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mllecigarettes

Mois de fringale.

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Juillet, mois de chaleur, de moiteur, de sueur. Le mois où on se sent vivre quand tout se lâche. Le cerveau prend des vacances, il n'y en a que pour le corps. Bronzer, brûler doucement au soleil. Le grain du sable, le sel de la mer, la brise dans les cheveux. La fraîcheur de l'eau. Le monoï, les peaux dénudées. Tout le monde en fout plein de la vue à tout le monde. Le premier mois le plus sensuel de l'année. Les vacances, l'autorisation d'excès. La vie qui se ramène en frontal.

Petites rues piétonnes. Dépaysement. Les complexes hôteliers, c'est pas pour moi. Petit camping à bungalows sur le flanc d'une colline, face à la mer. Conviviale, bar/restaurant. Le blond des cheveux s'est déjà éclairci avant d'arriver à destination. Le beau temps a pris de l'avance pour faire son oeuvre. Les épaules sont dorées. La robe est courte, épouse les formes, bleue comme l'océan. Règle d'or en juillet, rester nue sous la jupe. Là où il y a de la gêne, y a pas de plaisir. Les vacances, c'est le plaisir avant toute autre chose. Les sandales claquent doucement sur les pavés. Sourire pour tout le monde, pour soi, pour les autres. On flâne. On arpente. On lézarde.

Fringale. La faim qui tenaille le ventre. La faim qui mène a une petite boulangerie/pâtisserie qui respire le typique, l'artisanal... Bref, la boulangerie du coin. Qui a toujours été là et qui le restera pour longtemps. Pas besoin de connaître le chemin, suffit de se laisser guider par l'odeur. Enfin, faire la file. Attendre son tour. Regarder l'étalage de douceurs. Pas savoir faire un choix. Regarder à gauche, regarder à droite. Y a pas un côté qui fait plus saliver que l'autre.

- « Et la petite demoiselle, elle prendra quoi ? »

Lever les yeux.

- « Euh euh bah... » Parce que là, voyez-vous, la demoiselle rigole moins. Parce que le visage est beau mais pas sympathique. Beau mais pas avenant... Plaisant mais oppressant. C'est quoi ce mélange, là ? Du rustre, de la douceur. Le mélange qui trouble et qui fait voler en éclat les clichés de beauté. Les 45 ans bien frappés. Cheveux bruns, grisonnent dans certaines mèches, le poil en bataille. Barbe de 3 jours également marquée par le temps qui passe. Des yeux comme l'azur du ciel. Epaules larges mais pas trop. Imposant. Des belles mains, pas de doigts de pianiste. Non, des vraies mains d'homme. Le regard, il est franc, sec, s'impatiente légèrement. Le message est clair : « Va-t-elle se décider un jour ? »

- « Une baguette, svp, monsieur. Merci » Une baguette... merveilleux. C'est pas du tout ce que tu venais chercher. Et « monsieur »...Ah pitié. Ok pour les politesses, mais doucement quand même, tu te laisses aller, là. « Monsieur »... non mais, tu t'es entendue ?! Et cette voix là, qui part dans le fluet et ce petit sourire à la con comme après s'être fait chopé pour une connerie ? Oh cocotte, t'as 27 ans. Pas 7.

- « Et voilà, mademoiselle. » Regard droit dans les yeux, imperceptible, sans peur. Assuré. Regard lié au geste. Petit sourire pincé, entendu, poli. Au suivant.

- « Merci, monsieur. » Non mais oui, vas-y... T'as raison. Tant que t'y es, rajoutes-en une couche.

Une baguette. Je voulais le petit gâteau à droite... Faut que je maîtrise pour me remettre à marcher droit. J'ai l'impression d'avoir subi la honte de ma vie tellement j'ai l'impression qu'on peut lire le trouble sur mon visage. Et ce regard derrière moi, dans mon dos. Ou est-ce moi qui me rappelle, qu'en dessous de la robe, c'est le vide, les courants d'air ? Me retourner, de façon discrète, vérifier par dessus l'épaule, de derrière mes lunettes de soleil. Instant bref, furtif. Croisé le regard qui sait et qui n'en fini pas de te dire qu'il a compris le vide, les courants d'air et même surtout quand ça s'affole.

D'accord... Partir en courant, me recroqueviller sur le pavé à tout jamais. Partir au Mexique en clandestine et ne jamais revenir ? Devenir bonne soeur ? Partir sur Mars ?

Les yeux encore endormis, se frayer un chemin vers le frais, l'eau, sentir les vagues qui viennent lécher les orteils. Avancer, lentement, avancer. Plonger. Ivresse. Liberté. Non, vraiment, s'obstiner à porter le haut du maillot, je ne comprend pas. Faire la planche, baiser du soleil sur les petits seins qui pointent vers le ciel. Frais dans le dos, chaud devant. Y aller à grandes brassées, se remuer dans l'eau, se faire poisson. Frétiller.

Revenir à la serviette, s'étaler comme une masse. Laisser les rayons vous sécher goutte à goutte. Remettre de la crême, étaler cette odeur synonyme de douceur, de bien être sur le corps. Regarder devant soi. Regarder les gens passer devant, sur les côtés, loin, près de soi.

De bas en haut, en faire tout l'inventaire. De bas en haut, commencer à se baver dessus intérieurement. De bas en haut, bouffer des yeux : mordre les hanches. De bas en haut, se faire fusiller du regard furtivement. Là, ça fond entre les jambes. C'est instantané. Incontrôlable. Surprenant. Suprême.

Démarche de félin, grâcieux. Peau bronzée, mate. Les épaules larges, les mains, les gouttes d'eau perlant sur le torse. Attendre un peu pour se retourner. Allongé dans l'ombre des feuillages qui zèbrent la peau, beau contraste. Ni trop près, ni trop loin. Certainement pas frontale. Bref, la distance douloureuse mais délicieuse. Celle où on ne sait pas.

Merde, c'est qu'il ne sait pas s'allonger comme tous les autres mecs. Avoir l'air d'un paquet qui dort, le père de famille crevé de sa femme, de son boulot, de ses gosses. Non. Pose lascive, qui profite. Pas vulgaire. La sensualité alanguie sur une serviette. Seul.

Comme tout le monde, je crois être camouflée derrière mes lunettes de soleil. Je me suis retournée sur le ventre, je fais semblant de regarder dans le vide. Je le regarde, je le mange, morceau par morceau. J'admire ce qui me semble être une oeuvre d'art. Une oeuvre d'art qui fini par me voir. Par saisir tout ce que je suis entrain de faire. Il ne bouge pas, il m'a grillée. Moi, je suis gênée. Je me remets fissa sur le dos.

Oui, je suis quelqu'un qui, parfois, ne pense pas. Je ne pense pas si je vais assumer, je ne pense pas si je vais gérer l'après-coup. Quand mon ventre décide à ma place, je me fous dans de beaux draps.

Rentrer de la plage. Revenir au bungalow, sortir toute la bouffe du frigo. En été, je mange toujours comme une dingue. Les dents féroces qui en redemandent. Pendant que mon frère prend sa douche, je mange. Quand il revient, C'est mon tour. Eau tiède, brûlure, coups de soleil. Savon, mousse qui fond sur la peau. Odeur sucrée, suave. Sécher les cheveux. Mettre une robe fine, légère, couleur lilas. Moulante. Rehaussé le tout avec un maquillage léger. Pointe de parfum aux poignets, derrière les oreilles, creux du cou, derrière les genoux, creux des bras au niveau des coudes. Des jolies sandales à talons hauts. Ni trop hauts, ni trop petits. Surtout, ne pas avoir l'air d'une petite pute. Distinguée mais pétillante. Bref, un petit pétard.

On se met à table. On rigole, on se marre avec le serveur. Il est sympa, plus jeune que nous. Mais étant assez immatures et amicales, le courant passe vite. On rit, on commande. Ça me fait plaisir d'être avec mon frère. On se voit rarement, on s'est souvent évités même si on a toujours eu une bienveillance sur l'un et l'autre. Pour une fois, rien que tous les deux.

On mange, c'est bon. Le tout arrosé de rosé. On s'empiffre. Le barman nous dit bonjour de loin.

-« Alors, les petits belges, ça va bien ? » Les français taquinent les belges mais les aiment bien. On se fout gentiment de la gueule de l'un de l'autre. De bonne guerre.

-« Vous venez au bar, après ? » Saloperie d'endroit où tout le monde se connait. Saloperie de lieu convivial où tous les commerçants semblent passer du temps chez l'un ou l'autre. Accoudé au bar, qui regarde dans notre direction. Qui sirote son verre, aucune expression. Il suit la conversation qui m'échappe.

Mon frère capitule :

- « Ah bah oui. Tu nous connais. Prépare déjà les verres. »

Merde. Merde. Merde. Continuer de manger, faire semblant de contrôler. Ou tuer mon frère à coups de fourchette. Mais je me retiens. Baisser la tête, fixer l'assiette, regarder la nourriture comme si j'allais y trouver la solution. Oppressante sensation. Comme c'est bien oppressant. Je ne quitterai pas le regard de cette foutue assiette de toute la soirée, le bar devient inexistant à mes yeux. Ne surtout pas croiser ce regard.

On a fini. On se dirige comme des automates vers le bar. Mon frère tout sourire, moi je regarde mes pieds. On s'installe. Ah, première nouvelle, il n'est plus là. Bien. On souffle. On boit, on parle, on se raconte des histoires, les verres se vident. Les miens se remplissent sans que je le demande. Parce que je suis la jolie demoiselle et que c'est la maison qui offre. J'accepte. Je bois, je vide. L'alcool, c'est très dangereux chez moi. Ça fait toujours de moi une amoureuse. Câline, tactile, de bonne humeur... bref, quand une fille se met la tête à l'envers.

C'est devenu une habitude de rester jusqu'à la fermeture du bar. D'aider le serveur à terminer son service. A plier le tout, à s'installer sur les canapés moelleux près de la pataugeoire de la piscine. A passer la nuit dehors à la belle étoile. Des vacances de rêve selon mon frère et moi. Le temps passe. 3H du mat'. Ça rigole franchement, ça parle en sourdine quand on se rappelle de l'heure. On entends du bruit.

Le barman, plus âgé que nous mais bon vivant, interpelle :

- « Daniel, on est là. »

C'est qui Daniel ? Ah oui, d'accord. C'est lui Daniel. Daniel qui s'installe près du barman, donc pas de chance pour moi, pile dans ma direction. Fait signe de la tête pour saluer tout le monde, attrape un verre, se pose. Pas de claques amicales dans le dos, rien. Aussi réservé, peu expansif que le barman, David, fait dans la profusion de mots, de rires, de signes amicaux. Bref, le feu et la glace.

C'est un putain d'aimant. Un enfoiré d'aimant qui attire l'oeil. Je ne sais pas... je ne sais pas ce que c'est. Il parle à voix basse avec David. Ils ont l'air de se connaitre depuis pas mal de temps. Il a l'air de se foutre royalement des gens autour de lui. Bon, faut dire, on est la jeunesse, un peu jeunes cons, oui. Il a dépassé un stade. Ce n'est plus trop son monde. Il est à sa place et profite de l'opportunité de boire un verre.

Je suis nerveuse, je fume trop. Je parle surtout beaucoup moins. Je fume, je bois de façon compulsive. Les nerfs qui vrillent. Tenter de suivre la discussion avec les autres. Rigoler avec Thomas, le serveur. Tourner la tête, les yeux qui me déshabillent, sirote toujours son verre. Il fait noir, on voit à peine les visages. Seule source de lumière, la lune au 3/4. On devine. Je me sens mal, je veux me barrer. Je me sens étouffée, je veux prendre l'air, me dégourdir les jambes. J'ai l'impression de faire de l'apnée. Je me lève.

Mon frère :

- « Bah, tu vas où ? »

- « Euh, je vais me repoudrer le nez. » Ne regarder personne. Sortir de là, dans le noir, faire le chemin jusqu'aux toilettes placées dehors.

Allumer la lumière, avoir mal aux yeux. Respirer, respirer lentement, s'efforcer de respirer lentement. Sortir enfin, noir complet. Aveuglée par les lumières d'avant. Rideau. Ok ok, je sens que ça va être drôle pour revenir. L'effet de l'alcool combiné à tout ça, je vous dis pas. Du bruit, des pas. Je sais même pas d'où ça vient. Mais la sensation étrange de savoir à qui ils appartiennent.

Peur. Angoisse. Je suis pas foutue de faire un pas correct droit devant moi. Et je sens qu'on se dirige dangereusement sur moi. Naïvement, sait-on jamais : « David ? David c'est toi ? T'es où, je te vois pas. »

Je ne vois rien. Absolument rien. Sensation inédite. Ne rien voir du tout et pas de réponse. L'alcool qui vous met dans le coton. Se sentir complètement perdue, vulnérable, la chaleur poindre dans le bas ventre. Excitation, stress. Quand on ne sait même plus se faire confiance à soi-même et qu'on espère tomber sur une bonne âme qui ne va pas en profiter. Ma chère, t'as l'art certain de te foutre dans des situations de merde, d'aller les chercher, faut croire. De faire en sorte que ça t'arrive.

J'ai pas le temps de dire un mot, de réfléchir. Des mains qui se posent sur mes hanches, me retournent doucement et me plaque contre la porte des toilettes. C'est quoi, ce bordel ? Rush, adrénaline, peur. Et ce parfum, ce rêche des joues dans ma nuque, ces mains...Ces mains... Ce baiser qui se pose doucement entre l'épaule et la nuque. Qui remonte vers l'oreille. La respiration. Le poids qui pèse dans mon dos. Les mains qui parcourent les hanches, les doigts qui effleurent la pointe des seins en vitesse, les mains qui redescendent sur le ventre. Les mains arrivent sur le haut des cuisses, jouent avec la lisière de la robe.

Là, c'est le trouble abyssal. Se sentir comme la dernière des salopes, se dire qu'on ne ressemble qu'à ça. Se dire qu'on est trop facile à cerner, à atteindre. Ne pas vouloir. Sentir les sentiments opposés l'un de l'autre faire bataille au fond de soi. La tête qui dit non, le ventre qui réclame. Aimer ça, ne pas avoir envie d'aimer ça. Se dire qu'on n'est pas si faible, non, pas à ce point. Avoir envie de la plongée dans l'inconnu en chute libre, sans penser, se laisser dévorer par le sublime. Avec délectation. Sentir le sexe bandé contre les fesses à travers le tissu. Se sentir toute petite, sans défense, à la merci de quelqu'un d'autre. Abdiquer ou pas. Lutter ou pas. Dieu que c'est bon, dieu que je m'en veux. La main qui remonte, l'autre qui nargue la limite de la robe. Qui joue avec. Qui prend son temps. L'autre main qui vous relève le menton tandis que l'autre fini par passer la frontière, poste à l'aine. Palper la chair intérieure du haut de la cuisse, doucement. Trembler, trembler, trembler. Chaleur volcanique près de la main, j'en doute pas une seconde. La bouche qui avance près du visage, souffle sur la joue, chaud. Comme un grognement, menace sensuelle. Toujours palper en bas à l'extrême limite, risquer un bref pincement. Surprenant, qui coupe le souffle d'étonnement, d'incongru et de plaisir. Se dire qu'on en peut plus. Quitte à être une salope, se sentir chienne, tant pis, autant y aller jusqu'au bout. La main qui caresse toujours ce foutu périmètre de peau, les lèvres qui avancent toujours vers les miennes, qui défient, le doigt qui frôle enfin de façon presque imperceptible tout le long de votre intimité ruisselante. S'affaler contre la porte de tout notre poids, les jambes qui ne vous répondent plus, cambrure à se briser les reins. Courant électrique, nucléaire, phénoménal. Et puis plus rien. Rien, vide, néant. Plus de mains, plus rien, plus de lèvres. Rien. Des pas qui s'en vont. J'en oublie jusqu'à mon nom.

Je ne sais pas où il est passé. J'hurle à mon frère que je rentre. Je ne peux pas revenir dans un état pareil. En revenant, c'est pilotage automatique, GPS qui se réveille. Mes pieds qui avancent d'eux-mêmes, automates. Je suis dans le floue, je vois trouble, je suis toujours appuyée contre la porte des toilettes, je sens toujours son souffle près de mon oreille. Son poids dans mon dos. Je suis toujours là-bas. Aliénée.

Soleil pleine figure. Ouverture des yeux, chant des cigales qui vous souhaite le bonjour. Quelle heure est-il ? Je me redresse sur mon lit. Il est 11h30 du mat'. J'ai l'impression d'être entre réalité et fin de soirée. Je me regarde dans le miroir, peine à me reconnaitre. Je suis toujours dans ma robe, mes cheveux blonds qui hésitent entre boucler ou onduler sont en bataille, j'ai le teint bronzé, la bonne mine. L'air fatigué me donne, en été, une aura suave. Je sens légèrement la transpiration, faible, faut la connaître. Le parfum naturel de la peau. Et enfin, son odeur. Son odeur, sa fragrance qui flotte quelque part sur mon corps ou ma robe. Mais elle est là, chavirante. Mes sens crépitent. Ce matin, je me découvre moins ordonnée, moins lisse qu'hier. En bordel, t'es belle, ma fille.

Je décide de supporter toute l'effluve, toute la journée. Ne pas m'en laver, ne pas l'oublier, la laisser s'infuser dans ma peau. Faire mienne.

Je pointe mon nez dehors. Mon frère fume une clope. Me demande pourquoi je suis partie. Je réponds l'alcool et fatigue. J'évite le coup de la migraine. J'hésite à demander si il a vu Daniel revenir ou pas. Je veux garder ça comme un secret, ne pas le partager du tout, qu'on ne me vole pas ce moment, qu'on ne l'égratigne pas une seule seconde. Dans le coin de ma tête, dans mon antre, je le garde pour moi.

Mon frère se barre cette après-midi avec ses potes. Il fait sa vie, je fais la mienne. Il me demande ce que je vais faire. Je dis que je ne sais pas. Je pense à la chambre, je pense aux volets clos, aux rayons qui filtrent, à la douceur de vivre. En réalité, je veux qu'il se casse et vite. Je veux être seule, je veux être dans cette chambre qui baigne dans la couleur orange sanguine, être entre les draps et soupirer, m'impatienter, bouillir mielleusement, noyer l'air de vapeurs qui me sont singulières. Traverser le plaisir. L'éclair.

Je décide qu'un verre bien frais me ferait tout de même du bien. J'ai tout le temps devant moi, j'aime bien me faire mariner. Je fais la bise à mon frère, lui souhaite bon amusement, je fonce vers le bar. Je prendrai quand même le temps de me changer pour la forme. Mini short en jeans, nue dedans, petit haut en bustier tissu ample. Sentir le vent passer à travers le tissu, c'est ma came.

Lunettes de soleil vissées au nez, je m'avance, moi et mes heures de sommeil à rattraper. David me demande comment ça va, je lui répond que ça baigne. Il sourit en essuyant la vaisselle comme si il savait. Ou peut être que je me fais un film, qu'il ne sait rien. J'ai envie de demander confirmation ou pas, je me retiens. Il demande ce que je veux boire, ce sera Perrier-Menthe. Je touille avec ma paille dans mon verre, je contourne, je rêvasse, je m'enfonce dans mes souvenirs.

David, au loin dans la réalité apostrophe :

- « Salut, ça va ? »

- « Très bien et toi ? »

- « Crevé après la soirée d'hier et le service depuis ce matin. »

Je lève le nez de mon verre. A 20cm de moi, même pas, 10cm. Accoudé au bar, le corps tourné vers moi. Position presqu'intime, qu'on réserve seulement à ceux qu'on connaît, comme prèts à engager une conversation en profondeur. Je me sens entourée, enclavée entre des bras qui ne me touchent même pas. J'ai l'air si frêle à côté de lui. On dirait presqu'une gosse. J'envie les pulpeuses, les petites. Celles qui ressemblent à des petites pommes bien juteuses, savoureuses. Moi, j'ai l'air d'une liane. Une liane qui s'enroule autour de vous, poids plume. Possible de la faire valser à l'autre bout de la pièce dans un revers de la main. Mes gestes cristallins, mes gestes délicats.

Une main s'effondre dans le vide, près de mon genoux ballant quand je suis à moitié assise sur une chaise haute. Cette main. Je marine dans mon verre, je mords la paille, fixe la main. Des doigts qui s'agitent comme il parle, expressifs. Je peux suivre la conversation juste en regardant cette main et ces doigts qui traduisent chaque mot. Un doigt qui touche la peau par inadvertance. Et ce plat de la main qui se pose sur mon genoux, le pouce qui caresse. Un instant comme pour dire bonjour. Qui sait, qui n'a pas oublié l'autre soir. Qui sait que je sais, qui vérifie si j'en tremble encore. Satisfait, sa main s'en va.

Il se lève. David tourne le dos. Je vois Daniel qui s'en va. Me jette à peine un regard, je le perd de vue. Je lâche tout, David afféré à ses affaires, ne me voit pas partir. On est en plein jour, les gosses crient, les parents payent des glaces, le clapotis de la piscine, la chaleur... Je me sens seule au monde, habitée par un truc dingue, irrévocable. Je le suis qui va vers le parking. Il le sent. Se retourne. Pitié de Dieu ou grâce de l'instant parfait, le chemin est vide de toute personne durant cet instant fugace. L'instant à voler, à saisir vaille que vaille. Il m'attrape le bras, me fait gentiment valdinguer dans un coin. Le bruit des branches qui craquent sous les pieds. Mon dos qui se plaque contre le mur, ma main qui vient empoigner son col. Son pied qui me demande d'écarter la jambe, sa main qui la soulève. Me maintient contre lui, me bouffe la bouche. Sa langue qui s'engouffre, fureur buccale. Mon autre main qui s'agrippe à sa nuque le maintenant encore plus vers moi, qu'il continue de m'embrasser, de me dévorer de l'intérieur. Sa main droite qui s'engouffre en-dessous du haut, pince, frôle, s'acharne, sa bouche qui vient goûter et mordiller. Moi qui devient folle. Sa main qui descend alors à la taille de mon jeans. Etre tellement fine qu'il ne faut même pas défaire le bouton. Il plonge sa main, déterminé, toute cette main chaude, et ce doigt qui appuie, caresse. Feulement dans ma gorge. Son regard qui me dévisage, se délecte et mesure l'appétit se dessiner sur mon visage, sa main qui se met à frotter, vite. Grognement dans ma gorge. Bruits humides, soûlants, grisants. Délicieux. Me cramponner. Me dévisage encore, sonde, calcule, mesure, soutient. Ma jambe qui se maintient toute seule en l'air, avide. Sa main qui s'insinue, décide d'empoigner mon cul. M'embrasser, encore. Me mordre le cou. L'orgasme qui arrive, qu'on voit se profiler sans peine. Et tout arrêter, encore. Me soulever des deux mains, coller son bassin contre le mien. Qu'il se frotte, que je la sente contre mon antre, droite, dure entre les textiles. Frémissante, fière, prête, qui vient me brûler, me vriller les pétales un peu plus. Refermer mes bras, les serrer autour de son cou, resserrer mes jambes, cadenasser l'étreinte. Ne pas vouloir qu'il parte, ne pas vouloir qu'il me laisse comme ça. Se confondre en tendresse, en prise de pitié, don de soi, voracité assumée. Sa langue qui lape doucement mes lèvres, moi qui répond. Qui veut. En redemande. Corps qui se frottent l'un à l'autre légèrement.

Coup de langue dans mon cou.

- « Amène-toi. »

On marche vers sa voiture, on essaye. Sa main pétrissant mon cul, me retenant contre lui. Sa main qui me sert les cheveux, me faisant marcher sur la pointe des pieds en me roulant une pelle diabolique, furieuse.

Claquement de portières. Démarrage rapide du moteur. Mains vissées au volant. Il fait beau, il fait chaud, l'air passe par les fenêtres ouvertes. Je veux le toucher, lui mordre le cou, le manger. Je veux tout toucher, lui qui a l'air si sûr de lui, si fort, déterminé, m'emmenant je ne sais où.

Il me repousse.

- « Fous-toi à poil. » Regard volontaire en coin. Commande.

J'hésite. Je le regarde pour être sûr de ce qu'il me demande. Saisie.

Sa main qui se dirige vers mon haut, tire légèrement dessus, me faire comprendre :

- « Allez, fous-toi à poil. Je te veux, je veux te voir. Enlève tout. »

J'abdique, je fais. Je retire tout. Je suis sur le cuir de sa bagnole, nue. Le vent partout autour du corps. La chaleur du soleil qui cogne contre le pare-brise. Il m'attrape le menton dans sa main, l'amène vers lui et m'embrasse tout en jetant un coup d'oeil à la route.

Moi, je m'alanguis, me vautre sur le siège. Bizarrement, peur de rien. La route est dégagée, fluide, pas de voitures en permanence. Il me caresse les seins, doucement. J'ai les bras qui encerclent le repose-tête. Sa main qui vole sur mon ventre puis qui tâte cette petite partie de chair que beaucoup de filles n'aiment pas. Cette chair tendre, le petit bidou, presqu'enfantin. Tout le plat de la main qui palpe le bat du ventre. Puis sa main qui écarte la cuisse d'un coup rapide. Son doigt qui s'engouffre entre les grandes lèvres, s'immisce dans la fente mielleuse. Venu me faire mouiller un peu plus, chercher l'or. Doigt désordonné qui étale puis porte à sa bouche, me goûte, m'estime.

Il défait le bouton de son pantalon. Monsieur aime bien être nu dans ses fringues, aussi. Colonne de chair, érigée, masculine et tendre. Vigoureuse, humide. Se caresse brièvement. Pour ensuite poser sa main sur la moitié de mon visage. Mon nez, ma bouche. Tiens, va, vas-y respire. Toute son odeur, ce goût particulier, mon nez qui flaire dans le creux de sa main. Cette saveur.

On s'arrête près d'une forêt de pins. Odeur emblématique, reconnaissable entre mille. Aiguilles au sol. M'embrasse, se démange dans ma bouche et dit :

- « Sors et marche. Avance. » En me montrant la direction avec son menton.

Il n'y a personne. Le soleil traverse les branches qui morcellent l'azur du ciel. Brise légère. Lui et moi. Je sors. Je sors parce que ça l'excite et que je le ressens parfaitement. Parce que ça m'incendie l'intérieur. Il se pose contre la voiture, me regarde avancer.

Je sens les aiguilles sous les pieds nus. Parfois, ça pique. Vulnérable, découverte, comme au premier jour. Le vent, les rayons du soleil, quelques herbes folles. Je m'enfonce. Il me suit.

Je tourne la tête, il défait sa chemise, les yeux rivés sur moi. Se rapproche plus vite, je continue d'avancer, fiévreuse et inquiète. Il me ferait presque peur. Et enfin l'étreinte, nu derrière moi qui m'arrête. Ses bras qui m'enveloppent. Son sexe moite, chaud qui me touche, me frôle, se frotte contre ma peau. Ses baisers doux, mouillés dans ma nuque. L'entendre prendre de grandes inspirations, s'en fout plein les narines. Serrée contre lui. Ma main qui se dirige derrière, empoigner sa chair, ses veines qui palpitent, caresser la soie de son gland. Descendre la main, soupeser, apprécier le plein. Morsure dans le cou. Susurre à l'oreille de me coucher sur le dos, de remonter mes jambes bien écartées vers ma poitrine. Mes bras au-dessus de la tête.

J'obtempère. Allongée, mon sexe dans un axe ensoleillé. Brûlante. Mon sexe engorgé, gonflé, suintant le désir, bouquet éclaté de pétales. Mûre.

Il me regarde de haut, bandant en pleine nature. Se couche près de moi. Sa main possessive sur mon cou, son index qui tourne mon visage vers lui. Béante, ouverte, sa langue plonge dans ma bouche lentement, flatte ma langue, prenant langoureusement son temps. Je me donne, son corps contre le miens. A mes côtés. Il scrute chaque parcelle et salive deux de ses doigts qui viennent nager contre mes chairs, ma volupté. Trempée, bouillonnante. Vient à mon sein, déguster, mordiller, croquer les tétons. Lécher, laper à la va-vite. Ecartelée, me tenant les bras toujours au-dessus de ma tête, sa main sur mes poignets. Deux doigts qui plongent, s'enfoncent dans ma chatte. La paume de sa main qui se scelle à ma peau. Cri de plaisir, de délivrance. Ses doigts qui me fouillent de plus en plus vite, ses dents qui mordent le bout de mes seins. Main furieuse, main virile. Le bruit de mouillé à vous transpercer les tympans. Son excitation dans son souffle, sa fièvre, sa volonté. Il me cherche, il me cherche avec acharnement. Haleter, haleter. Ses doigts qui se retirent, sa paume qui caresse de bas en haut tout mon sexe. Main détrempée. Me la présente au dessus de mon visage. J'ai compris, je lèche. Elle s'écrase sur un de mes flancs, mes hanches.

Etreinte, moment en suspend. Douceur. « Tourne-toi »

Je me retourne. Vautrée en avant, tête au sol. Cul relevé légèrement. Rien. Je bouge mon cul. M'écarte un peu plus les jambes. Et enfin son gland qui me caresse les grandes lèvres, l'humidité. Une lame dans du beurre. Gémir, quémander, m'impatienter, et toujours cette longue caresse poussée au paroxysme. A l'extrême limite de l'agacement, du claquement de nerf. Onduler sous lui, mâle en rut.

Transpercée jusqu'au bout. Chairs qui s'ouvrent, le plus loin possible. Quand on croit avoir fait la distance, donner le coup de rein et s'avancer encore un peu. Repartir doucement, marche arrière. Tu vas sentir comme on a envie de toi. Comme on te veut au-dedans. Qu'on viendra te trouver au fond. Revenir aussi sec. Volupté, voguer sur les ondes, se laisser porter par le courant, se perdre dans le rapide.

Claquer, taper, m'en faire voir et m'en donner. Me faire plier, à son rythme. Les dents qui saisissent la peau, referment la morsure. Grognements insolents, sauvages, torsion de ma chute de reins. Me retourner, me faire voler, se rabattre aussitôt entre mes jambes, revenir de loin, arriver au fond. Et donner, donner, donner, donner à grands coups. Il se déchaîne, me baise.

- « Regarde-moi. Regarde-moi. Je veux t'entendre, je veux te voir. »

Me saisis les hanches, ma taille fine entre ses grandes mains et accélère. Je meurs, je m'en vais, je m'oublie, je le regarde dans le fond de ses yeux. La frénésie de sa queue. Ecarter au maximum, capituler. Se contracter, se cambrer, rater un battement de coeur, renverser la tête, à n'en voir que la gorge et le son qui s'échappe.

Grave. Du fond des tripes et de l'abîme. Et l'entendre jouir à son tour. Son liquide chaud qui vous envahit, se déverse et investit tout ce qu'il y a de plus féminin en vous. S'affale sur vous, repos du guerrier, poitrine tendre.

Ouvrir les yeux, flash de lumière, d'azur. Serrer l'étreinte, en forêt.

En juillet ou en novembre, qu'importe... Mois de fringale, de moiteur et de vie.

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Guest jeanmimel

Juste tu viens de me donner grave faim là....

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Guest Maitresteeve

Quelle plume,

Vous m inspirez

Cette nuit j ai fait un rêve, j ai rêvé de l impossible....

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Guest ALAIN54

un reel plaisir de te lire, tres bien ecrit

mon esprit est en ebulition....

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Guest Maitresteeve

Je vous prends aux mots chère mademoiselle.....vous apprendrez à vos dépends qu il nous faut jamais défier un Maître.....

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Un récit chaud et doux comme les caresses du soleil en juillet.

Cela réchauffe, merci

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Guest Titelilie

Encore une pure merveille à lire... Chaleur, douceur, tu nous gâtes! Merci :clap:

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Voilà de quoi nourrir bien des appétits !

Merci pour ce récit, Mlle C. !

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Les mots sont là...Sans fioriture..Mais vrais.

Merci pour ce partage!

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Guest efrez

Je viens de découvrir ta plume, j'aime beaucoup, j'ai eu beaucoup de plaisir à te lire.

Merci pour ce moment...

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