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mllecigarettes

La brûlure.

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Première partie. Attention, c'est long. J'ai hésité à faire plus court mais je suis une fille de détails. Donc, pour ceux qui ont du temps, l'envie, qui s'ennuient... Pour quiconque, voici ! Bonne lecture.

7H45. Je vogue dans les rues de la ville, direction l'université. Le temps est maussade. Café à la main, écharpe en laine autour du cou, je tire la gueule. Je hais la ville. C'est un univers que je prend soin de garder étranger le plus possible à moi-même, même si je le cotoie souvent. Fille de campagne, je suis faite de saisons, d'odeurs, d'oiseaux qui chantent à 4h30 du matin. Les champs de béton et ceux qui y vivent, même avec plaisir, me laisse de marbre. Je n'aime pas les codes, ni les phénomènes de mode, ni cette habitude de fêter tout et n'importe quoi. 7H30, humeur de merde, yeux fatigués. Matin morne.

Première année à reprendre mes études. J'ai 28 ans et je sais qu'ils auront tous, en moyenne, 10 ans de moins que moi. J'y vais comme on va travailler. En mûrissant, on connait ses priorités. On se cerne mieux. J'ai renoncé depuis longtemps à me changer en fille légère, aimable de prime abord, aux rires niais et stridents. Solitaire pour toujours et heureuse de l'être.

Grand amphi. Défilé haute-couture pour les filles, les garçons se serrent la main. D'autres se sont affranchis de jouer aux bonhommes viriles, ils se font la bise. C'est bien. Ça rigole, ça s'assoit. On branche les pc portables, le prof arrive. Le cours démarre. Prise de notes.

Manie qui ne cessera jamais, je scrute la salle. Quadrille. Je cherche. J'ai toujours l'air de chercher un truc. Je ne sais jamais vraiment ce que c'est. Une porte de sortie à une réalité que je trouve toujours trop monotone. Rien ne me surprend vraiment. Rarement. Je regarde les gens, les devine vite. Flair hors du commun. Du vu, vu et revu. D'autant qu'ils sont tous sacrément plus jeunes, étant évidemment passée par là avant, y a de quoi refermer les yeux et s'endormir d'ennui.

Fin de la première partie du cours. Pause de 10 minutes. Joie intense du fumeur. Je me lève, les gens de ma rangée aussi. On sort dehors. Météo de merde, vent froid. Je fume, ne parle à personne. Observe, dans mon coin. J'ai sommeil. Plus loin, un fumeur égaré qui a choisi de s'éloigner franchement du troupeau. Si on s'éloigne, ça sonne comme un doux carillon à mes oreilles. Que caches-tu ? Qui es-tu pour d'emblée afficher ton non-intérêt pour tes contemporains ? Bref, ça m'intrigue. Assis sur l'appui de fenêtre, je le vois de profil, caché. Un peu nerveux, jambes qui balancent. Il a l'air de s'emmerder plus que moi. C'est le temps de rentrer. Je jette ma cigarette, regarde brièvement derrière moi. La peau est pâle, les yeux fatigués, tristes, verts. Toute la réalité et l'aigreur de la vie sont inscrites sur son visage. Sort des sentiers battus. Il a franchement l'air paumé. A lui tout seul, on dirait une chanson de triste de Françoise Hardy. « Dans les rues, l'âme en peine, personne ne m'aime. » Tout ça, tout ça.

Le cours reprend. Nouveau visage assez entêtant, Françoise chantonne en fond. Dans cet amphi, où te caches-tu, mon ami ? Je ne le vois pas. Ça me file un coup de stress, adrénaline en sens inverse. La vie, chienne de vie. Tend moi une gourmandise et reprend-la aussitôt. Merde.

Midi. Grâce à ma démarche de fille énervée ne voulant pas trop m'imprégner de la ville, je marche à grandes enjambées vers la cantine. Jette mes affaires dans un coin, sors de quoi manger. A midi, ça crie. J'ai jamais vraiment compris pourquoi. Ça doit faire partie de l'éducation, je ne sais pas. Le bruit règne.

Je mange, je prend mon temps, je pianote en même temps sur mon pc. Je me fais une bulle où personne ne peut rentrer. Visage fermé. Pas très conciliante.

Je lève les yeux. Il est là. Assis, mange, regarde par la fenêtre. Mi-je suis là, mi-je suis ailleurs/je veux me barrer. Seul. Beaux cheveux bruns, naturels. Pas noyés dans ces choses affreuses qui collent. Désagréable au touché. La chevelure, c'est fait pour laisser courir une main dedans. Caresser. Prendre à pleine main, parfois.

Profil masculin. Pas de petit nez retroussé qui donne l'air juvénile, poupon. Il est jeune, moins docile que les autres. La mâchoire est carrée. Paradoxalement, y a de la douceur dans le visage. Ou de la mélancolie. La mélancolie, je la reconnais bien. Lui, en fait, c'est ça. Il l'a. C'est une drôle de lumière qui vous auréole. Coule dans vos gestes, noie votre regard. Beau gamin. Il croise mon regard.

Le regard est troublant, qui fait d'un roc une poupée de chiffon. Eau salée des larmes, regard qui semble constamment embué. Lui, il n'a pas encore fini d'en chier et ça se voit. Je suis une sauvage, qui a appris à se défendre, assume son côté fort en gueule, solitaire. Ainsi que son côté fragile, tendre, trop. Mais je me connais aussi bien que je connais les gens. Mes paradoxes, j'ai appris à en jouer, à étaler du mystère. A échapper aux gens et à la sournoiserie.

J'esquisse un sourire poli mais sincère, celui qui reconnait les gens biens. Des rayons de soleil sortent. La chaleur traverse les vitres. Putain, comme ça fait du bien. J'hésite à sécher les cours, me promener dans un bois. Retourner dans ma campagne. L'herbe du jardin.

C'est décidé, je sèche.

J'attrape mes affaires. Après un passage éclair aux toilettes, je sors. Premières embrassées du soleil. Frontal. La laine qui se chauffe. Aucun remord. Je regarde devant moi, sur le trottoir d'en face, je le vois de dos, qui marche seul, lui aussi a choisi de se barrer. Je ne sais pour quelle raison, je décide de le suivre un peu. J'en profite pour regarder un peu les vitrines des magasins, je flâne à son rythme, quelques mètres derrière lui. Il fait beau, les angoisses dorment.

Ça dure un bon moment. J'observe une devanture. Je lève la tête, vois son reflet qui me fixe. Je me retourne vivement. Il me demande doucement:

- «Tu me suis ? »

-«Euh... bah... euh non. Enfin, je... C'est con. Mais tu m'intriguais, à être tout seul, tout le temps. »

Manifestement, on a connu plus classe comme discours.

Il dit calmement :

-«Ah bon... J'habite juste là. Tu vas faire quoi, là, maintenant ? Quitte à être venue jusqu'ici, si tu veux, tu peux passer. C'est comme tu veux.»

- « .... »

Se reprendre. Dire un truc, peser le pour et le contre, se demander ce qu'il s'imagine. Déduire qu'il est un peu contradictoire entre le fait de rester seul et lancer une invitation à entrer chez lui, aussi facilement. Il a l'air très calme, pas franchement enthousiaste non plus. En somme, libre de faire ce qu'il veut, me laisse aussi le choix. Je dis que je suis d'accord de venir.

Je le suis dans les escaliers, derrière lui. Il me dit que c'est petit chez lui, s'excuse du bordel si il y en a. On entre. Petit studio qui baigne dans le soleil. Assez rare, les studios lumineux. Des fringues posées sur le dos des chaises, vaisselle dans l'évier mais pas trop. Une chaine hi-fi (une vraie, pas une qui crache un son affreux), des vinyles, des cds, deux trois romans qui trainent. Je m'y sens comme chez moi, même si c'est la première fois que je rentre chez lui. Pourquoi ? Parce que ça ressemble à une chambre que j'ai connu. La mienne, quand j'avais son âge. Tendresse naturelle immédiate. Je souris un tout petit peu. Plus pour moi-même. Il me regarde, toujours son regard d'eau.

Il est beau, dans son pull noir, son jeans classique. Ses cheveux bruns un peu hirsutes. Les rayons du soleil qui s'engouffrent dans ses yeux verts. Ça vaut franchement la photo. J'aime l'odeur de son studio. Je ne sais pas ce que c'est, mais j'aime déjà. Odeur rassurante.

Je lui dis que ça ressemble à ma chambre, quand j'avais son âge. Il me demande mon âge, je lui demande le sien. 22 ans. Semble plus âgé. Largement.

Me demande si je veux boire quelque chose. Propose. Ce sera du coca, pareil pour lui. Pendant qu'il verse, je viens près de lui, plus grand que moi. Lui confesse vaguement qu'il me rappelle moi-même à son âge. Me demande directement en quoi...

Cet air d'ailleurs, lointain. La mélancolie qui nous habite. Ne ressembler à personne d'autre. Solitaire. Les yeux tristes, je connais bien. Il ne répond rien, esquisse un sourire en coin, me tend le verre.

Je m'assois sur le fauteuil, lui, choisi de s'installer parterre, sur le tapis. On discute des cours, le courant passe. Calmement. Il a l'air d'un petit chat sauvage. Je lui demande d'où il vient. Pleine campagne ; bien plus que moi. Pour retourner chez ses parents, c'est 1h30 de bus. Me dit qu'il se sent un peu dépaysé en ville. Je comprend.

On se ressemble. On fait comme chez soi. Le temps passe, la conversation défile. J'allonge mes jambes sur le canapé. Me regarde faire, souris un peu d'un air entendu. Je prends mes aises, ça ne le gêne pas. Tout passe dans le silence. Je suis un peu crevée, lui aussi, on baille à tour de rôle. Bref, on sèche les cours, on glande. Il se lève, s'agenouille à côté de moi. Passe un bras près de ma taille. Je me sens un peu encerclée. Il me regarde tout le visage. Mes yeux, mon nez, ma bouche. Scrute. Je le regarde faire. Il pose sa main à ma taille. M'offre un baiser. Test. Lèvres douces, parfum délicat, baiser chaste, à l'extrême limite de l'innocence. S'arrête, me regarde, me jauge. Je pose ma main sur sa nuque, l'attire vers moi. Me redonne un baiser. Lèvres qui se touchent, des baisers qui effleurent, le bout de la langue qui vient goûter timidement celles de l'autre. Baiser profond, lent, caresse de la langue sur la mienne. Sa main qui passe sous mon pull, main chaude sur mon ventre. Douceurs du bout des doigts sur ma peau. Baiser qui devient fougueux. Respiration qui s'accélère petit à petit. Ses doigts qui remontent, frôlent mon sein, volent sur le téton, tournent autour. Me regarde, défi dans les yeux. Envie. Qui ne dit mot consent. Je reste silencieuse comme une tombe.

Il soulève mon pull, regarde mes seins de façon avide. Plonge la tête, enrobe un téton de sa bouche. Sa langue qui frétille dessus. Doucement ou pas. Mon sein dans sa bouche. Passe ses doigts dessus. Me regarde, passe à l'autre, même traitement. Se couche sur moi. L'humidité me gagne doucement entre les jambes. Son nez dans mon cou, masse mes seins de ses mains. Souffle chaud. Se laisse aller de son poids, trouve bien sa place entre mes jambes, les miennes qui s'entremêlent aux siennes. M'embrasse à pleine bouche. Se frotte contre moi, mouvements du bassin. Dur, contre ma tendresse. Souffle rapide. Mes mains dans ses cheveux. Il s'agenouille entre mes jambes, se redresse. Enlève son pull, j'enlève le mien. J'ai envie de lui, de le voir nu, totalement. Je retourne l'embrasser, défaire son pantalon, lui enlever, faire voler le sous vêtement. Il se cale dans le fond du canapé, sans me lâcher des yeux, assis contre l'accoudoir, tendu. Offert. Je rampe, coule vers lui. Prend ses mains, les mettre loin de son corps. Je veux qu'il me laisse faire, se laisse aller. J'apporte mes mains à son cou, lui bascule la tête en arrière. Coup d'oeil devant la beauté, magnificience. Tête renversée, nu, les jambes légèrement écartées. De quoi me frayer un chemin vers lui, disponible. Croque la pomme d'Adam, délicatement. Glisse ma langue sur son cou. Caresse son torse, doucement, mouvements amples, mains à plat. Imprimer le grain de sa peau dans mon ADN. Je mordille un de ses tétons. Lentement. Feulement. N'oublie de dire bonjour à l'autre. Je descend en baisers mouillés vers son ventre, caresse ses hanches divines de toutes mes mains. Réflexe du bassin qui se relève.

Bouche humide près de son sexe, droit, prendre ses bourses d'amour dans ma main. Langue qui part de la base et remonte. Long coup de langue. Se remet à lever son bassin, je pose ma main, l'empoigne. Suis son rythme, embrasse le gland. Passe ma langue dessus, goûte. Je l'entends respirer plus fort. Le prend en bouche, fait bouger ma langue dessus, ma main qui caresse la hampe doucement. Je descend, presse, le suce. Je la lui mange, tendrement. Grand coup de langue. Descendre, gober, lécher, aspirer. Accélérer le mouvement petit à petit. L'entendre gémir. Le reprendre en bouche, descendre le plus loin possible. Y aller franchement, le sucer, le rendre fou, ses mains dans mes cheveux. Me baise gentiment la bouche de petits coups de rein. Remonter, l'embrasser. Me sentir fondre.

Il veut m'enlever ma jupe, mes collants, chaussures. Ce qu'il s'applique à faire. Me réallonge sur le dos, se couche sur moi. Je lui dis que j'ai envie de lui. De le sentir bouger en moi. De l'avoir en moi. Je sens son gland qui se frotte contre ma fleur. Je lui dis de continuer de faire ça, que j'adore ça. Mais décide de glisser une main jusqu'au fruit, rebelle. D'abord sentir la chaleur, le miel chaud. Glisse un doigt en moi, va et vient, lentement. J'écarte encore plus mes jambes par réflexe, en veux plus. Je l'embrasse, sonde toute sa bouche. Je le veux lui, tout entier. Qu'il m'achève. Je mouille comme jamais.

Me jette un regard dans le fond des yeux. Suave et défiant. Il me défie chaque fois du regard, je ne sais pas pourquoi. Jamais, jusqu'ici, il n'a posé un semblant de tendresse à travers ses pupilles. Du défis, brut.

Se redresse, toujours agenouillé entre mes jambes. Commence à se caresser, tout seul. Me fixe pendant un moment. Puis se regarde bander, se caresser, se découvre entrain de marcher sur le chemin du plaisir. Seul au monde, dans son plaisir. Si au départ je trouvais ça franchement excitant et honorée de me laisser entrevoir de l'intime à ce point, au fil du temps, une part de moi se sent vexée et oubliée. Piquée. J'écarquille un peu les yeux, me disant qu'il va faire quelque chose. Rien, ses paupières se baissent, gémis seul. Au fur et à mesure, j'ai l'impression d'être de trop, qu'il m'invite réellement à me barrer parce qu'il ne me donne pas du tout l'impression d'avoir envie que je le rejoigne. Je me lève, aucune réaction de sa part. Je prend mes affaires, il continue de se faire plaisir. Je suis prête à partir, le regarde une dernière fois pour lui laisser une chance. Il ouvre les yeux, me regarde de loin, alanguis, sourire teinté de satisfaction et soupire un petit un ricanement dans un gémissement, retournant dans son monde.

Connard. Sale enfoiré. Petit con.

Dans les rues, je me sens conne. La dernière des connes. Salie, carrément. Il m'aurait giclé dessus tranquillement, tant qu'à faire, ça n'aurait pas fait pire. A travers mes yeux, la scène défile en boucle. Connard. Putain de connard. Je veux me cacher, rentrer chez moi et fumer 2 paquets de clopes en quelques heures. Colère sourde, pauvre type. Si ce n'est que je sais que je vais en faire mon secret. A qui raconter ça ? Ai-je envie d'expliquer ce moment autour d'un café ? Non, je ne raconte pas mes histoires de cul. Bonnes ou affreuses, j'en fais pas l'étalage. Ça restera privé, tenter d'oublier. Et surtout, l'éviter. Ne plus jamais voir ses yeux de petit con. Plus jamais, qu'ils ne plongent dans les miens.

Les jours passent, passent, passent encore. Je m'étais faite discrète. Lui, envolé. Tant mieux. Deux semaines défilent encore. Il a peut être décidé d'abandonner les études. Ça fait un bon mois, maintenant. La vie a repris son cours, redevenue paisible.

Le lendemain, en entrant dans l'amphi, je vois Mathieu qui y va, encore, de sa grande gueule de fin d'ado. Latin, jeune, très jeune. 19 ans, limite une éternité entre lui et moi. Il fait rire les copains, leader, fait du rentre dedans aux filles, gentiment. Garçon vraiment pétillant, plein de vie. Plait aux filles de son âge. Beau garçon de son temps. Un jour, il m'avait demandé une feuille, c'est comme ça qu'on s'est connus. Parfois, il sort quelques vannes qui font rigoler toute la rangée. Bagou naturel. Il me fait marrer, facile de compagnie, pour autant que je garde naturellement certaines distances entre son monde et le mien.

Je grimpe les marches pour aller vers lui. Me voit. Me lance « Voilà ma petite vieille. » Sourire large. C'est con, très con. Il fait ça pour me taquiner, je le laisse faire. Il connait mon âge, autant rire de notre différence. Je répond : « ça va beau gosse ? Encore des filles qui te tournent autour ? » Me répond, abruti : « bah, évidemment ». Je roule des yeux, mi navrée/mi rire, j'enlève ma veste. Je fais coucou à Carine, gentille fille discrète, effacée, assise dans le fond de l'amphi, qui me fait signe de la main.

Mon sang fait demi tour dans ma tête, c'est magistral. Ces yeux verts eau qui me fixent. Vampirisent parfaitement mon âme, il est là. Je sens quelqu'un qui me tire le bras. Mathieu braille :

-« Manon, qu'est ce que tu fous ? Dépêche. Assieds toi, le prof t'attend, là. »

-« Merci Mademoiselle. Nous allons, ENFIN, pouvoir commencer le cours. »

Biensûr l'amphi tout entier se marre.

Certains pousseront jusqu'à applaudir légèrement.

Je meurs de honte. Je pourrai vraiment crever sur ma chaise. Mathieu qui n'en fini pas de me demander : « Mais qu'est ce que t'as vu ? Tu déconnes grave, ma vieille. T'as fumé ?» Je dis : « Rien, tracasse, je pensais à un truc. » Il répond : « Ouais, bah, la prochaine fois, pense assise, hein.»

J'ose pas me retourner, ni jeter un regard derrière moi. Pourquoi ? Parce que je sais qu'il sourit comme un con. Gonflé de tout l'effet qu'il vient de produire sur moi. Si je meurs de honte, lui doit s'élever à grande vitesse dans la fierté et atteindre des sommets, voir au-delà.

Après quelques minutes, dans le silence enrobant le cours, je tente un regard par dessus mon épaule. Je dois avoir l'air ridicule, tellement j'essaye de faire discret donc totalement grillée. Je le vois, me fixe avec un sourire narquois imprimé sur le visage. Les yeux dans les miens, il mime l'action d'applaudir. CONNARD.

Je veux le tuer. Je veux me tuer. Je ne sais pas ce que je préfère ni par où commencer.

Je pourrai commencer par éviter de m'enfoncer dans la connerie, ce serait une TRES bonne étape. En fait, la base.

Le cours se termine. Mathieu me demande si je veux aller boire un verre avec ses potes. Je dis non. Des trucs à faire. Il insiste. Encore et encore. Une âme de vendeur. J'accepte, ne serait-ce que pour qu'il se taise, qu'il arrête de supplier. Je suis dans tous mes états, que je tente de camoufler. Après tout, un verre, ça ne peut pas faire de mal, au mieux, j'en ai littéralement besoin. On s'en va, on fonce au café d'en face.

On s'assoit, on passe commande. Je pense à lui. Je bois mon verre, écoute vaguement les autres. Mathieu me demande à l'oreille : « ça va, toi ? T'as pas l'air bien depuis tout à l'heure... T'en fais pas, demain, tout le monde aura oublié ton rôle de statue à Pompeï. »

Qu'est ce qu'ils ont tous à jouer au connard, là ? Il se sont passés le mot ou quoi ? Un vrai festival de cons et ils sont de sortie aujourd'hui.

Je me lève, je dis que j'ai mal au ventre, que je vais aux toilettes. « ça va aller? » « Ouais. »

Je descend les escaliers, ouvre la porte, arrive aux toilettes. Me regarde dans la glace. Même mon propre regard, je ne veux pas le croiser. Je me passe de l'eau vite fait sur le visage, trêve. J'essaye de rester calme. Je prend le temps de me laver les mains. J'ouvre la porte.

-« ça va, Manon ? » Sourire à la con, regard de petit con, imposant. Suave.

-« Super, laisse moi passer. »

Le sourire s'efface, il susurre :

-« C'est qui ce crétin avec qui tu traines ? On copine avec la normalité, maintenant ?

Je fulmine. Je reste plantée là, à me retenir de pas lui griffer tout son foutu visage.

Appuyé, l'épaule contre la chambranle de la porte, las, il me regarde de façon hautaine. Lentement, de bas en haut.

- « C'est presque décevant de ta part... »

Plante son regard dans le mien, froid et désabusé. Et s'en va.

Cinglant. C'est une claque qui fait siffler les oreilles. Qui fait mal, vraiment. Mon coeur, il me l'a foutu en miettes, tellement c'est blessant. Sa façon de le dire. Sa façon de me regarder. Mais qu'est-ce que je fous, là ? Merde. Il n'est RIEN.

En fait, je me chiale dessus. Le seul mot qui tourne en boucle : décevant. Et chaque fois que je me le répète, ça fonctionne comme une nouvelle claque.

Je ne dirai rien à Mathieu. Sèche mes larmes, remonte. Dis que je suis malade, que je rentre chez moi. Il me propose de me raccompagner, je décline gentiment. Me dit de l'appeler au besoin.

Je sors, les rues sont désertes. Les rues sont remplies de monde.

Il n'est pas là.

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Guest Maitresteeve

Merde j ai failli avoir une envie forte de revenir au sexe vanille.....et puis ce petit con a cassé tous mes plans. Décidément c est pas pour moi la vanille.

Plus sérieusement, on ressent un tourment profond au travers de ton récit, un acte d écriture libérateur me semble t il. Mais je me trompe peut être. Donc non il n y a pas trop de détails, je crois même que tu pourrais en rajouter, car ça va plus loin qu un simple récit érotique.....

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J´ai rarement eu autant de plaisir à lire quelqu´un!!

Bien au-delà d´un texte érotique, ton récit libérateur (je rejoins MS sur ce point) prend aux tripes et on trouverait presque cette partie trop courte... En tous cas, ne te rrtiens pas pour la suite !

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Un titre des plus évocateurs, un titre qui marque profondément et dont tupeux jamais te défaire. Quoique tu fasses, ça te reviendra toujours pleines tete.

J'aurai pu meme me retrouver dans ce gars, du moins dans ta manière de le décrire au début, à l'écart des autres et tout ça.

Ton style est plus qu'agréable à lire, il est entrainant, rythmé, tes mots sont bien choisis, tes tournures de phrases sont directes. A l'image des chanteurs qui crachent leur dégout et leur haine du genre humain, t'as du te libérer en couchant tes mots pour ce texte.

Sur que t'es talentueuse, alors comme te l'écris Miel Manara, te retiens pas pour la suite.

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La deuxième partie est entrain de s'écrire, lentement mais sûrement. Ah bah oui, je dois plonger, n'est-ce pas. Donc, biensûr, ça va pas se faire facilement, ce texte... Mais il viendra. Tôt ou tard. Mais je plonge, plonge, plonge. Loin.

Et merci pour tous ces compliments, merci.

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Guest Tendre émoi

Punaise !

Voilà une qualité d'écriture rare !

Un vrai roman, oui, mais sans longueur...

Il y a une part de vécu dans tes récits ?

Et s'il n'y en à aucune, je serais encore plus admiratif...

Un mot, un seul : la suite !!!!

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Deuxième partie. Plus courte. Pour les coriaces... je règle mes comptes avec les vieux fantômes. Dans le texte, moi et les autres. Une part de chaque personne sur ma route est dans ces lignes. Bonne lecture. Autant que faire se peut. Qui m'aime me suive...

Je sèche les cours toute la semaine. Toute façon, je suis censée être malade. En vrai, chez moi, je tourne en rond. Lionne en cage. Et je rumine, un maximum. Ce que j'aurai dû dire, faire, refaire, ne jamais avoir dû faire. Ça n'en fini pas, s'étale sur de longues heures, à ralonges. Des journées entières. Puis s'estompe, petit à petit. Par fatigue.

Il est 23h30, on sonne chez moi. J'habite dans un appart, mais pas d'interphone. Obligée de descendre. J'ouvre la porte.

- «Manon Manon Manon... Ma Manon, te voila. »

Je fais volte-face, reclaper la porte, vite. Il la repousse. Et il est vraisemblablement éméché. Très. Je lui demande ce qu'il fout là, comment il a eu mon adresse.

- « Ton super copain, Maxime.. Mathias ? Mmm... Mattéo ?! Mathieu ! Mathieu... Ah ouais, Mathieu... C'était Mathieu. Je lui ai dis que t'avais oublié un truc chez moi, un jour. Quand t'étais venue... Tu te souviens, hein ? Tiens, ton livre. »

Il me dit qu'il ne se sent pas bien.

- « Vraiment, j'en ai rien à foutre. Dégage de chez moi ou crève devant la porte, comme tu le sens, pour moi c'est pareil. Salut. »

Il rit.

- « Tellement, tellement véhémente... Piquante. » Regard de braise;qui me bouffe. Se ravise. « T'as pas une clope ? »

J'y crois pas... J'y crois pas.

- « Mais si, biensûr. Après, tant qu'à faire, tu voudrais pas une pipe, aussi ? Des clopes, j'en ai pas »

- « Faut dire que tu sais y faire et pour la pipe, ce sera pas de refus. En ce qui concerne la clope, t'es bien entrain d'en fumer une, là, non ? »

- « Ouais, mais j'en ai pas sur moi. »

- « Pas grave... » Directement, me pique la mienne, coincée entre mes doigts. La porte à ses lèvres, ne me décroche pas du regard, tire une bouffée, aspire puis crache la fumée en l'air, tout semble hyper lent, langoureux. Même sa façon de fumer est érotique... regarde le bout de la clope, souffle un coup dessus pour faire voler les cendres.

En me la rendant, en un clin d'oeil, il se penche vers moi et sa bouche se niche près de mon oreille. Voix basse, murmure, susurre :

- « Merci, jolie Manon. Très excitant de poser mes lèvres où tu poses les tiennes. » Fait frôler ses dents et bref coup de langue, limite imperceptible, sur le lobe de l'oreille.

Et s'en va.

Fureur. Rage. Désir. Ça bouillonne.

Lundi, reprise des cours. Le matin, je me surprend à m'appliquer pour me maquiller. Au début, je m'en rend pas compte. C'est après, quand j'ai réalisé que je pensais à lui en même temps. Pauvre petite marionnette. T'en mènes pas large, tu ne sais même pas son nom. Je ne me supporte pas.

J'arrive au cours en retard, ne le vois pas, Mathieu non plus. Me fais discrète pour me trouver une place. Le cours défile, ennuis, grosse envie de pisser. L'attente est longue jusqu'à la délivrance. A la pause, je me précipite aux toilettes, fais la file. Je m'attends presque à le croiser. Ça vire à l'obsession. Ça en devient complètement ridicule.

Je retourne au cours. Je ne sais pas si je suis déçue ou soulagée de ne pas le voir. Ça me donne la sensation de vacances, de me recentrer. Même si j'ai conscience que c'est purement éphémère. Presqu'un leur.

Midi. Cantine. Place dans le fond, loin. Seule. Je le vois qui arrive. Il me voit. Ok, nous y sommes, c'est reparti. Il sourit, moi pas. Je ne veux pas de scandale, rien, je veux bouffer en paix. Ne pas me sentir mal à l'aise, pas ici. Biensûr, il fonce vers moi. Tire la chaise, s'assoie.

- « ça ne te dérange pas, j'espère. » Sourire charmeur. Plein d'assurance.

Je ne répond rien. Il me gonfle. M'irrite. Je me demande déjà comment je vais faire pour me dépêtrer. Parce que je sais qu'encore une fois, il ne va pas me rater.

Il remonte ses manches vers les coudes. Me regarde, tout sourire. Semble presqu'être un type sympa, de très bonne humeur. Pose son coude sur la table, son visage dans la main. Visiblement, il veut faire la conversation tout seul :

- « Alors, dis moi Manon, comment ça va aujourd'hui ? »

Je le fusille du regard. Il ricane. Fais semblant de faire une mine boudeuse de petite fille.

- « Mmmh... Alors comme ça, on boude ? On n'est pas contente de me voir ?! » Sourit largement, satisfait. Aujourd'hui, il a décidé de faire chier son monde. Moi, en particulier. Et il est en pleine forme.

Je ne dis toujours rien. Je le regarde, passablement énervée, fatiguée de ce cirque. Je me sens coincée, je ne veux même plus luter. Il regarde un peu autour de lui, toujours dans la même pose, souriant tranquillement, ne s'en va pas pour autant. Prend le temps, apprécie.

Puis je les vois. Fines lignes rosées qui ne chopent pas directement les yeux. Anciennes. Points de suture sur peau laiteuse. Baisers de la mort sur les poignets délicats. Il ne voit pas que je le regarde, toujours à scruter la cantine. Talon d'Achille. Matière. Au scalpel, autopsie. Ta douleur, tu vas la comprendre.

- « Et toi, ça va ? »

Tourne sa tête vers moi, un peu étonné. Puis me lance un regard comme si un expert en échec s'apprêtait à anéantir un novice. Prêt à jouer. Profite bien de son moment.

- « Wow, elle parle, la petite Manon. Quand je te vois, ça va toujours, mignonne. T'es belle quand tu es en rogne, ça me va. »

Je le regarde droit dans les yeux, un instant. Je tourne la tête, regarde un moment par la fenêtre, mesure. Fais un genre de « oui » de la tête. Un air entendu. D'accord.

Je me redresse sur ma chaise. Tourne la tête. Me mets à sa hauteur. Je le regarde, son sourire aligné, serein.

- « Sinon, ça t'arrive souvent d'essayer ton argenterie sur tes poignets ? »

Ne bouge pas de position, son visage toujours dans sa paume, le sourire fais une petite marche arrière. Par contre, la voix change, descend de quelques tons, on est à quelques pas du murmure. Les yeux plantés au fond des miens, froids, dit calmement:

- « ça, petite Manon, ça ne te regarde pas. » Fini dans un petit sourire. Regard qui met en garde, imposant.

- « Oh, mais que du contraire. Que du contraire... » Je plante mes yeux dans les siens, je démarre:

-« Qu'est ce qui s'est passé ? On a eu envie de se flinguer ? On a pas eu le courage de réussir son coup ? On rechigne à vivre, on est pas content ? Attend, laisse-moi deviner ! Papa/maman méchants avec toi ? Un passé de chiottes ? Des années à se chialer dessus, tout seul ? Quand t'étais petit, je suis sûre que tu t'en es pris plein la gueule, hein ?! Un petit garçon frêle, malingre, teint malade. Santé fragile. Celui qu'on choisi toujours en dernier au cours de gym. Par dépit, obligation, certainement pas par sympathie, encore moins par pitié. Mauvais en sport, plus malin en français. Gamin qui tourne en rond dans la cours, toutes les récrés. Celui qui porte des lunettes un peu moches. Qu'on ne sait pas dire si il est mignon ou pas. De toute façon, en fait, on ne le regarde pas. Puis un jour, quand même, y a une fille qui a posé les yeux sur toi. Celle qui deviendrait la première petite copine. Mais pour commencer, la bonne amie, hein. L'époque où t'étais tellement mal que t'arrivais encore à être gentil. La fille, c'est pas la plus jolie, c'est celle qui est dans le fond de la classe, qui sait vaguement à quoi ressemble un mec à poil mais qui a bon coeur. Drôle, inoffensive. Celle près de qui on se sent un peu compris, chez qui on trouve refuge. Celle qui devient notre monde, plus que chez soi. Plus que notre propre maison où on a grandi. T'as grandi ou on t'a écrasé, dis moi ? Mais un jour, la fille en question, elle est partie. Elle s'est barrée. Elle t'a laissé là, où t'as toujours été, d'où t'as jamais su fuir, finalement. C'est peut être ce soir-là que t'as décidé de plier bagage. Mais pas de bol, t'as loupé le tir, même avec les veines éclatées et le déjeuner aux comprimés. Visite et séjour en all-in à l'hosto, petit coma. T'as pris combien de pilules ? Lesquelles, dis moi ? Tu t'es trompé avec l'aspirine ? Est-ce qu'elle est venue te voir ? Non, je parie que non. Elle est partie avec le beau mec. Celui qu'elle ne penserait jamais avoir. Après, t'as décidé de te venger, pas vrai ? Mais tu ne l'aimes toujours pas plus, la vie, hein, dis? T'aimes rien. Ni la vie, ni les autres. Rien. Tu vis sans filet, rien qui te raccroche. La seule chose qui te tient en vie, au bout du compte, c'est de faire mal. Mais laisse-moi t'enseigner une bonne chose. Le plus pathétique, c'est qu'effectivement, tu fais du mal... et avec excellence. Bravo, toutes mes félicitations. T'apprécies l'effet, tu savoures chaque tournure, chaque provocation, chaque claque affligée à l'autre. A l'autre... Mais t'as toujours pas compris que c'était toi que tu visais. Parce que, vois-tu, la haine qu'on sert aux autres, elle commence par celle de soi. La pire de toute.

Alors, tu peux jouer au fanfaron devant moi, continuer et y aller gaiement. Vas-y, surtout ne te retiens pas. Mais je vais te dire, la vie, je l'ai vissée au corps. Je l'ai traversée, même dans le pire, dans les kilos perdus. Quand on chiale en pissant, en mangeant. En se réveillant au petit matin, se demandant comment l'air parvient encore à soulever nos poumons. Appelle ça le privilège de l'ancienneté. Parce que oui, si t'es un coriace pour troubler l'autre, tu vaux pas un rond à côté de ce que j'ai traversé. A côté de moi, t'es de la pisse de chat. Je te connais, mon vieux. Chaque tréfond, chaque humiliation, chaque chemin où l'on erre. Je te connais mieux que toi même. Mieux que ta propre mère. Alors, après ça, tu veux me montrer que t'es un vrai ? Un dur ? Je parie qu'un câlin te vrille plus le coeur qu'une séance de baise, n'est ce pas ?! Allez, du courage, celui que tu évites. Reviens chez moi, pour voir ! Viens t'allonger sur mon canapé. T'oublier. La porte est grande ouverte. Mais t'aurais trop peur de me montrer tout ça. Au fond, tu meurs d'envie qu'on t'aime.»

Il ne me regarde plus. Il est de profil, il regarde par la fenêtre. Scrute le dehors. Fixe. Rien sur les joues, pas de larmes. Livide. Stoïque. Mâchoire serrée.

Je termine :

- « Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai des choses à faire. » Il ne détourne toujours pas le regard, comme si j'avais parlé dans le vide. Je prend mes affaires, me lève. Rien, aucun signe. Mes affaires dans les bras... Le regarde.

Je m'en vais.

Dans ma tête, de façon triviale, toutes les pensées s'emballent : « J'ai été trop loin ? Non, il l'a cherché. Il va faire quoi ? J'ai bien fais de dire tout ça ? »

Tour à tour : je regrette, j'assume, je persiste et signe, le revoir, pas le revoir, le chercher ou pas, s'affronter ou non. Que faire de ce vide, là, maintenant ? Est-ce vraiment du vide ? Ou le calme avant la tempête ? Est-ce un vertige ? Quelle route va-t-il choisir ? Sur quel chemin ai-je décidé de marcher ? Suis-je à côté de l'abîme ou au contraire, est-ce qu'irrémédiablement, je me suis jetée dedans. En bas, il y a quoi ? Chute libre. En bas, y aura qui ? Est-ce qu'il sera là ? Est-ce qu'en bas, il y a de la lumière ? Est-ce que c'est laid en bas ?

J'en ai la nausée, je frise la migraine. Machine qui se met en marche ou machine qui devient folle ?

J'en tremble. Amélie Nothomb a écrit Stupeur et Tremblements. Je réécris le scénario, je garde le titre. La stupeur, les tremblements, sentir l'âme se tordre, se tendre. Est-ce qu'on entendra un bruit de déchirure ?

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Ca a du bon de crever l'abcès.

Une plume des plus incisives, une plume qui peut parler à n'importe qui de ce forum.

Tes tournures de phrases me plaisent beaucoup, bref, j'aime aussi cette deuxième partie.

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Ça change de ce qu'on a l'habitude de lire....

Le thème est particulier et donne une impression de vécu.

Et j'aime beaucoup, autant ta façon d'écrire que l'histoire.

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Guest Maitresteeve

ça tourne à l'essai littéraire ton histoire là......

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Guest jeanmimel

Ouch.... Une claque.

Une gifle

Une blessure profonde.

Un style magnifique, des phrases cisellées au scalpel....

Magnifique.

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Du vrai, du vécu. Un ressenti très vivant, une profondeur d'analyse de l'autre, . Je ne sais pas exprimé l'admiration que j'éprouve à la lecture d'un texte écrit avec autant de talent. Des phrases courtes, des mots toujours justes et préci pour décrire les situations et les sentiments. Merci pour ces textes magnifiques.

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Tu sais manier les mots et mettre tes émotions à nu avec un talent rare. Au délà de l'espect amoureux, c'est tout simplement un texte splendide.

C'est cela, le talent.

Ca rend humble...

Et tu vas faire fondre bien des gens en te mettant ainsi à nu :)

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Guest Eva96

Vraiment sublime texte ! Fort, qui sonne juste ! J'adore !!!

Merci pour ce texte que tu nous offres. Tu as un réel talent, tu nous embarques avec toi et nous retiens, scotchés à tes mots !

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Troisième et dernière partie. Bref. Je sais pas trop quoi dire. Au vent. ça tombera où ça tombera.

Quitte à se vautrer, autant le faire à fond. Quitte à aller dans le mur, faisons-le avec panache. La sagesse, je l'ai rangée, il y a longtemps. Ou peut être que je ne l'ai jamais eue, que je n'ai jamais eu le droit de l'avoir. Que je ne veux pas l'avoir.

Quoi mettre ? Robe ? Le traditionnel jeans-petit haut-ballerines ? Petite jupe-petit haut-petit chignon-petits talons hauts ? Préoccupations risibles typiques de fille qui va voir un garçon. Même le plus désagréable au monde. Ou est ce que c'est moi qui suis risible ?

Cerveau à la con qui essaye de tout comprendre, tout contrôler, tout savoir. Mais de quoi t'as peur fillette ? Qu'est-ce qui te fout donc tant la trouille que ça ? Qu'est-ce que tu as peur de voir ? Des fois qu'on se demanderait si t'as grandi, vieilli, pris de la hauteur...

En même temps, je m'habille. Je mélange tout. Petite robe-ballerines-petit chignon. Bref, je m'habille comme l'âge dans ma tête. Je dois pas dépasser les 18 ans. Une gamine.

Il est 20h. Je marche. En fait, j'habite pas si loin de chez lui. Autant marcher, autant faire les pieds. Marcher, ça a toujours rythmé ma pensée. Le physique bouge, le cerveau ralenti, trie facilement.

Plus je me rapproche, plus je me regarde dans n'importe quel reflet. Vitres de bagnole, vitrine de magasin voir les flaques d'eau. Qu'est ce que tu vois, Manon ? Qu'est ce que tu vois ?

Dans le foulée, pour que ce soit encore plus cool à vivre, ma poitrine se comprime. Putain d'angoisse de merde, j'ai l'impression d'aller volontairement à l'abattoir. Y a plus sexy, moins angoissant, plus ennuyeux à vivre, certes.

Je me pointe devant sa porte. Je la regarde en haut, en bas, sur les côtés, au milieu, en diagonale, en horizontale et verticale, environ 1min30. Pas qu'elle soit exceptionnellement belle, non non, elle me fout juste une trouille bleue. Y a des gens, quand ils vont chez d'autres, ils ont l'impression de cogner aux portes du paradis. Un peu comme le chantait Bob Dylan. Moi, j'ai l'impression d'être aux portes de l'enfer et ça rigole moins. Je regarde encore un peu la porte comme une sorte de Sésame inversé. Sait-on jamais que ça s'ouvrirait rien qu'à ma présence. Diagonale, horizontale, en bas, au milieu, en haut...

Il est à sa fenêtre, il fume sa cigarette, il porte des lunettes et il me fixe de là-haut. Pas de sourire, rien, posé. Chez lui. Son territoire. Mais je cerne bien qu'il m'a vue entrain d'étudier sa porte.

Ses lunettes. Le con. Lorsque tu es toi-même, sais-tu... Est-ce qu'il sait ?

Y a pas un son qui sort. Tous les mots sont calés dans ma gorge. Tétanisée. Il sait que je veux le voir, difficile de cacher ça. Bien que vouloir soit pas vraiment le bon mot. Je veux ou pas ? Bon dieu, Manon, cesse.

Il jette sa cigarette. Reste droit devant la fenêtre un instant, à me regarder. Moi, je suis en bas, toute petite. Il referme sa fenêtre en me regardant, je ne le vois plus.

J'attends. Je ne sonne pas. Je me dis que ça ne sert à rien. Si en plus, je me fais passer pour la chieuse de base qui traine un bruit derrière elle... J'attends. J'ai froid. J'attends. En haut les lumières s'éteignent. On ferme.

Là, je me dis que c'était inévitable. Dedans, ça se fissure. Dans la poitrine, ça se déchire à gauche. Et j'aime pas ça. J'aime pas ça du tout. Vieille douleur, vieille plaie qui se découd. Vieille plaie qui ne veut pas cicatriser. Vieille plaie qu'on en fini pas de triturer. Vieille plaie qu'on s'applique à garder saignante. Pas rosées, pas anciennes. Talon d'Achille. Ma douleur, oui, je viens de la comprendre.

Ouverture des vannes pendant que mes pieds, eux, font sens inverse. Pendant que je retourne d'où je ne suis jamais partie, d'où je n'ai jamais su fuir. Ma taille fine, mes os frêles. Porte fermée. Jamais ouverte mais prise à la gueule, comme on abandonne. Elle ne fait pas du bien. Elle est cruelle. Le maquillage qui fait la gueule. Les reflets, je les évite. Même les plus petits. Pas voir. Raser les murs.

J'ai 8 ans. Je chiale mes 8 ans du haut de mes 28. C'est fou, comment on ne veut pas grandir. C'est fou comme on s'arrête. La distance, qu'on tient, qu'on tend, comme elle revient, comme elle nous claque entre les doigts.

Je chiale. Il fait noir et je chiale. J'ai un côté extrêmement pathétique, ce qui rend la chose d'autant plus insupportable. A 8 ans, ç'aurait été mignon. Là, je fais à fond dans le requiem alors que je devrai avoir passé l'âge. Ou pas loin. Si on veut me voler un truc, c'est le moment. Si on veut m'agresser, y a pas meilleur instant. En fait, je viens d'avoir les deux. Le pire, c'est pas quand on vous vide les poches.

Je vois trouble. Eau salée des larmes. Je veux pas rentrer chez moi. Rentrer, c'est à la fois abdiquer et voir le truc en face. Je tourne en rond. Je vois pas la marche, je me tord la cheville. A ma mort, Seigneur, tu me devras une putain d'explication. Et j'espère pour toi qu'elle sera bonne.

Le cul sur le pavé, poupée de chiffon.

- « Alors Manon, a quel âge est ce qu'on t'a envoyé te faire foutre ? Papa, maman ? Les deux ? Papa. Ça aussi, hein, ça te vrille le coeur... 2 syllabes qui te foutent en ruines. Fondation assez bancales, je dirai. Toujours toute seule, la cavalière. Tête haute, belle jeunesse, oui c'est ça... Tête haute et surtout ne regarde pas en bas. Vas-y, apprend-moi comment tu oublies. Et chez toi ? T'es sûr d'avoir grandi ? D'avoir la vie vissée...Attend, comment tu disais déjà ? Vissée au corps, ouais... Ou on t'a étouffée dans le silence ? Dis moi, grande prêtresse de la vérité qui crache son venin comme si il était salvateur, unique, est-ce qu'on t'a regardée ou entendue, toi ? Ta camisole de force, c'était qui ? Ta mère ? Celle qui gère le chaos en silence, dure, cassante, qui subit ? Madame solitaire, madame véhémente... Madame qui fuit les autres. La bonne affaire... La haine de soi, et tu me dis que je veux qu'on m'aime. Et toi Manon, quand on veut t'aimer, où est ce que tu vas ? Ton discours sur la haine de soi... Et la peur, ma grande ? Celle qui te tenaille, t'en fais quoi ? Tu fuis qui ? Toi, ou les autres ? Parce que, je vais te dire aussi un truc que je connais bien, tu sais, quand j'étais entrain de plier bagage un fameux soir, entrain d'essayer mon argenterie sur mes poignets, pendant que j'avalais l'aspirine... Tu sais pas la meilleur ? La peur des autres, elle commence par celle de soi, aussi. Mais ça, tu le sais, n'est-ce pas. Tu le sais. Et tes discours, tu te les appliques ? D'ailleurs, quand tu essayes de me voir, quand je t'intrigue, quand tu me suis, Mademoiselle, tu viens chercher qui ? T'essaye de sauver qui ? Moi ou la gamine qu'on a oubliée ?

Alors tu vois, moi, je crois qu'au fond, tu veux pas être toute seule. Et je ne t'ai pas menti, j'aime bien te voir en rogne. J'aime bien aussi te voir sur le pavé, comme une conne, entrain de te chialer dessus avec ta cheville en vrac... »

Coup de sang. Ma cheville, j'en ai plus rien à foutre. Je vais te tuer, je vais me relever et je vais te tuer. Debout, furie. La main qui part à toute vitesse, qui s'écrase sur une joue. L'autre cogne, cogne, cogne dessus. Les sons dans la gorge qui s'échappent enfin, incontrôlables, les miens. Quand tout se réveille. Quand on tombe. Quand la chute n'en fini pas. Quand on nous pousse au-delà du bord. Ses mains, des étaux sur mes poignets. Quand il me secoue, quand il se débat. Quand j'y arrive plus. Quand je ne tente même plus et que le mur est contre mon dos.

Le regarder, j'y arrive pas. Je pleure toute seule, les bras dans ses mains qui serrent, entre lui et moi. Je suis en bas, dans la faille, mais je m'entends pleurer comme ça faisait longtemps que je ne m'étais plus entendue. Et qu'il me demande, si je veux savoir pourquoi il aime bien quand je perd pied, quand je râle, quand je lâche tout... Je veux pas savoir, je veux pas recevoir le coup de grâce. Ah vraiment ? Es-tu sûr ? Autant t'achever.

Il me lâche les mains, j'arrive encore à me débattre, petits soubresauts de vie. Juste pour dire... pour la forme. J'arrive encore à être capable de ça. A me débattre contre moi-même. Me remettre les bras le long du corps. Etre debout parce qu'il nous maintient. Se calmer. Laisser tomber. Ne même plus y penser, ni trouver la force d'y penser, de bouger. L'air dans les poumons qui soulève la poitrine et qu'on se demande comment c'est encore possible, ah oui... Regarder mes pieds et voir le sol, le fond.

Et ce silence qui tombe. Plus de bruit, plus de mal. Le bruit des voitures, le bruit des gens, des terrasses ouvertes pour les courageux, de verres qui tintent, des rires, de l'ennui, des talons qui marchent, des klaxons, des garçons qui sifflent, des filles qui se retournent, des pas lents qui trainent mais qui sortent quand même promener le dernier compagnon. Et son souffle chaud contre ma joue. Comme une main rassurante, comme celle de notre grand mère quand on revenait en pleurant le genou écorché. La main du père qui caresse des cheveux quand on sort d'un cauchemar, les bras qui vous serrent, qui vous calment, qui vous bercent doucement. Quand on revient dans le berceau. Quand on entend la voix qui nous fera passer la nuit en paix. L'épaule d'un ami sur qui on s'effondre sans retenue. Et des lèvres qu'on aime qui s'abattent sur le front. Sur vos joues, sur vos lèvres.

Quand on hésite mais qu'on dit oui. Quand on répond au baiser. Quand on laisse l'autre s'engouffrer, que la douceur caresse votre langue. Qu'on a peur qu'il s'en aille, qu'on retient contre soi. Quand il commence à faire chaud même en plein hiver. Qu'on veut sentir 37° de peau contre la paume de la main. S'oublier quand l'autre existe sous les doigts. Quand on en redemande avec la bouche, en silence. Qu'on se tait et qu'on savoure. Quand l'autre vous habite, fais ménage. Qu'il vient dans le cou. Qu'il s'arrête, que vous allez rechercher. L'inviter chez soi avec plaisir. Mets toi à l'aise. Quand ça vous soulève, que vos bras se nouent autour de sa tête. Que vos jambes enserrent la chaleur des reins. La main fébrile qui touche la peau du dos comme elle touche du velours. L'aimer. S'embrasser comme on revient à la vie. Qu'on veut plus, plus loin que la surface, plus loin que les limites du corps. Le soyeux des cheveux, le duvet dans la nuque. Le rêche d'une joue qui frôle le cou. Une main qui revient au sein, comme un vieux souvenir. Naturel. La poitrine affamée qui se donne même sous le tissu. On fait comme on peut. On fait comme on veut. Ouvrir les yeux, le voir enfin. Comme il aime, nous regarde. Comme on se reconnait. Comme l'envie. Se cramponner à son petit bonheur. Aux épaules, serrer contre soi. Devenir nue en bas. Creux, avide, vaste, à combler. L'autre qui est au bout du chemin, qu'on voit au loin. Qu'on distingue. Quand la silhouette nous rend dingue. Que ça donne envie de courir le rejoindre. Qu'on attend. Qu'il vienne, qu'il fasse la distance, qu'il retourne d'où il vient, d'où je suis venue. Dans le ventre du monde, dans celui d'une femme qui décide de vous aimer, même pour un soir. Voir la nuit, les yeux fermés. Avoir trouvé le chemin, faire place au fond, prendre l'espace, encore et encore. Sentir bouger en soi et comme ça nous submerge. Chaque fois un peu plus. Prendre l'autre et prendre conscience qu'on l'aime. Le laisser nous prendre, plonger en nous. Dire qu'on l'aime, avec les yeux, la bouche, la langue. Et l'entendre dans le froissement des vêtements, dans le souffle, dans le bruit des baisers, dans les plaintes tendres de l'autre du début, qui finalement déclarent. Qu'on touche le fond, le sien le mien. Qu'on touche à la dernière limite et qu'on franchit la ligne. Qu'on exulte dans le dernier renfoncement. Tomber plus loin que l'horizon. Vaste, majestueux, de beauté, faire un tour au paradis et voir à quoi ça ressemble. La petite mort qui nous donne à voir. L'autre et se trouver soi.

Ah. Oui. C'est donc ça, faire l'Amour... La vie, toujours, comme on y revient. Quand on a -eu et fait- tellement mal, qu'il ne nous reste, enfin, plus qu'à faire du bien.

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Tu es une fille de détail, mais tu as raison de l'être.

C'est un beau récit que tu nous offres là.

J'y ai vu ton héroïne (et certainement un peu toi) se dessiner sous tes phrases courtes et nerveuses.

J'ai aimé percevoir ses émotions, ses déceptions.

C'est vrai que ce texte agit comme une brulure.

J'ai ecrit ce commentaire après avoir lu le premier chapitre, sans réaliser que tu avais publié les 2 autres,

que je vais m'empresser de dévorer.

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Guest Tendre émoi

On prend une gifle à chaque nouveau texte...

C'est beau, c'est triste à en crever, ça remue les tripes...

Heureusement les derniers mots résonnent comme une lueur d'espoir.

J'ai beaucoup aimé te lire, j'adorerai lire ta plume au service d'un texte plus joyeux, voir que ces maux qui te dévorent, que les mots que tu as su si bien employer pour les décrire, sont derrière toi, assumés, acceptés...

Et que la vie t'offre aujourd'hui de jolis moments...

Vivement un nouveau texte !

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wouahouuu !! j'ai tout lu d'un coup tellement il ma pris au tripes

j'en eu des frissons et les yeux humides (oui je dit bien les yeux ^^ )

magnifique récit bravo

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Ce n'est pas bien de savoir à ce poit immerger ses lecteurs dans le plus profond de tes émotions, vilaine fille !

Comment vais-je faire pour m'en passer maintenant ?

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