait la brune. Le guide venait de se lancer dans une explication concernant l’une des particularités des appartements entourant la Plaza del Coso : le droit de fenêtre.

- Tu comprends de quoi il parle ? demanda doucement la blonde.

- Non, répondit la brune tout aussi doucement. Il parle beaucoup trop vite pour mon espagnol scolaire ! J’ai juste cru comprendre qu’il parlait des fenêtres.

Bien qu’elles s’exprimassent dans un français parfait, Eric comprit rapidement qu’elles n’étaient pas pour autant française au vu de leur accent, une tonalité qu’il reconnut rapidement pour avoir résidé un temps en Suisse.

- Les anciens propriétaires, pour les appartements revendus, ou les propriétaires actuels qui les mettent en location, bénéficient d’un droit de fenêtre et, ce, de génération en génération, expliqua-t-il en s’approchant encore plus des deux femmes pour leur parler, lui aussi, à voix basse. Ils utilisent ce droit lors des manifestations de tauromachie qui ont lieu sur cette place.

Les deux amies dévisagèrent le nouveau venu avec curiosité et Eric finit par se sentir très gêné par l’impudence dont il venait de faire preuve en s’immisçant dans une conversation à laquelle il n’avait pas été invité.

- Ne croyez surtout pas que je vous espionnais, mesdames, dit-il sur un ton d’excuse, mais j’ai entendu votre interrogation et…

- Mais vous n’avez pas à vous justifier, répondit la brune en le gratifiant d’un grand sourire. Au contraire, nous vous remercions pour nous apporter vos lumières !

- L’idée que des gens puissent encore éprouver du plaisir à des spectacles de mise à mort me glace le sang ! ajouta la blonde.

- Dans ce cas, je puis vous rassurer : il n’y a plus aucune mise à mort de taureau dans les corridas données ici.

- A n’en pas douter, vous êtes français, reprit la brune. Vous vous êtes installé dans la région, ou bien êtes-vous parfaitement bilingue ?

- Ni l’un, ni l’autre. J’ai juste parcouru quelques brochures touristiques !

La brune avait du mal à soutenir le regard de son interlocuteur. Physiquement, il n’était pas à proprement dit un bel homme, mais il se dégageait de lui quelque chose qui ne la laissait pas indifférente. De plus, même s’il parlait à mi-voix, son timbre grave donnait une chaleur qui lui procura quelques frissons agréables.

- Cette place est magnifique, dit-elle en jetant un regard circulaire.

- Si je puis me permettre, il n’y a pas que la place qui est belle à cet instant même.

- Vous parlez du château ?

- Non, madame, répondit Eric en plantant son regard dans celui de la jeune femme.

Comprenant subitement l’allusion, la brune piqua un petit fard, tandis que son amie, placée dans le dos d’Eric, lui décocha un clin d’œil complice, comprenant bien que l’inconnu lui plaisait.

- Après l’indiscrétion, voilà que je dois vous paraître un vil dragueur, reprit Eric à nouveau gêné par une hardiesse qu’il n’arrivait pas à s’expliquer.

- Du tout, répondit la brune dans un large sourire. En revanche, je pense que vous êtes un flatteur !... Je m’appelle Virginie et voici Magalie, ma seule et véritable amie, presqu’une sœur pour moi.

- Ravi de faire votre connaissance, mesdames, répondit Eric en affichant à son tour un grand sourire. Je m’appelle Eric, ajouta-t-il en effectuant une petite révérence pour accentuer son salut.

- Un enchantement que de faire votre connaissance, monsieur.

- Vous passez des vacances dans la région, ou bien naviguez-vous dans tout le pays ? questionna Magalie.

- Je me contente de parcourir la région de Castilla y Léon : il y a déjà tant de choses à y voir. Je loue un appartement à Valladolid, à 70 km, environ, d’ici.

- C’est où nous descendons ce soir ! s’exclama Virginie un peu trop fort au goût de quelques touristes qui se retournèrent sur elle en lui lançant des regards réprobateurs.

- Je crois que nous sommes en train de gêner un peu, chuchotant Magalie en étouffant un petit rire.

Le guide haussa soudainement le ton, non pour rappeler le trio à l’ordre, mais plus pour s’assurer de capter l’attention de tout son groupe. Il expliqua, en prenant soin de bien détacher chaque mot afin d’être compris de tous, que le château allait ouvrir aux visites dans une demi-heure et qu’il était donc temps de rejoindre l’autocar. Il ajouta que, après la visite, tout le monde aurait quartier libre pour visiter Peñafiel et, ce, jusqu’à 17 heures.

Virginie fit la moue à l’idée de déjà quitter l’inconnu qui les avait abordées. Même si elle ne savait rien de lui, elle ne pouvait occulter le fait qu’elle était bizarrement attirée par lui, assez, en tout cas, pour souhaiter passer encore un peu de temps en sa compagnie. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait éprouvé un tel désir.

- Vous restez encore un peu ici ? demandant Magalie, devinant que son amie brûlait d’envie de poser cette question, mais qu’elle n’osait le faire.

- Je ne sais pas encore, mais je vais aussi visiter la forteresse.

- Dans ce cas, que diriez-vous de nous retrouver là-haut pour faire cette visite ensemble ?

- Bien sûr, à condition que votre amie soit d’accord.

- Il n’y a rien qui pourrait me faire plus plaisir ! s’empressa de répondre Virginie. Je suppose que vous êtes en voiture ?

- Oui. On se retrouve là-haut !

Lorsqu’Eric arriva sur le petit parking au pied du château, trois autocars y étaient déjà stationnés. Il imagina que l’un d’eux, le plus petit des trois, devait être celui qui amenait Virginie et son groupe.

En quittant la Plaza del Coso, il avait remarqué les autocars stationnés en double file à la sortie, tandis qu’il avait dû marcher un peu pour rejoindre sa voiture, ce qui expliquait qu’il arriva plus tardivement. Il espéra, toutefois, que la première visite n’était pas encore partie ou, tout au moins, que les deux amies se trouvaient toujours à l’accueil du château.

La vue sur les vallées est époustouflante ! pensa-t-il en descendant de sa voiture. Il hésita un moment entre prendre quelques photos, ou bien se rendre immédiatement à la billetterie, et son envie de retrouver Virginie fut la plus forte.

Il était surpris par ce désir fulgurant qui s’était emparé de lui, pas une simple pulsion sexuelle, mais une véritable envie de passer du temps avec la jeune femme. Pourtant, à la quarantaine bien sonnante, il pensait avoir passé ce type de coup de cœur d’adolescent. Mais le moment n’était ni aux questionnements, ni aux analyses comportementales. Il prit son appareil photo et monta prestement les quelques marches qui menaient à l’accueil des visiteurs.

Malgré la présence des trois autocars, la billetterie était déserte, preuve que la première visite du château était partie à l’heure. Le visage empreint d’une certaine déception, Eric jeta un regard dans la salle, tout autour de lui, et ne put réprimer un soupir de soulagement en apercevant Magalie. Elle se tenait au pied d’un escalier dont une petite pancarte indiquait qu’ils menaient aux toilettes.

- Vous voilà enfin ! s’exclama-t-elle tout sourire. Nous commencions à nous demander si nous ne vous avions pas manqué !

- Ma voiture était garée beaucoup plus loin que votre autocar, répondit Eric sur un ton d’excuse.

- Le principal est que nous nous soyons retrouvés. Virginie est descendue aux toilettes, en me demandant d’épier votre arrivée ; elle m’aurait étripé si je vous avais loupé ! Maintenant que vous êtes là, je vais pouvoir y aller à mon tour… aux toilettes, je veux dire.

- J’avais bien compris, s’esclaffa Eric, mais où est le reste de votre groupe ?

- Déjà en train de visiter. Comme nous avons quartier libre, après, nous avons décidé de nous en séparer provisoirement… ce qui va vous obliger à nous ramener, toutes deux, à Peñafiel à l’issue de la visite !

- Ce sera plus un plaisir qu’une obligation.

- Virginie a raison : vous êtes un charmeur ! Allez prendre votre billet : il y a un prochain départ dans dix minutes pour une visite guidée.

- Très bien. Je vois que ce château comprend aussi un musée du vin ; vous avez pris quoi comme option de visite ?

- Le vin, nous préférons le boire plutôt que d’en étudier son histoire, tout aussi passionnante soit-elle ! Donc, nous avons juste pris la visite du château.

D’épais nuages noirs s’étaient accumulés au-dessus de l’éperon rocheux, plongeant les lieux dans une pénombre qui contrastait avec la clarté de l’horizon où le ciel conservait un bleu foncé. Les quelques montagnes, débouchant pour la plupart sur des plateaux plus ou moins larges et longs, semblaient entourées par un fin halo blanchâtre, comme si elles disposaient d’une aura magique soudainement visible à l’œil nu. Les roches, affleurant par endroit, se paraient de plusieurs teintes et la végétation, encore très clairsemée, commençait à revêtir un vert éclatant.

La visite démarrait sur une grande plateforme située à l’aile arrière de la forteresse, un endroit où la vue s’ouvrait sur un panorama dantesque. La guide espagnole, de petite taille et d’une quarantaine d’année, laissa quelques minutes aux photographes amateurs, juste le temps de prendre quelques clichés.

- Vous prenez beaucoup de photos !

Eric abaissa son reflex et plongea son regard dans celui de Virginie dont les yeux noirs semblaient illuminés par des étoiles intérieures.

- Mais je ne les garderai pas toutes, répondit-il d’une voix chargée d’une certaine émotion. Voilà pourquoi j’en prends autant : pour être sûr d’avoir LA bonne photo !

Virginie sentit à nouveau des frissons remonter le long de son corps. La seule voix d’Eric lui faisait un effet qu’elle n’avait pas connu depuis fort longtemps, éveillant en elle des désirs très charnels.

- C’est donc votre métier ? demanda-t-elle d’une voix devenue un peu rauque.

- La photo ? Non, juste une passion.

- Et que faites-vous donc dans la vie ?

- J’écris.

- Vous écrivez ?

- Oui, des romans.

Sa curiosité piqué à vif, Virginie aurait voulu pouvoir approfondir le sujet, mais la guide appela tout le monde autour d’elle : la véritable visite démarrait, alors que les nuages noirs commençaient à déverser une pluie fine sur la forteresse. Elle expliqua qu’ils allaient passer le plus clair du temps en intérieur et qu’elle ferait court sur les parties extérieures si la météo devenait franchement désagréable. Une rafale de vent, plus violente que les précédentes, salua ses dernières paroles et Virginie, sans réfléchir, sauta sur l’occasion pour se serrer contre Eric en faisant mine de vouloir se mettre à l’abri du vent. Dans un réflexe presque naturel, ce dernier passa un bras autour des épaules de la jeune femme qui appuya aussitôt sa tête contre sa poitrine. Le parfum qui se dégageait d’elle flatta les narines d’Eric, qui sentit aussitôt son cœur battre plus fort.

Du coin de l’œil, Magalie observait le petit manège de son amie avec un grand sourire de satisfaction : cela faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas vu aussi détendue et elle se félicitait de plus en plus d’avoir réussi à la convaincre d’effectuer ce voyage organisé avec elle.

Toutefois, elle se demandait si l’attirance visible qu’elle avait pour cet homme était purement sexuelle ou s’il y avait autre chose de plus profond, ce que l’on appelle communément le coup de foudre, auquel cas elle espérait qu’elle n’irait pas trop vite dans les étapes, de peur qu’elle ne se brûle les ailes. Mais après l’année noire qu’elle venait de connaître, ses longs mois de dépression à la suite de son divorce, elle ne se voyait pas lui faire une leçon de prudence, alors qu’elle semblait, enfin, se rouvrir à la vie. La convaincre de venir en Espagne avait été si ardu…

« D’accord, lui avait-elle finalement dit après de très longues semaines d’insistance, je vais faire ce voyage avec toi et on va s’éclater comme deux folles totalement dévergondées !

« Qu’entends-tu pas dévergondées ?

« Je parle de sexe ! On va se trouver des mecs bien bâtis et s’adonner aux multiples plaisirs de la chair !

« Ma chérie, avait-elle répondu sans vraiment être convaincue par la sincérité de Virginie, j’en piaffe d’impatience ! »

Mais Virginie n’était pas revenue sur sa décision, si ce n’est sur sa volonté de trouver des hommes bien bâtis. Depuis qu’elles étaient arrivées en Espagne, huit jours auparavant, seule elle-même s’était ouvertement lâchée sur le sexe, notamment au cours d’une nuit mémorable dans les bras d’un bel hidalgo à Madrid… Et voilà que, à présent, elle retrouvait presque l’amie qu’elle avait connue il y a bien longtemps, intrépide, charmeuse, fonceuse dès qu’elle trouvait quelque chose l’intéressant. Tant qu’elle n’en tombe pas amoureuse, pensa-t-elle, tout va bien. Ce qui la surprenait le plus était qu’Eric n’avait rien de l’homme bien bâti dont Virginie, en d’autre temps, avait toujours raffolé.

Néanmoins, quelque part elle la comprenait : il se dégageait un charme profond de cet inconnu, sans doute en partie dû par son port droit, fier sans être prétentieux, mais aussi en raison de sa voix grave, chaude, où perçait une pointe d’accent chantonnant ; si Virginie n’était pas partie en chasse la première, elle se serait certainement laissée tenter elle-même, même si elle avait bien remarqué que, dès le départ, il avait été nettement plus sensible aux charmes de son amie qu’aux siens.

- Tout va bien Mag ?

- Oui. Je m’efforce de traduire ce que dit la guide.

- Elle parle de l’une des particularités sur la forme de cette forteresse, expliqua aussitôt Eric. Le château-fort a été bâti en forme de navire, dont la proue, se situant sur l’aile opposée où nous nous trouvons, surplombe une partie de Peñafiel.

- Et il y a une raison à cela ? demanda Virginie.

- D’après ce que j’ai cru comprendre, il a été construit en épousant les contours du plateau pour le faire le plus grand possible, d’où cet aspect de navire.

La pluie doubla brusquement d’intensité et la guide estima le moment venu de poursuivre la visite à l’abri des murs épais, une décision qui fut allégrement saluée par tout le monde.

La guide mena son groupe dans la salle principale de l’une des trente-deux tours, en expliquant que cet endroit avait servi, autrefois, de pièce à vivre pour la noblesse occupant les lieux. Bien que de taille peu imposante, la salle avait accueilli une cuisine et une salle à manger. Deux hautes et larges fenêtres permirent à tout le monde d’admirer la vue sur Peñafiel, quelques centaines de mètres plus bas, et de se rendre parfaitement compte de la forme en proue de navire de ce côté du château.

- Ahora, subimos ! signifia la guide en passant une petite porte pour s’engager dans un escalier en colimaçon.

Le couloir qui menait au sommet de la tour était très étroit, obligeant les personnes à monter en file indienne. Sans que cela fût fait exprès, Eric se retrouva derrière Virginie, ayant ainsi une vision qu’il ne se serait jamais attendu à trouver au cours d’une visite de forteresse médiévale.

Les marches étant vraiment très hautes, Virginie devait lever haut les genoux pour accéder à chacune d’elles, ce qui avait pour effet de découvrir un peu plus ses cuisses, suffisamment pour qu’Eric se rende compte qu’elle portait des bas et non des collants. S’il fut gêné dans un premier temps, il se retrouva rapidement à ne plus pouvoir détacher son regard des deux belles jambes qui dansaient devant lui. Son imaginaire finit par s’emballer et son esprit alla s’égarer entre les cuisses de la jeune femme, allant jusqu’à lui donner l’impression qu’il les touchait du bout des doigts. Dans son rêve éveillé, il parvint même à ressentir le contact des bas, la partie plus épaisse de la jarretelle autocollante, puis le touché, doux et chaud, de la peau nue. Sa verge s’éveilla à ses images et il secoua vivement la tête pour tenter de les chasser au plus vite.

De son côté, sans même se retourner, Virginie devinait le regard d’Eric posé sur elle. Dès les premières marches, elle avait compris que sa tenue n’était pas adéquate à une telle ascension, comme le lui avait suggéré, le matin même, Magalie. En un autre moment, sans doute aurait-elle regretté de ne pas avoir écouté les conseils de son amie, mais, pour l’heure, sachant qui se trouvait derrière elle, elle s’en félicitait intérieurement.

Elle exagéra ses flexions de jambes et ressentit les yeux se glissant entre ses cuisses, lui provoquant une petite chair de poule, comme s’ils avaient le pouvoir de vraiment la caresser. De petits picotements apparurent au creux de son ventre et elle sentit que son tanga commençait à s’humidifier. Pour la première fois depuis plus d’un an, elle se sentait merveilleusement bien, désirable et désireuse ; son corps de femme renaissait à la vie, vibrait à nouveau pour un homme, même s’il lui semblait totalement fou que cela soit pour un parfait inconnu. Merci Mag, pensa-t-elle alors qu’ils arrivaient au sommet de la tour.

- Sacré ascension ! fit-elle remarquer à Eric.

Leurs regards se croisèrent un court instant, un échange fugace mais au cours duquel elle put lire le trouble qu’elle avait jeté sur lui.

- Pas trop essoufflé ? lui demanda-t-elle dans un grand sourire.

- Je pense que j’aurais pu encore monter ainsi durant un long moment.

- Vraiment ?

Une nouvelle fois, la guide stoppa net leur conversation en se lançant dans de nouvelles explications sur le site.

En tout et pour tout, la visite dura à peine 45 minutes, un temps très court comparer à la superficie de la forteresse. Mais une grande partie de celle-ci avait été aménagé pour accueillir le musée du vin, réduisant, de ce fait, les parties visitables. La pluie avait cessé de tomber et le ciel semblait vouloir, à nouveau, se débarrasser de ses nuages menaçants.

- Avez-vous faim ? demanda Eric alors qu’ils arrivaient à sa voiture.

- J’avoue que j’ai l’estomac dans les talons ! s’exclamèrent Virginie et Magalie à l’unisson.

- Bien, alors, allons nous trouver un petit restaurant. Je suis certain qu’il y a de bonnes choses à manger à Peñafiel !

- Nous sommes prêtes à vous suivre jusqu’au bout du monde ! lâcha Virginie en piquant aussitôt un fard.

- Je ne vous cache pas que cela serait un réel plaisir pour moi, mais je vais tâcher, pour le moment, de ne pas vous conduire aussi loin !

Eric retourna se garer sur le même parking que lors de son arrivée et constata que l’autocar des deux jeunes femmes s’y trouvait aussi, déserté de tous ses passagers, à l’exception du chauffeur qui piquait une belle sieste sur son fauteuil légèrement renversé.

Tandis qu’ils traversaient les ruelles qui commençaient à s’animer pour l’heure du déjeuner, Virginie se trouva à nouveau assailli par le désir de questionner Eric sur son métier, sur le type de roman qu’il écrivait ; était-il célèbre ? Mais après ses moments d’audaces au château, elle se sentait à présent très intimidé, sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Elle se contenta donc d’admirer la beauté des lieux en silence, laissant Magalie faire la conversation.

Ils arrivèrent devant un bar à la devanture plutôt modeste, dont un petit plateau d’ardoise indiquait que l’on pouvait y déguster un cocido fait maison à un prix très intéressant.

- Avez-vous déjà mangé du cocido ? demanda Eric.

- Je ne crois pas, répondit Magalie en interrogeant son amie du regard.

- Il s’agit d’un plat typique de la région de Madrid, leur expliqua-t-il, à base de viandes et de légumes, une sorte de pot-au-feu.

- On vous fait entièrement confiance ! lui dit Virginie.

Le bar était nettement plus grand que ce qu’il laissait supposer vu de l’extérieur. Un long comptoir occupait toute la longueur d’une première salle, puis bifurquait en arrondie vers une arrière salle aménagée de tables et de chaises en bois. Sur les murs, étaient affichés des posters de taureaux et de matadors, ainsi que quelques photos prisent lors de festivités sur la Plaza del Coso.

Eric invita les deux jeunes femmes à s’installer à une table et alla passer commande auprès du patron. Puis il les rejoignit en s’asseyant à la gauche de Virginie.

- Endroit charmant, fit Magalie, et assez intimiste !

L’arrière salle, seulement éclairée par de petites ampoules diffusant une lumière jaunâtre tamisée, était plongée dans une semi pénombre. Ils étaient seuls, les quelques autres clients, certainement des gens de Peñafiel, s’étant regroupé à un bout du comptoir, tout près de l’entrée du bar.

- En effet, répondit Eric en souriant. Mais, de cette manière, je peux encore plus profiter de votre compagnie, mesdames.

- Voilà qui est joliment tourné ! Vous me semblez fort bien manier la langue française, fit Virginie trouvant un prétexte pour poser, enfin, la question qui lui brûlait tant les lèvres. Quel genre de romans écrivez-vous donc ?

- J’ai peur que vous ne vous sauviez en courant si je le vous le dis !

- Aucun risque pour ma part : j’ai beaucoup trop faim pour partir d’ici sans n’avoir rien manger !

- Erotique !

Ce simple mot eut un effet électrisant dans tout le corps de Virginie ; elle sentit une onde de chaleur se propager en elle, de la pointe des pieds jusqu’à la racine de ses cheveux.

- Voilà qui est captivant ! s’exclama-t-elle en se tournant de tout son corps vers Eric. Etes-vous célèbre ?

- Je n’irai pas jusqu’à dire une telle chose, mais je vends suffisamment de livres pour en vivre.

Virginie croisa et décroisa ses jambes en exagérant le mouvement, un peu comme elle avait vu faire Sharon Stone dans Basic Instinct. Elle savait que, ainsi tournée vers lui, son vis-à-vis ne pouvait qu’apprécier la vue à sa juste valeur ; elle sourit intérieurement en voyant le regard qui se posa sur ses jambes, même si ce fut furtif.

Le mouvement de la jeune femme rappela à Eric ce qu’il avait pu apercevoir en montant les escaliers en colimaçon de la forteresse et son désir se réveilla avec une force décuplée. Il s’enfonça un peu plus sous la table, craignant que Virginie voie la bosse qui, à présent, devait fortement déformer le haut de son pantalon.

- Nous aimons beaucoup les œuvres érotiques, fit Magalie qui n’avait pas perdu une miette de la petite scène. Peut-être vous a-t-on déjà lu ?

- J’en doute : je ne suis pas publié en Suisse.

- Je vois que notre accent nous a trahies ! Mais, à l’heure de l’INTERNET, il n’est plus vraiment nécessaire d’être publié dans un pays pour y être lu.

- C’est vrai, acquiesça Eric en se mettant à rire.

Ce fut à ce moment que le patron du bar arriva avec un plateau chargé de trois assiettes copieusement servies, de couverts, de verres et d’une bouteille d’eau.

- Je me rends compte que je ne vous ai pas demandé ce que vous souhaitiez boire, s’excusa Eric. Si vous souhaitez autre chose que de l’eau…

- Non, c’est parfait ainsi, répondit Virginie.

Le patron déchargea son plateau sur la table et s’éclipsa rapidement, après avoir souhaité un bon appétit à la compagnie. Virginie revint alors à la charge sur les romans d’Eric et ce dernier cita les quatre titres qui étaient sortis en librairie française ; comme il s’y attendait, les deux femmes n’en avaient lu aucun.

- Il n’y a rien de grave à cela, dit-il à Virginie qui lui sembla être brusquement mal à l’aise.

- Certes, mais je pallierai à cette lacune dès que nous serons de retour en Suisse !

Le repas démarra avec de nombreuses questions à l’adresse d’Eric, tournant beaucoup autour du monde de l’érotisme, puis ce fut à ce-dernier d’en apprendre un peu plus sur les deux suissesses. Il découvrit qu’elles se connaissaient depuis le collège et étaient toutes deux infirmières dans un hôpital de Genève. Il apprit aussi que cela faisait bien longtemps que Virginie ne s’était plus octroyée de véritables vacances.

Doté d’une certaine sensibilité depuis sa tendre enfance, Eric sentit que la jeune femme était passée par des moments très difficiles, une période sombre qui n’était pas encore totalement derrière elle. Il avait envie d’en découvrir un peu plus, mais s’avisa de ne poser aucune question à ce sujet ; seul le temps définirai ce qu’il pourrait ou non savoir sur la vie privée de Virginie.

La conversation finit par repartir sur des choses plus légères et frivoles et le repas s’acheva dans de nombreux éclats de rire qui firent rayonner les deux femmes et briller les yeux de Virginie. Alors qu’ils étaient en train de boire un café, Magalie eut l’idée de prendre des photos souvenirs avec son Smartphone. Elle rivalisa d’ingéniosité pour arriver à sortir un cliché d’eux trois réunis, puis elle décida de prendre quelques photos d’Eric et Virginie.

- Vous ne voulez pas vous rapprochez un peu ? demanda-t-elle subitement.

Ne se le faisant pas répéter deux fois, Virginie se leva de sa chaise pour s’assoir sur les genoux d’Eric. D’abord surpris, celui-ci finit par lui passer un bras autour de la taille, tandis qu’il posait son autre main sur une cuisse, juste au-dessus d’un genou. Le contact avec le nylon le fit frissonner.

- Vous êtes parfait ! s’exclama Magalie.

Devinant que Virginie se régalait de cet instant, elle prit tout son temps pour cadrer la photo et prendre plusieurs clichés. Le souffle de plus en plus court en raison de l’émotion qui l’étreignait, Virginie se sentit à nouveau assailli par de nombreux picotements dans le ventre. La main virile, dont elle ressentait parfaitement la chaleur au travers de son bas, avait de longs doigts fins et elle se les imagina progresser lentement vers le haut de sa cuisse, s’infiltrer au creux de son intimité, la caresser tout doucement. Sa gorge se nouait et, plus que jamais, elle avait envie qu’Eric s’enhardisse, que ce qu’elle était en train de s’imaginer devienne réalité.

- Vous avez des mains magnifiques, murmura-t-elle en le fixant dans les yeux.

A présent, Eric avait vraiment très chaud ; sa verge était tendue à l’extrême et il dut faire un immense effort pour ne pas laisser échapper un soupir lorsque, se déplaçant un peu, Virginie colla une fesse sur son sexe. Ils échangèrent un long regard ; elle venait de se rendre compte de l’effet qu’elle lui faisait.

- Je suis flattée, dit-elle simplement dans un murmure.

Ce fut comme un signal déclencheur dans la tête d’Eric, un désinhibiteur qui lui fit oublier où il se trouvait. Doucement, sa main remonta le long de la cuisse, disparut sous la jupe, passa la jarretelle autocollante et, enfin, il promena ses doigts sur la chair nue.

Virginie ferma les yeux pour mieux savourer cette caresse inattendue et pourtant tant attendue et écarta un peu plus les jambes pour faciliter le chemin des longs doigts fins. Son cœur battait très fort et une foule d’images érotiques se bousculèrent dans son esprit. Elle s’étonnait d’avoir envie de se livrer ainsi, à un inconnu, dans un lieu inconnu et public, mais son corps de femme semblait avoir pris tout pouvoir sur sa raison.

La présence de Magalie ne la perturbait pas réellement : avant qu’elle ne rencontre l’homme qui allait devenir son mari, puis son ex-mari, toutes deux avaient fait des choses bien plus folles. En revanche, elle découvrait le surplus d’excitation apporté par la présence des autres clients du bar, qui pouvaient surprendre, à tout moment, le jeu sexuel qui se déroulait presque sous leurs yeux.

Elle ouvrit brusquement les paupières lorsque les doigts se promenèrent sur l’ultime rempart qui protégeait son intimité ; sa gorge se noua encore plus sous la poussée d’adrénaline. Elle jeta un regard rapide au comptoir : patron et clients étaient toujours au bout du comptoir, lancés dans une discussion passionnée. Quant à elle, elle était de plus en plus passionnée par le membre viril qu’elle sentait contre sa fesse. Elle avait envie de le toucher, de le sortir de son écrin, de le sentir en elle, de le faire vibrer entre ses cuisses.

Elle se pencha à l’oreille d’Eric et, les joues en feu, lui chuchota :

- Juste derrière vous, il y a les toilettes.

Sur ce, elle se leva en répondant au clin d’œil complice de son amie et se dirigea dans le petit couloir qui menait aux toilettes. Ses jambes étaient légèrement flageolante et elle fut heureuse que la lumière soit aussi faible : ainsi, personne n’allait peut-être remarquer ses joues empourprées.

Eric resta un instant interdit, se demandant s’il avait bien compris ce que lui avait dit Virginie ou, pour être plus exact, s’il l’interprétait bien. Il croisa le regard de Magalie qui acheva de le rassurer.

- Je garde vos affaires, lui dit-elle en lui décochant un clin d’œil.

Plantée devant l’entrée des toilettes des femmes, Virginie tentait de remettre un peu d’ordre dans son esprit qui était autant en feu que son corps. Elle respirait rapidement, comme s’il avait couru un cent mètres, la bouche entrouverte, tremblante sous la puissance du désir qui l’habitait. Même si elle trouvait la situation complètement folle, elle espérait qu’Eric allait la rejoindre : elle voulait le posséder et se sentir posséder par lui. Elle imagina la verge s’enfoncer en elle, aller et venir entre ses reins ; cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas fait l’amour, que son corps ne répondait plus à aucune rationalité, pas plus que son esprit.

Devant elle, se dressait un distributeur de préservatifs. Elle plongea une main nerveuse dans son petit sac à main, en tira un porte-monnaie et mis une pièce d’un euro dans la machine. Un sachet en tomba aussitôt qu’elle prit rapidement, alors qu’Eric arrivait enfin. Ils se regardèrent en silence, aussi ému l’un que l’autre, plongés dans les mêmes émotions, le même désir de l’autre. Il s’approcha d’elle et posa une main sur sa joue. Elle ferma les yeux et pencha la tête de côté.

- Viens ! lui souffla-t-il à l’oreille.

La prenant par la main, il l’entraîna dans les toilettes des femmes et ils s’enfermèrent dans la première cabine. Son choix n’était pas dû au hasard, mais bien réfléchi : à part Magalie et Virginie, il n’y avait que des hommes dans le bar, donc peu de risques qu’ils se trouvent dérangés dans les toilettes des femmes.

- Tu sais, je ne voudrais pas que tu penses que je suis une fille facile. Je n’ai jamais fait ça auparavant… Je ne sais pas ce qui m’arrive !

- Moi non plus, répondit Eric en la fixant dans les yeux comme s’il pouvait y lire le fond de sa pensée. Je ne pensais même pas que ce genre de situation puisse se produire autrement que dans un roman !... Si tu doutes, il est encore temps de faire marche arrière.

Pour toute réponse, Virginie se jeta à son cou et s’empara aussitôt de ses lèvres. Sa langue, vivace, s’immisça entre-elles pour trouver rapidement celle d’Eric et une joute passionnée s’engagea entre eux.

Eric fondit sous l’assaut de la jeune femme. Il aurait voulu pouvoir se jeter sur son cou, qu’il devinait exquis, pour le couvrir de baisers, mais le col roulé lui en interdisait l’accès. Alors, il s’arracha à l’étreinte de Virginie et s’agenouilla devant elle. Il posa ses mains sur chacune des bottes et les fit remonter lentement, frissonnant lorsqu’elles glissèrent sur les bas pour disparaître sous la jupe. Une nouvelle fois, Virginie ferma les yeux et rejeta la tête en arrière. Elle trouvait la caresse subtile, électrique, et elle sentit son tanga s’humidifier encore plus. Elle poussa un petit cri lorsqu’il le lui descendit brusquement jusqu’aux genoux et crut devenir folle lorsqu’elle le vit y approcher son visage pour en humer les senteurs de son excitation.

- J’aime ta fragrance, belle Virginie, dit-il en plongeant doucement la tête sous la jupe en jean.

Elle écarta les jambes et soupira d’extase lorsque les lèvres se posèrent en maints endroits à l’intérieur de ses cuisses, pour y déposer de petits baisers à peine perceptible. Elle serra les points de plaisir quand la pointe de la langue vint courir sur son pubis vierge de tous poils et laissa échapper un premier gémissement lorsque cette même langue glissa, dans une lenteur diabolique, vers ses grandes lèvres, vers son clitoris qu’elle sentait dur de désir.

Eric se saisit du fessier, magnifiquement rebondit, à pleines mains pour plaquer encore mieux la vulve à sa bouche. Avec sa langue, il perça les grandes lèvres et trouva rapidement le bouton enflé avec lequel il se mit à jouer. Dans son caleçon, il sentait se répandre son liquide séminal, signe que sa propre excitation était à son paroxysme. Il brûlait d’envie de plonger sa verge dans la douceur de cette intimité féminine, mais il ne voulait pas passer outre les préliminaires qu’il appréciait tant, même si l’inconfort des lieux lui imposait quelque chose de court.

Virginie se mit à lui caresser la nuque, puis ses doigts se refermèrent dans ses cheveux quand il s’attaqua délicieusement à son clitoris, la faisant se tendre brusquement comme la corde d’un arc.

- Dieu que c’est bon ! lâcha-t-elle sans retenue.

Une liqueur, au goût légèrement épicé, coulait doucement dans le palais d’Eric. Voulant en boire encore plus, il s’attaqua plus vigoureusement au clitoris, l’aspirant entre ses lèvres et faisant tournoyer sa langue autour de lui. Le résultat ne se fit pas attendre bien longtemps : la cyprine coula rapidement en abondance.

Le souffle saccadé de Virginie se transforma peu à peu en profonds gémissements plus ou moins contenus. De longues vagues chaudes se soulevaient du creux de ses reins, transportant tout son être dans les méandres du plaisir. Les yeux toujours clos, elle visualisait parfaitement la bouche de son amant plaquée à son intimité, les mouvements de ses lèvres dans la succion de son clitoris au bord de l’explosion et la folle farandole de la langue autour de ce dernier, une danse qu’elle accompagnait à présent dans un mouvement voluptueux des hanches.

Elle perçut le moment où son corps allait s’emballer, s’abandonner à l’orgasme. Elle serra les dents pour tenter d’étouffer au mieux les cris qu’elle sentait monter de sa poitrine et ses ongles se plantèrent dans le cuir chevelu d’Eric lorsque l’intérieur de son ventre explosa, telle une éruption volcanique, provoquant un séisme qui la fit trembler de toute part.

Sa bouche toujours collée à la vulve telle une ventouse, Eric se délecta de toute la liqueur que voulait bien lui offrir la jeune femme succombant à l’orgasme, la buvant à grandes gorgées jusqu’à ce que, ne pouvant plus se tenir sur ses jambes en raison de spasmes trop violent, elle se laissa tomber à genoux. Ses grands yeux noirs étaient plus brillants que jamais, comme s’ils étaient habités par des feux follets. Elle posa ses mains sur les joues de son amant et s’empara à nouveau de ses lèvres. Le goût de sa cyprine donna une saveur nouvelle à la fougue de son baiser.

- Lève-toi ! dit-elle brusquement.

Il s’exécuta et se retrouva debout devant elle toujours à genoux. Elle descendit la braguette de son pantalon et plongea aussitôt une main à l’intérieur, qu’elle glissa rapidement sous le caleçon pour se saisir du membre tant convoité. La verge était dure dans sa main et son pouce glissa sur le gland humide, effleura l’urètre, ce qui arracha un râle à Eric. N’y tenant plus, elle sortit le membre hors du pantalon, faisant suivre le même traitement aux testicules gonflés par le désir, et se recula un peu pour mieux profiter du spectacle qui lui était offert. Fièrement dressé pour elle, le membre viril semblait la supplier de s’occuper de lui et elle ne résista pas longtemps à cet appel ; ce fut au tour d’Eric de fermer les yeux et de respirer bruyamment.

La bouche coulissa lentement le long de la hampe, l’emprisonnant dans une humidité sublime. Dès que Virginie entama de subtils mouvements de fellation, libérant par moment totalement la verge pour exciter l’urètre de la pointe de sa langue, ou bien pour redessiner les contours du prépuce du bout d’un doigt, Eric se sentit gagné par d’intenses frissons et commença à laisser échapper de petits gémissements. Lorsqu’elle se rendit compte que la grosse veine se mettait à battre un peu trop vite, elle arrêta sa fellation, récupéra le sachet qui était tombé au sol, le déchira et en sortit le préservatif qu’elle déroula aussitôt sur la hampe devenue très sensible.

- Prends-moi ! dit-elle en se relevant.

Eric la fit se retourner, retroussa sa jupe sur ses hanches et pénétra lentement l’intimité ainsi offerte. S’appuyant des deux mains à la porte de la cabine, Virginie savoura pleinement chaque seconde de la pénétration, sentant du courant électrique lui traverser ses entrailles, tandis que sa paroi vaginale s’écartait doucement face à la progression de la verge. Enfin, elle sentit les testicules venir battre contre ses fesses et elle eut presque les larmes aux yeux, tant son plaisir d’être possédée était intense.

Eric commença par glisser lentement entre les reins de sa maîtresse, se retirant presqu’entièrement pour mieux la reprendre. Petites et grandes lèvres lui procuraient une succion diabolique, faisant monter des vagues de chaleur dans tout son être. Virginie se mit à bouger les hanches, les faisant onduler quelques secondes, avant de donner de grand coup pour aller plus vite à la rencontre du membre viril. Alors, Eric agrippa fermement ses hanches et accéléra brutalement ses coups de boutoirs, les faisant aussi plus forts.

- Continue comme ça ! lâcha-t-elle entre deux gémissements.

Eric se mit à pousser plusieurs râles ; il sentait la sève se lever dans ses testicules. Virginie poussa un cri plus puissant que les précédents et fit des mouvements désordonnées de la tête. La verge allait et venait en elle à une vitesse folle ; les testicules la frappait délicieusement ; une nouvelle explosion partie du creux des reins, plus violente que la première et, des larmes de bonheur aux yeux, elle laissa l’orgasme libérateur s’emparer d’elle. Au même moment, Eric explosa à son tour en poussant un long râle de plaisir.

Virginie fut la première à revenir dans l’arrière salle, sous les yeux inquisiteurs de son amie. Elle jeta un regard au comptoir : les clients et le patron étaient toujours dans une conversation très animée et ne semblait pas s’être rendus compte du temps, certainement très long, qu’elle avait passé dans les toilettes avec Eric.

- Alors ? demanda Magalie.

- Alors quoi ?

- C’était comment !?

- C’était une folie !

- Ce n’était pas bien ?

- Oh que si ! Mais nous aurions pu nous faire surprendre, te rends-tu compte ?... Mais je n’ai qu’une envie : recommencer le plus tôt possible !

- Avec lui ?

- Oui !

- Ce soir, à l’hôtel, tu me racontes tout ! ordonna-t-elle dans un murmure en voyant apparaître Eric.

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Guest nico91800nico91800

Superbe. Y à t il une suite.? Merci.

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Superbe. Y à t il une suite.? Merci.

Non, pas de suite pour ce texte :-)

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J'aime beaucoup !!

Ta façon d'implanter ton histoire, de décrire le décor, les personnages... jusqu'à la scène finale...

Ton style est plaisant à lire...

Mais dommage qu'il n'y ait pas de suite !!!

J'aurais bien aimé ...

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En arrivant à la fin de ce beau texte, je me suis dit : vivement la suite et j'apprends qu'il n'y en a pas. Merci à toi pour ce joli texte et cette montée crescendo du plaisir

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Un plaisir de te lire à nouveau.

J'aime beaucoup le coté histoire érotique de ce texte, même si effectivement on s'attend à une suite.

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