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Mariveau

UN DERNIER TANGO AVANT L ENFER

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BUENOS AIRES 17 décembre 1939

Cela fait plusieurs jours que j' erre comme une âme en peine, dans les bars de Buenos Aires.

Je suis le second d'un petit cargo mixte de la ligne de l'Atlantique Sud. Nos escales, Rio, Récife, Bélem, Manaus, sont autant d'objets d'aventures, de bagarres, de rencontre de belles femmes au sang chaud, aux parfums d'épices, de cannelle. Des femmes à la peau noire, des femmes à la peau cuivrée qui hante encore mes nuits, au réveil embrumé par l'alcool et l'assouvissement de désirs d'une simple nuit sans lendemain.

Mon cargo l' Esméralda, dans le Rio de la Plata depuis plus de deux semaines.

La guerre en Europe a été déclaré, et mon bateau va être réquisitionné. Mais l'approche du cuirassé Graf Spee nous à contraint de rester là.

J'erre donc de bar en bar, noyant mon chagrin dans des verres de scotch, écoutant cette musique lancinante du Tango argentin , la voix de Carlos Gardel hante mes cauchemars. Je noie mon chagrin car je ne peux rejoindre ma maitresse, la Mer.

Au petit matin je regagne tant bien que mal mon bord, une belle m'invite à finir la nuit avec elle, mais si mon corps accepte ces contacts , mon esprit ne suit plus.

Il y a quatre jours, un combat naval a eu lieu au large de la Plata, le Graf Spee a tenu en échec, l'Exeter, l'Ajax et l'Achilles des croiseurs britanniques.

Aujourd’hui hui le Graf Spee a appareillé de MONTEVIDEO, là en face de l'autre coté du fleuve.

Que de monde, de belles femmes, de bourgeois bien gras, de reporters en mal de sensations ont voulu voir l’hallali , mais le bateau s'est sabordé avant le combat final, laissant sur la fin ce public aux relents nauséabonds d'une cale de chalutier.

Moi, je suis seule dans ce bar, les yeux fixé devant mon scotch, pas le premier en tout cas.

Ce mois de décembre , de cet été austral est chaud, lourd, je me sens poisseux . L'atmosphère est pesante, j'entends les pales d'un vieux ventilateur au plafond tentant poussivement de brasser l'air.

Je pense à ces marins, coincés dans les entrailles de leur navire, seuls dans le noir. J'entends leurs cris de détresse. J'entends les cris de victoire. Je ferme les yeux je me surprend à pleurer.

Je n'ai pas fait attention à la table au fond du bar, une silhouette, une femme me regarde intensément.

Elle se lève, se dirige vers un vieux phonographe et pose un disque. C 'est cette musique qui m' obsède depuis que je suis dans ce port. Elle commence à exécuter des pas de danses très élaborés. Elle dans un tango endiablé avec un partenaire imaginaire.

Elle est vêtue de noir, ses jambes d'une infinie longueur, son couverte de fins bas de soie à couture. Ses mouvements de jambe soulèvent sa robe et je ne peux que regarder la peau bronzée de ses cuisses parfaite.

Sa coupe de cheveux me rappelle, celles de ses actrices américaines d' Holliwood. Elle a des yeux noirs comme l'encre, comme une nuit sans lune.

Je devine une poitrine altière et libre de ses mouvements.

Elle doit avoir 25 ou 30 ans pas plus. Moi j'ai bien le même âge mais j'en parais dix quinze de plus.

J'ai souffert de ma maitresse la Mer, et de mes turpitudes.

Elle s'approche de ma table, sans rien dire , elle s'assoit face à moi et me regarde droit dans les yeux, mes yeux rougis par mes larmes pour ces hommes inutilement morts, rougis par la fatigue de mes nuits sans sommeil, rougis par l'alcool et la fumée.

Elle me prend les mains et dépose un baiser sur mes paumes abimées par tant de tempêtes et de veille à la barre .

Viens danser avec moi, je suis aussi bon danseur, qu'un manchot glissant sur la banquise.

Suis je envoûté par cette femme, ou par cette musique, je me laisse un temps conduire par cette merveilleuse créature, puis je commence à me prendre au jeu de cette danse à l'érotisme à fleur de peau. Les mouvements deviennent sensuel, charnel, nos bouches s’effleurent sans se toucher.

Le désir monte en nous imperceptiblement.

La musique cesse. Viens me dit elle, elle monte l'escalier je la suis. Ce n'est pas comme d'habitude lorsque je monte un escalier dans un de ces ports de la ligne du Sud. Je me sens attiré par cette femme.

Dans la chambre, elle s'assoit sur le bord du lit, et m'invite à faire de même.

Délicatement elle pose ses lèvres sur les miennes et je la prends dans mes bras, poursuivant ce doux baiser par une étreinte langoureuse de nos langue.

Elle m'ôte mes vêtements, déposant délicatement des baisers sur mon torse. A mon tour je dégrafe sa robe, libérant ses seins de porcelaine en forme de poires aux tétons carmins.

Je suis un adolescent à son premier rendez vous, ému et timide devant tant de beauté sensuelle.

Malgré la décoration de cette chambre, comme toute ces chambres que j'ai connu, cette femme n'est pas comme les autres.

Elle s'allonge sur le lit, je lui enlève ses bas tout en apposant de légers baiser sur ses jambes, si belles, si fines.

Elle est nue sur ce lit, l'air est toujours lourd, un ventilateur tourne au plafond, dehors la foule venu voir la fin du Spee se disperse. Aimes moi me dit elle. Mes mains, mes doigts, mes lèvres, ma langue s'empare de son divin corps. Son souffle s'accélère, je perçois de doux gémissement entre ses lèvres entrouvertes. Je plonge ma bouche dans sa vallée humide, mes lèvres enserrent son bourgeon, ma langue goutant à son intimité. Ses gémissements deviennent plus perceptibles.

Elle se cambre, ouvre imperceptiblement ses jambes, prends moi dit elle.

Je m'enfonce avec délicatesse dans se fourreau de chair si chaud, si doux. Nos corps entament une danse des corps d'une sensualité exacerbée. Je vais et viens en elle . Ses jambes enserrent mes hanches, ses ongles labourent mon dos. Je m'enfonce profondément en elle. Je sens son sexe se contracter sur ma lance à chacun de mes mouvements. Je sens monter en moi ce plaisir égoïste que les hommes ont si facilement.

Je me retire, elle se redresse et ses mains s'emparent de ma verge entamant une sarabande, puis elle dépose ses lèvres, sa bouche s'empare de ma virilité. Je sens ses lèvres allant et venant le long de mon pieu. Sa langue joue de mon gland.

Puis elle me repousse et vient s’empaler sur moi , elle entame une danse, ondulant de ses hanches. J'entends en bas à nouveau la musique de Gardel. Ses seins sont dardés, je joue avec.

Je me redresse pour la serrer contre moi, nos bouches sont soudées l'une à l'autre. Elle passe ses jambes autour de moi, nous entamons un tango, notre désir est puissant, et l'orgasme qui nous prend est violent, lorsque mon écume jaillit en elle comme les flots d'un puissant fleuve. Elle gémit son plaisir .

Nous restons enlacé, longtemps.

Nous nous retrouvons tous les jours qui vont suivre, me partageant entre elle et mon bateau.

Mais la violence de la guerre me rappelle. Je m'engage, je pars ce matin pour l'Europe, j'ai obtenu le commandement en second d'une corvette, pour chasser les U-Boat.

La dernière nuit avec elle, fut inoubliable non pas par l'intensité de l'érotisme de notre contact, mais pas l'intensité des sentiments qui étaient nés entre nous. Reviens moi mon amour je t'attendrai.

Au petit matin alors qu'elle dormait encore, je quittais Buenos Aires

Chaque jour je lui ai écrit, à chacun de mes quarts sur la passerelle, en route pour Mourmansk, entre Liverpool et l'Islande, je lis tes lettres. Elle sont un réconfort, entre ces longues veilles à la passerelle, torpillages, tempêtes, autant de mort, amis, ennemis. Je suis en enfer.

Décembre 1945,

Cela fait 6 ans que je l'ai quitté, j'ai été démobilisé, le cargo où j'ai embarqué entre dans l'estuaire de la Plata.

Je n'ai plus reçu de lettres d'elle, depuis deux ans déjà. Mais la guerre m'avait conduit des froids de l'Atlantique Nord et ses U-boat, à la chaleur de la Méditerranée sous les bombes et à la violence des combats du Pacifique.

Je suis sur le pont je regarde la foule.

Je quitte le dernier le bord. Je retrouve le bar où ce 17 décembre 1939, j'avais dansé avec elle un dernier tango avant l'enfer.

Je reviens de cet enfer.

Le phonographe se met à fonctionner, c 'est cette chanson de Gardel.

Je me retourne, elle est là tout aussi sublime, désirable.

Elle se précipite vers moi, je la serre contre moi, elle pleure, je la couvre de baiser.

Je sens qu'on tire sur ma vareuse . Une petite petite voix retentit, dis maman, c 'est mon papa?

Je prends dans bras la jolie petite fille aux cheveux aussi noirs que ses yeux, comme sa mère.

La gouvernante prend l'enfant, nous nous retrouvons.

Viens me dit elle, et nous montons l'escalier, pour un nouveau Tango de retour de l'Enfer

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Je croyais que tu ne trouvais plus les mots justes ?? !!! En tous cas, tu trouves ceux qui m'atteignent !!!! Merci mariveau !!

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Rien à redire Mariveau, excellent récit une fois de plus. Une belle histoire au titre évoquateur,j'adore tout simplement. Que l'inspiration ne te quitte plus,l'ami, elle te fait écrire des récits d'une grande beauté.

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Avec les encouragements et le soutien vous m'avez redonné l'envie, j ai suivi vos conseils merci

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