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Orchidée

Défi n° 5: Amnésie "Plongeon dans l'inconnu"

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Mon cher journal,

Cet après-midi marque le début d’une grande aventure, rien ne saurait gâcher ce moment particulier, pas même la pluie d’orage déversant un déluge tiède sur Paris. L’ondée ressemble au contraire à un prétexte venu du ciel lui-même. Ma décision est prise, personne ne contrariera mon projet d’isolement.

Je t’aime déjà, superbe cahier à la couverture anthracite cartonnée en imitation cuir. Il me reste à te confier ce que je ne saurais dire aux parents ou aux médecins.

Pour commencer, laisse-moi récapituler ma vie en quelques lignes.

Je ne suis pas née dix-huit ans plus tôt comme l’indique ma carte d’identité, mais il y a quelques semaines.

Que sait-on de l’amnésie ? Rien, sinon qu’elle est causée par un traumatisme. On m’a trouvée, on m’a amenée dans cette clinique privée ultramoderne, je suis restée dans le coma pendant trois mois.

Mon réveil a été douloureux. Au moins suis-je réveillée, ce qui a causé une certaine surprise dans le service puis un grand état d’excitation parmi le personnel médical. J’ai ouvert les yeux et… Et rien !

Alors mon hurlement a fait sursauter la femme en blouse blanche occupée à me laver avec une grosse éponge. Bien vite l’aide-soignante a réagi selon le protocole, avertissant l’infirmière qui allait à son tour prévenir les médecins.

« Bonjour Chloé. »

Chloé… c’est moi ?

Voici comment je suis née une seconde fois.

Très vite des gens se sont présentés comme mes parents, les mains chargées de photos et de souvenirs. Sans mettre leur bonne foi en cause, il m’est impossible de répondre à leur amour tant le mystère plane sur mon ancienne vie. Je les appelle papa et maman pour les remercier de leur gentillesse, car cela m’aidera peut-être à retrouver mon passé ; cependant je ne ressens rien de particulier en leur présence, ils restent des étrangers.

Puis ils ont exhibé Lucas, un grand jeune homme plutôt timide, comme étant mon petit-ami. J’ai bon goût si c’est le cas. Si, puisque la présence de l’athlétique beau brun au visage carré n’attise aucun trouble en moi. J’aurai préféré qu’ils m’amènent un chien.

Après deux autres mois en clinique nécessaires à la rééducation de mes muscles et à la découverte du monde à la télévision et dans les journaux, on me permit de rentrer à la maison.

– Un accompagnement est nécessaire dans son état, annonça le médecin à ma mère dubitative. Une infirmière de la clinique va vous accompagner. Dès demain, je vais prévenir le cabinet libéral d’un de mes amis, une infirmière à domicile viendra passer beaucoup de temps avec votre fille. Elle saura vous conseiller et veiller au moral de Chloé.

Tout le monde s’attacha à ma réaction en pénétrant dans le joli pavillon du XVIème arrondissement de Paris. Toutefois, revenir chez moi ne réveilla aucun souvenir, et maman dut me guider jusqu’à ma chambre.

« J’ai envie d’être seule », fus-je obligée de lancer à Lucas qui voulait s’inviter sur mes talons dans mon domaine. Ce premier instant m’appartenait, je ne voyais pas l’intérêt de le partager avec un garçon qui me laissait indifférente.

– Oui mais je veux être avec toi comme avant, supplia-t-il en tentant d’accrocher chez moi un démenti qui ne vint jamais.

– Avant n’existe plus. Alors arrête de me coller.

Ce moment particulier devait me permettre de découvrir ma personnalité – ou de la retrouver avec un peu de chance – à travers le mobilier et la déco de ma chambre, du moins en étais-je persuadée. Aussi la solitude s’imposait afin de dissimuler une éventuelle déception. L’infirmière congédia mes parents et Lucas puis s’appuya au chambranle de la porte comme une sentinelle. Je la remerciai d’un sourire avant de me focaliser sur ce qui avait été et redevenait mon univers.

J’en sortis désappointée quelques instants plus tard. Bien que jolie et agréablement meublée, la chambre n’avait pas réveillé les souvenirs espérés.

Une infirmière se présenta le lendemain, qui s’attacha à mes pas avec habileté afin de ne pas sembler collante. La jolie brune d’une trentaine d’années se comporta comme une bonne copine d’enfance, de celle qui parait indispensable dans un décor, qui donne sans rien exiger. Lucas en fit évidemment les frais, se voyant refusé le statut de confident privilégié. Je me demandais pourquoi mes parents m’imposaient la présence de ce mec trop saoulant à mon goût, qui avait tenté de m’embrasser à maintes reprises sans s’occuper de savoir si j’étais consentante ou non. J’en fis part lors du déjeuner auquel maman l’avait bien sûr convié. Je réussis avec fermeté à obtenir que Lucas reste chez lui à l’avenir.

Deux jours plus tard Agnès l’infirmière proposa un après-midi shopping afin que je reprenne les repères que ma mémoire avait occultés. Voila qui me plaisait, autrement que de supporter les approches vulgaires de mon voisin soit disant « petit ami ». Je partis ainsi à la découverte de Paris le cœur léger. Je décidai de la tutoyer, ce qui ne parut pas gêner ma nouvelle amie chargée de me ramener à une vie normale.

Mon cher journal, quel moment fantastique ! Nous nous sommes amusées comme des folles. J’ai repéré au rayon lingerie d’un grand magasin un soutif super, qu’il me fallut bien sûr essayer sans attendre. J’avais invité Agnès dans la cabine en toute innocence, comme cela se passe entre nanas ; je ne voulais pas m’exhiber en petite tenue dans le magasin pour lui montrer le résultat.

– Tu es bien dedans ? demanda Agnès en glissant un doigt entre ma poitrine et le soutien-gorge afin d’apprécier le tissu.

J’allais répondre quand une vendeuse tira distraitement le rideau de la cabine. Son air interloqué face au geste innocent de mon infirmière en dit long. Sans chercher à comprendre, cette femme ne voulait voir en nous que des gouines en train de se peloter dans « sa cabine ». Quelle pruderie ridicule !

Il eut été facile de la détromper, mais bien moins amusant. D’un geste je saisis le poignet d’Agnès qui ouvrit la main de surprise. Occupée à rougir en dévisageant la vendeuse, elle ne vit pas mon désir de provocation et je collai sa main sur mon sein. Par réflexe sans doute ses doigts le palpèrent délicatement, mon téton durcit sous sa paume. Pour le coup, l’infirmière se retrouva aussi interloquée que la vendeuse. Pourtant Agnès joua le jeu. Quand plus tard je lui ai expliqué la raison de mon acte, elle s’en amusa, même si une certaine gêne fut longue à se dissiper.

Le soir dans mon lit, il me parut impossible de chasser ce souvenir ; l’empreinte de sa main sur mon sein enfiévrait mon esprit.

Le lendemain et les jours suivants permirent à notre complicité de se développer. Dans ses rapports aux parents, en bonne infirmière elle expliquait que le déclic pouvait se produire n’importe quand, ou ne jamais se produire. Moi ? Je m’en foutais un peu de retrouver la mémoire puisque la vie présente me comblait. Agnès arrivait le matin, passait la journée avec moi sans jamais donner l’impression de vouloir être ailleurs, puis rentrait le soir après dîner.

Mon cher journal, que te dire des derniers instants qui mérite l’encre pour l’écrire ? Agnès travaille six jours puis en a trois de repos. J’ai donc passé le reste de la semaine en compagnie d’une autre infirmière, gentille mais avec qui je n’ai pas d’affinités.

C’est fou comme elle me manque. Hier soir un trouble bizarre s’est emparé de moi au moment de me mettre au lit. Je me suis couchée énervée et le sommeil a été long à venir.

Quand la lune blanche découpa sa silhouette devant la fenêtre de ma chambre entrouverte, Agnès me fit signe de garder le silence. Par quel miracle pouvait-elle se tenir là, si belle en enjambant la traverse avec précaution. J’aurai aimé savoir, mais nulle question ne franchit mes lèvres par crainte de briser le charme de l’instant.

Sa robe a glissé, dévoilant ses rondeurs à mon attention. Dans son cou la grosse veine avouait l’affolement de ce cœur dont je cherchais inconsciemment la clef. Ses seins, à peine plus gros que les miens, affirmaient une arrogance toute féminine. Mon regard en suivit le dessin jusqu’à l’arrondi de la hanche puis se focalisa sur la toison bouclée de son mont de Vénus.

Elle s’est allongée sous le drap lisse, son corps a épousé mes formes. Sa bouche sur la mienne me montra la voie, révélant la douceur sucrée d’un fruit de saison. Ses mains, papillons distrais, virevoltèrent à la découverte des endroits sensibles dont le souvenir s’était évaporé avec le reste de ma vie. Aussi avide de comprendre qu’ignorante de ces choses, je lui offris soumise mes premiers émois avec une confiance aveugle.

Une fabuleuse perception irradia soudain chacune de mes terminaisons nerveuses. Je me réveillai, le drap froissé rejeté au bas du lit, hébétée dans la solitude. Ce n’était pas sa main qui furetait entre mes cuisses, c’était la mienne.

Que penser de ce rêve alors que j’ignore tout de ma vie d’hier, de ce qui me faisait vibrer ? Qu’importe, Agnès revient demain et rien d’autre n’a d’importance.

Elle m’est apparue de dos, en conversation avec maman. Des doigts fins balayèrent sa soyeuse chevelure, m’offrant un trop court instant la vision d’une nuque blanche appétissante. Le soleil d’avril dessinait en transparence une fine silhouette à travers la chemise de coton, un jean moulait de jolies petites fesses tendues telle une invite. Je m’approchai en silence, perdue dans la fantasmagorie de l’apparition, quand un coude effleura mon front.

– Je suis désolée, souffla d’une voix chaude Agnès qui cessa de triturer sa queue de cheval.

Pas moi ! De grands yeux de biche accentuaient la douceur du visage, le nez droit mettait en valeur une bouche aux pulpeuses lèvres humides. L’échancrure de la chemise laissait voire une gorge blanche, deux petits seins ronds tendaient un soutien-gorge en dentelle. Mieux valait stopper là avant de mettre la belle mal à l’aise.

Comme la vie sait être belle et simple, cher journal. Le retour d’Agnès rendait ses couleurs au printemps, on reprit nos aventures journalières sans se soucier du reste du monde, oubliant souvent les rapports de patiente à infirmière. Dans les semaines suivantes, chacune apporta sa contribution à l’épanouissement de notre amitié. Même lors de ses absences Agnès me téléphonait et s’arrangeait pour me voir, sans susciter particulièrement l’étonnement de sa remplaçante.

Le besoin de sa présence se faisait plus fort chaque jour. Rires, chahuts et balades rythmaient notre quotidien, les heures en sa compagnie ressemblaient à des minutes. Le soir au moment de la séparation nos lèvres se pressaient sur les joues, toujours plus près de la bouche.

La nuit, seule dans le grand lit vide, j’espérais de nouveau rêver d’elle, retrouver cet indéfinissable moment d’abandon. Le souvenir tournait à l’obsession, hantait mon esprit, et persistait la réminiscence d’un intense frisson, d’une chaleur à la limite de la brûlure, d’une odeur doucereuse, d’une incommensurable béatitude.

Mon cher journal, tant pis si je te choque, mais je ne saurai taire ce qui vient de se passer.

Agnès et moi avons vagabondé dans Paris comme à l’accoutumée, mais la dégradation du temps nous a intimé de rentrer tôt. Nous n’avons pu éviter l’averse cependant. On se pressa dans ma chambre en riant, et je lui prêtai un peignoir de bain tandis que ses fringues séchaient.

– Tu as un petit copain ?

On était assises sur le lit face à face et la question avait fusée. Jamais encore, malgré notre complicité avérée, nous n’avions abordé de sujets intimes.

– Je suis seule depuis quatre mois mais ça va. Je ne veux pas replonger pour une simple aventure, ou alors cela doit être exceptionnellement beau et surprenant.

– Tu te touches des fois ? balançais-je sans hésitation, la voix claire de savoir les parents au travail.

Agnès hocha de la tête sans perdre de sa jovialité. Une lueur espiègle traversa ses yeux marron piquetés de gris sous l’intensité de la réflexion. Ma question ne la dérangea pas, comme si le sujet de la conversation était prévu de longue date.

– Et toi ? Le bouleversement de sa voix chargée d’une émotion mal contenue trancha avec la malice du regard.

Mes attouchements en solitaire se concluaient souvent par un plaisir mitigé sans jamais atteindre le sommet entraperçu en rêve. Mes efforts modéraient la pression sans la calmer, me laissant exsangue mais frustrée.

– Oui, même si ce n’est pas évident quand on n’a plus de souvenirs. J’ignore tout de ce qui provoquait mon désir.

Je ne pouvais simplement pas lui avouer que depuis quelques temps c’était elle qui me faisait fantasmer. Agnès rougit. Avait-elle deviné ? Elle s’empressa de retrouver le ton de l’infirmière.

– Rassure-toi, la vie sexuelle est rarement épanouie chez une fille de 18 ans. C’est encore l’âge où on se cherche. Dans ton cas tu peux tout découvrir sans remords.

Tout, ou elle ? Car j’estimais ne plus avoir de temps à perdre. Les parents rentreraient du boulot dans quelques heures, alors plus rien ne serait possible. Et si le courage me manquait aujourd’hui, en aurai-je davantage demain ?

La situation bascula quand je voulus défaire sa queue de cheval pour permettre à ses cheveux de sécher. Mes bras autour de son cou prirent appui sur ses épaules. Le contact nous fit frissonner l’une et l’autre. Chloé ne chercha pas à se défendre. Ma bouche picora ses lèvres tremblantes, ma langue força doucement la barrière de ses dents et s’enroula autour de la sienne.

Oh ! non, ce n’était pas la première fois que j’embrassais une femme. Mes mains encore fébriles agissaient comme si elles connaissaient le rituel amoureux qui allait suivre. Et tout s’embrouilla.

Les peignoirs de bain tombèrent, révélant nos nudités. J’admirai ses petits seins tendus, fermes, et fit rouler une pointe entre deux doigts. Le hoquet d’Agnès fut un encouragement. J’abandonnai sa bouche pour happer le téton avec gourmandise, qui durcit encore.

Embrasser, caresser, lécher, cela me sembla si naturel en cet instant. Plus Agnès se pâmait sous mes caresses plus mon désir d’elle se faisait fort. La bouche sur ses seins, ma main se faufila entre ses cuisses qui s’ouvrirent. Je la pris sans attendre d’un doigt. Sa grotte trempée avala mon index et se comprima. Je la branlai ainsi, à genoux face à elle, léchant et mordillant sa poitrine, jouant d’un doigt dans sa vulve trempée et d’un autre sur son clito. Son souffle dans mon cou trahissait sa fièvre, ses mains parcouraient mon corps d’attouchements légers qui me mettaient au comble de l’excitation.

Trop vite Agnès se crispa, griffant le haut de mon dos. Sa jouissance me surprit. Elle se laissa aller sans retenue, expulsant en silence un plaisir évident. Elle était à moi maintenant, et j’en étais simplement heureuse.

Je m’attendis à ce qu’Agnès me rende la pareille, mon désir transpirait par tous mes pores. Elle m’allongea sur le lit puis me regarda, rompant le contact. Qu’attendait-elle pour me toucher ?

Sans prévenir mon amante couvrit mon corps du sien et écarta mes cuisses. Sa langue effleura mes nymphes puis se faufila entre mes grandes lèvres. Même dans mon rêve elle n’avait pas osé.

Agnès me lécha longuement, goulument. Elle fouilla mon corps à la recherche d’un secret qu’elle dénicha de la pointe de sa langue. Tout en moi chavirait, la raison, le cœur et le corps. Sa bouche tirait de mes nymphes la nature de la vie. Je me laissai aller sans plus rien penser.

Quand naquit en moi le balbutiement du plaisir, ma maitresse intensifia ses coups de langue autour de mon bouton. J’étais folle, mes râles devenaient grognements, je voulais jouir. Agnès m’amena à la délivrance, comme si elle voulait tout boire de moi. Je retrouvai enfin la béatitude connue après mon rêve.

Et tout me revint en un instant, tandis que je jouissais sans retenue sous la langue et les doigts de mon amante. Mes parents, nos engueulades, leur refus de savoir leur fille lesbienne, l’envie d’en finir, la Seine, le plongeon…

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Orchidée, tu me laisserais toujours pantois devant la qualité de tes textes, en attendant de te relire bientôt, l architecte de tes Amazones dépose sur ta fine main un baiser pour rendre hommage à l écrivaine que tu es.

Vincent

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Guest jeanmimel

Un mot : magnifique.

Magnifique dans l'histoire, son déroulement

Magnifique dénouement, heureux ? Oui, en quelque sorte... Même si le retour à la réalité est violent..

Bravo à toi...

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Joli mais triste, aussi!

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ouah !!

triste ? non je ne trouve pas... au contraire, tout est possible maintenant, vraiment tout...

mais il n'empêche, ouah ! c'est euh... prenant ! :)

bises et bravo

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Guest Titelilie

C'est superbement bien écrit...

Je suis aussi assez partagée: triste et beau en même temps!

Bravo!

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Je vous remercie de votre gentillesse.

Bisous à toutes et à tous.

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Une belle découverte, très sensuelle, et une chute qui laisse planer le doute sur ce que sa mémoire retrouvée fera de cette jeune fille...

Prenant et bien écrit. Merci.

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Orchidée, ta plume est vraiment magique. Tu décris avec talent comment naissent les sentiments et comment l'amnésie ne nous empêche pas d'être nous même.

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