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Arlequin46

Pleurer des rivières

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Combien de verres avait-elle déjà bu ? Elle n’en avait pas la moindre idée. En tout cas, elle savait que ce n’était pas l’alcool qui troublait ainsi son esprit, mais lui, se trouvant à quelques mètres d’elle, à l’autre bout de la pièce. Il discutait avec un autre membre du groupe, riait de bon cœur, et, de temps à autre, lui adressait de petits regards attendrissants. Cela la faisait frissonner, lui réchauffait son corps de femme meurtrie. Elle avait pourtant dit qu’elle ne succomberait pas, qu’elle voulait tourner cette page sombre de sa vie, mais elle savait, maintenant, comment allait se terminer cette soirée. Elle s’était préparée pour l’occasion, s’était faite belle, attirante, désirable. L’un des membres du groupe organisait cette soirée chez lui pour fêter un heureux évènement : l’arrivée d’un enfant.

Un enfant… Quelques semaines auparavant, elle était elle-même enceinte, un enfant de lui, un accident de parcours ayant mené à une IVG : il n’était pas libre et ne voulait pas quitter l’autre. Il lui avait expliqué qu’il ne voulait pas lui faire du mal, que l’autre n’y était pour rien, qu’elle ne méritait pas cela, qu’il les aimait toutes deux. C’était donc à elle qu’il faisait du mal, l’avortement ayant porté la douleur à son paroxysme.

Cette douleur fulgurante, c’est avec un autre homme qu’elle l’avait partagé, marié, père de famille et vivant à 200 km de là. Leur rencontre s’était faite au hasard d’un surf sur le Net et avait doucement évolué vers une amitié sincère, suffisamment grande pour qu’elle éprouve le besoin de se confier à lui. Il l’avait réconforté avec ses mots, l’avait soutenu avec sa force morale. Peu à peu, au fil des discussions, sans qu’ils s’en rendent réellement compte, ils étaient tombés amoureux l’un de l’autre, une autre histoire qui ne pouvait avoir de lendemain pour elle. Mais en écoutant ses propres sentiments, elle avait réalisé qu’il était possible d’aimer deux êtres à la fois, si différents soient-ils. Il était donc possible que celui qui la faisait tant souffrir dise la vérité : il était certainement amoureux d’elle et de sa rivale.

A son premier coup de fil, un peu plus tôt dans la journée, elle s’était sentie gagnée par une rage folle : il lui demandait de se retrouver, avant de se rendre chez leur ami, dans un parking afin de discuter de tout ce qui s’était passé dernièrement. Elle avait refusé ; elle n’était pas une pute ! Mais, au deuxième appel, elle s’était laissé convaincre : au fond, il était sans doute préférable de mettre les choses au point avant d’être au milieu des autres membres du groupe. Elle était décidé à lui dire ses quatre vérité, ce qu’elle pensait de lui, de son comportement, mais, dès qu’elle vit sa mine de chien battu, qu’elle écouta ses remords, sa colère tomba lentement ; elle se sentit fondre lorsqu’il lui expliqua qu’il était un salaud, qu’il ne la méritait pas.

La soirée avançait lentement, trop lentement à son goût. Elle discutait avec son amie, mais avait énormément de mal à se concentrer sur ce qu’elles se disaient. Elle le cherchait souvent du regard, furtivement, espérant un échange complice. Elle avait envie de le sentir près d’elle, de boire à ses lèvres, d’être caressée par ses mains d’artiste ; elle voulait sentir sa vigueur entre ses reins. Elle pensa brusquement à l’autre : que faisait-il, que pensait-il ? L’avait-il cru lorsqu’elle lui avait dit qu’elle n’avait pas peur de succomber ? Elle prit son téléphone et lui envoya un message.

« Une pensée ? Oh que oui ! Une grosse pensée ! »

Assis dans son sofa, il n’avait pas éteint son téléphone par pure habitude et sursauta lorsqu’il se mit à vibrer. Il fut surpris, ne s’attendant vraiment pas à recevoir un texto de sa part et son cœur se serra lorsqu’il le lut.

« C’est un honneur que de faire une incursion dans ton groupe, avait-il répondu.

« La soirée se passe bien. Tout va bien. Ne t’inquiète pas.

« Je suis tranquille. Je vais aller me coucher. Je t’embrasse. »

Il n’était pas tranquille, car il savait parfaitement ce qui allait bientôt se passer. C’est bien pour cela qu’il décida de couper son téléphone, comme pour tenter de s’éloigner de la vision qui s’emparait peu à peu de son esprit. Il ne pouvait rien faire pour l’empêcher de se jeter dans ses bras. De quel droit aurait-il fait quelque chose ? Il ne valait guère mieux lui-même.

La soirée s’acheva enfin. Dans un échange de regard complice, ils se comprirent sans avoir à se parler : ils se donnaient rendez-vous chez lui. Sa rivale n’habitait pas son appartement.

A peine avait-il refermé la porte derrière eux, qu’elle se jeta dans ses bras, se blottissant contre sa poitrine, le cœur battant très fort. Il la serra tendrement, l’embrassa dans les cheveux, sur la joue, puis leurs lèvres se soudèrent dans un long baiser envoutant, fougueux, qui termina d’allumer la braise dans son corps de femme. Elle frémit sous les caresses au-travers de ses vêtements ; elle avait envie de lui, sans préliminaires.

Ils se rendirent dans sa chambre ; elle se dévêtit à la hâte et s’assit sur le bord du lit. Il s’approcha d’elle doucement, son sexe fièrement dressé, prêt à l’honorer. Il l’embrassa à nouveau, tendrement, joua un instant avec sa poitrine si ferme ; elle sentit son corps trembler de désir, vibrer sous ses mains, sous ses lèvres, sa langue. Elle le désirait ardemment.

- Viens ! Prends-moi ! Maintenant !

Il prit un préservatif, enveloppa son membre bien dur et vint se placer au-dessus d’elle, entre ses cuisses. Son regard en disait long sur la force de son désir. Lentement, il la pénétra, et soupira d’extase en envahissant cette grotte si humide. Elle ferma les yeux et de premiers gémissements échappèrent de sa gorge.

A 200 km de là, il se leva d’un bond de son sofa, la gorge subitement serrée. Il s’en voulait de s’être laissé aller à ses sentiments, de lui avoir avoué son amour car, à présent, comment allait-il pouvoir l’aider ? Comment allait-il pouvoir lui donner des conseils qu’elle ne trouverait pas subjectifs ? Comment ne pourrait-elle pas penser qu’il parlerait, dorénavant, par simple jalousie ?

Il ouvrit une fenêtre et alluma une cigarette. Une larme roula le long de sa joue quand il entendit les cris de bonheurs de sa douce.

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Alors merci, je cliquerais bien cinq fois sur j'aime mais ca marche pas comme ca

tu te faisais vraiment trop rare

Toujours aussi beau...aussi poignant...magnifique

je suis toujours fan

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Invité

Une histoire qui résonne en moi comme un écho.

Merci Arlequin

Ps : ta plume me manquait

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Je te remercie aussi pour cet écrit, ça faisait trop longtemps :)

Tu as toujours ce don de trouver des histoires hors du commun, qui sortent du lot.

J'aime, j'aime, j'aime...

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Tout d'abord, mesdames, merci de ne pas avoir oublié l'Arlequin et de continuer à aimer me lire :)

Une histoire qui résonne en moi comme un écho.

Merci Arlequin

Ps : ta plume me manquait

Douce Luce,

j'espère que cet écho ne résonne pas comme un trop mauvais souvenir :-) Je te promets de me faire un peu moins rare ;-)

Je te remercie aussi pour cet écrit, ça faisait trop longtemps :)

Tu as toujours ce don de trouver des histoires hors du commun, qui sortent du lot.

J'aime, j'aime, j'aime...

Fany,jolie petite rose, ma plus ancienne lectrice et toujours fidèle au poste :-) Je suis heureux de te lire

Alors merci, je cliquerais bien cinq fois sur j'aime mais ca marche pas comme ca

tu te faisais vraiment trop rare

Toujours aussi beau...aussi poignant...magnifique

je suis toujours fan

Bonsoir belle brune, je n'écris pas pour que vous cliquiez mais juste pour que vous aimiez et ton commentaire m'enchante :-)

Merci à vous trois et mille et un baisers

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Superbe, Arlequin!

C'est bon de te lire à nouveau!

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Superbe, Arlequin!

C'est bon de te lire à nouveau!

Merci belle Joliette :-)

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Ta plus ancienne lectrice... et tu écorche son pseudo ! :shock:

:fessee: :-P

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Ta plus ancienne lectrice... et tu écorche son pseudo ! :shock:

:fessee::-P

Désolé Fanie... Je t'ai donné celui de mon héroïne ;-)

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Je te lis pour la première fois. Je ne te cache pas que je suis un peu mal à l'aise mais cela doit prouver que c'est bien écrit et que ton texte fait passer des émotions... je devrais aller lire tes autres productions de ce pas..

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Bien écrit, très bien écrit ! De la beauté simple.

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Je te lis pour la première fois. Je ne te cache pas que je suis un peu mal à l'aise mais cela doit prouver que c'est bien écrit et que ton texte fait passer des émotions... je devrais aller lire tes autres productions de ce pas..

J'espère que mes autres récits te mettront moins mal à l'aise :-)

Merci pour ton commentaire et mille et un baisers

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Bien écrit, très bien écrit ! De la beauté simple.

Que dire, si ce n'est merci ! :)

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Guest Eva96

Merci beaucoup Arlequin ! C'est un très beau texte plein d'émotions que tu nous livres là !

Très heureuse de lire à nouveau tes textes :)

Bises

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Merci beaucoup Arlequin ! C'est un très beau texte plein d'émotions que tu nous livres là !

Très heureuse de lire à nouveau tes textes :)

Bises

Merci à toi de ne pas m'avoir oublié Eva :)

Mille et un baisers

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Guest Tendre émoi

J'avais raté ce texte que je découvre au fil de mes errances...

Magnifique ! Poignant aussi de cette dualité entre réalité et virtualité...

J'aime beaucoup et la souffrance que tu y décris existé bel et bien quand la distance nous sépare...

Bravo ! Vraiment un texte très réel et très tres beau !

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Deuxième récit de toi que je lis, et une étrange atomosphère se dégage de celui-ci.

Une plume des plus efficaces, un coté sombre qui me plait vraiment.

J'aime Arlequin, j'aime, tu as un sacré talent littéraire.

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Guest gaetan76

C'est bien, vraiment bien

Faut que je prenne le temps d arriver à ton niveau de narration

Et ce titre...

 

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