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Pour le pire et pour le meilleur

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Juste un mot sur ce texte : je l'ai déjà soumis il y a un bon moment sous une forme bien moins travaillée sur un autre site. D'habitude, j'aime écrire des histoires en mettant des touches d'humour, et pour celui-ci j'ai voulu m'essayer à un genre nettement plus noir. En espérant que vous n'y perdiez pas au change...

Juin 1999.

Deux jeunes filles isolées dans une chambre, répétant une pièce de théâtre pour le lycée, se déclamaient en tenue d'époque leurs tirades d'amoureux. Deux meilleures amies avec une complicité parfaite, des rires en harmonie, ainsi qu'une lueur d'espièglerie dans des yeux pétillants.

Quelques minutes plus tard, les deux adolescentes étaient encore là, et en même temps elles étaient aussi ailleurs, dans un doux monde éthéré où seuls leurs corps existaient. Un simple regard avait suffi.

Sandra était encore vierge et tombait amoureuse, Valérie n'avait connu que les garçons et était curieuse. Dans les bras l'une de l'autre, bouches collées, peaux frissonnantes de désir, elles se dévoilaient, laissant leurs mains explorer l'autre pour la toute première fois. Gestes tendres, un peu maladroits, les doigts s'aventuraient là où les plaines et les courbes des corps ne demandaient qu'à être touchées, effleurées, caressées ; ici un ventre, là une cuisse, cette expédition vers les nouveaux plaisirs saphiques continua au-delà du temps, ne s'arrêtant pas avant que les deux femmes ne se soient mutuellement offert les plus intenses des délices charnels.

L'idylle ne dura pas bien longtemps. Sandra était possessive quand Valérie n'aimait rien d'autre qu'être libre comme l'air. Désespérément éprise de sa petite amie, ce fut pourtant Sandra qui la quitta, parvenue au bout de son voyage vers la rage, la détresse et l'impuissance à faire de Valérie une amante qui lui serait fidèle, qui serait à elle, rien qu'à elle. Et le temps passa...

Mars 2010.

Eric lui avait fait sa demande quelques mois plus tôt et le grand jour approchait. Sandra n'avait pu s'empêcher de rougir, s'imaginant aussitôt dans sa belle robe blanche, son galant époux à son bras, lançant son bouquet, souhaitant le même bonheur à celle qui aurait la chance de le recevoir.

Le futur époux était sur son petit nuage. Il allait épouser Sandra la douce, Sandra la jeune fille modèle, timide et réservée. Eric remerciait chaque jour le ciel d'avoir mis sur sa route la perfection faite femme. Sandra et son sourire qui le faisait fondre, Sandra qui se posait doucement sur son épaule avant de s'endormir, Sandra qui avait immédiatement su éclipser les précédentes locataires de son coeur.

Sa future femme lui avait parlé en quelques occasions de son amie d'enfance, la complice de sa jeunesse qu'elle n'avait jamais revue, et qu'elle ne pouvait évoquer sans une certaine nostalgie, une légère brisure dans la voix. Telle était la surprise qu'Eric avait patiemment préparé pour sa bien-aimée, l'époque lui fournissant tous les outils technologiques permettant la réalisation de son projet.

La rencontre eut lieu lors d'un dîner à la maison. Trois assiettes, Sandra ne se doutait pas un seul instant de l'identité de l'invité mystère. En découvrant Valérie, Sandra resta quelques secondes interdite, puis elle sembla particulièrement heureuse de retrouver la jeune femme.

La soirée fut joyeuse, la complicité retrouvée, alors que les femmes semblaient pourtant si différentes. L'une représentante, changeant de ville tous les quinze jours, ne souhaitant pas se fixer, l'autre devenue institutrice, réalisant ainsi son rêve d'enfance, et tout ce que l'on aurait pu prédire sur les deux femmes il y a de cela longtemps est respecté à la virgule près. Il restait à évoquer ce professeur qui empestait l'alcool de bon matin, cet ami si doué pour le dessin dont plus personne n'a de nouvelles, ou encore la fille d'Elodie, née alors que sa mère était censée préparer son bac, à présent l'aînée d'une très nombreuse fratrie.

A une heure avancée de la nuit, il fallait bien se séparer ; c'est sûr, maintenant, on reste en contact, on va se revoir, et en attendant on se téléphone, promis ! Voilà ce qui restait de tant de souvenirs qui auraient pu rester enfouis, et la fameuse prochaine fois serait au petit bonheur la chance, dans dix autres années, ou peut-être jamais.

Quelques jours se sont écoulés. Sandra profite de l'après-midi pour prendre soin d'elle et remettre un peu d'ordre dans sa garde-robe. Elle sourit, plus que trois jours avant de changer de nom. Elle repense à sa rencontre avec Eric. Beau garçon, drôle, patient, doux, aucun homme sur Terre ne lui arrive à la cheville. Oui, Sandra attend avec impatience ce beau destin qui leur est promis. Elle regarde les cadres montrant les jeunes amoureux visitant les quatre coins du monde, et le bonheur issu de leurs sourires immortalisés inonde toutes les pièces de la maison.

On sonne à la porte. Valérie.

- Je suis encore dans la région pour quelques jours. Cela m'a fait plaisir de te revoir, je me suis dit, comme je me trouve dans le coin...

Sandra hésite l'espace d'une seconde.

- Tu as bien fait. Entre !

Quelques instants plus tard, la théière s'exprime dans une cuisine trop calme. Valérie est la première à briser le silence.

- Eric a l'air d'être un homme attentionné !

- C'est le plus charmant des hommes.

- Je suis contente que tu aies trouvé l'amour.

- Merci ! Toi aussi, tu finiras bien par trouver l'homme de tes rêves.

- Tu sais parfaitement que je n'y ai jamais cru, et que ce n'est pas ce que je cherche.

Une courte pause dans la conversation.

- Remontre-moi ta bague !

La main de Valérie saisit la sienne, et ce geste tellement anodin donne le premier coup de semonce. C'est violent, chimique, c'est magique et cruel à la fois. Est-il déjà trop tard à ce moment précis ? Sandra veut encore croire que la suite n'est pas une fatalité.

La jeune femme fait tourner son bijou avec son pouce. Elle pense à Eric. Son âme l'appelle, il n'est pas là.

- Tu en as connu beaucoup avant lui ?

- Une histoire qui a duré presque deux ans. Juste après, Eric est entré dans ma vie.

- Et avant ?

- Avant, rien. Je n'avais pas digéré un amour de jeunesse qui m'avait profondément blessée.

Un nouveau silence. Sandra commence à regretter son choix. Elle a laissé Valérie entrer uniquement parce qu'elle avait besoin de savoir. Savoir si, depuis tout ce temps, elle serait capable de se contrôler ; si, au plus profond d'elle, ce qu'elle avait pu ressentir était bel et bien définitivement envolé. Ce jeu est trop dangereux pour elle.

- Vous avez prévu d'avoir des enfants ?

- Deux, peut-être trois. Enfin, on va commencer par faire le premier, on verra bien après !

Les sourires de Sandra sont de moins en moins assurés. Valérie est sur le point de finir sa tasse, elle sourit d'un air gêné. C'est le bon moment pour elle.

- Je n'ai jamais oublié...

- Arrête !

Valérie s'est interrompue. Impossible pour Sandra de masquer son trouble.

- Tu es heureuse ?

- Bien sûr ! Je vais épouser l'homme qui est fou de moi, qui veut vieillir à mes cotés. On a tant de projets à réaliser tous les deux !

- Si tu le dis...

Valérie se lève, elle s'apprête à partir. Sandra raccompagne son amie à la porte.

Valérie attrape le bras de Sandra. Sa peau est trop douce, le contact est électrique. Sandra se dégage, c'est inutile, aussi bien l'une que l'autre l'a compris.

- Laisse moi !

Valérie observe Sandra sans répondre. Sandra reprend d'une voix plus insistante.

- J'ai mis des années à t'oublier. Va-t-en, s'il te plaît !

Valérie reste muette. Elle s'avance doucement vers Sandra, tétanisée. Elle s'approche, c'est à la fois fugace et interminable, elle penche doucement la tête. Elle pose ses lèvres sur celles de Sandra. C'est doux, c'est chaud, c'est brûlant ! Sandra voudrait être capable de la repousser, son corps ne lui répond plus.

Eric n'est pas là. Eric aurait dû être là. L'autre jour, son fiancé était sa bouée, son phare, Sandra s'agrippait à sa main devant Valérie, il avait réussi à l'aider à contenir ses émotions, mais aujourd'hui, seule, elle est perdue. Oscillant entre la colère et l'imploration, elle tente encore de se débattre.

- Quelle plaisir prends-tu à vouloir détruire ma vie ?

- J'ai tout de suite su que je briserais ton coeur. Je pensais, j'espérais que cela ne t'anesthésierait pas à ce point. Je regrette vraiment tout ça. Mais le passé... lis au fond de toi. Tu en as envie, pas vrai ?

Sandra marque une courte pause. Valérie plonge son regard dans le sien, elle voit son âme, toute résistance est vaine.

Sandra tire Valérie par la main jusqu'à sa chambre. Encore lucide pour quelques fragments de secondes, ses yeux s'embuent. Elle ouvre la porte. Sa main est moite, tout comme celle de Valérie. Sa gorge est sèche, ses pupilles sont ouvertes comme si la cécité l'avait privé de la vue jusqu'à ce jour et qu'elle redécouvrait la lumière.

Sandra vient de comprendre. Sandra ne voulait pas d'une femme, elle n'en a jamais regardé une autre. Depuis toutes ces années, Sandra voulait Valérie. Cela peut sembler la même chose, pourtant cela n'a rien à voir. Elle ne vivait que pour connaître à nouveau ces sensations avec la seule personne au monde à pouvoir les provoquer.

Sandra ne se l'explique pas, car il n'y a rien à expliquer, ça la prend aux tripes et le temps lui-même est impuissant devant le pouvoir insoupçonné de cette femme. Valérie n'a jamais cessé de hanter ses songes. Sandra n'a pas pu la sortir de sa tête, la boule au plus profond de ses entrailles n'a jamais arrêté de la ronger. Tout ce que Sandra a pu faire, c'est circonscrire le mal ; se convaincre qu'elle trouverait un mari parfait, qu'elle lui ferait des enfants parfaits, que son coeur n'aurait plus à souffrir. Et elle avait bien failli y arriver, elle était passée si près...

Valérie était nettement plus forte que tout ça. Les braises de son premier amour ne s'étaient jamais éteintes, et Sandra qui croyait avoir appris depuis tout ce temps à se maitriser subit un retour de flamme si violent, si intense qu'elle ne peut résister.

Les deux femmes se sont tues, parce qu'il n'y avait plus rien à dire, juste laisser leurs corps communier.

La Sandra d'Eric n'est plus. La tornade des émotions a eu raison de son esprit, alors que la frénésie des corps commence. Jetées sur le lit, les deux femmes se sont retrouvées. Les souffles sont courts, les bouches se cherchent, les yeux se dévorent, les langues s'unissent, s'enroulent, se séparent pour mieux se rejoindre. Leurs baisers sont ardents, enfiévrés, libérés de toute inhibition ; chaque parcelle de peau n'est plus qu'un volcan en éruption.

Sandra s'est complètement abandonnée dans les bras de son amante ; elle a chaud, elle a froid, la chair de poule en permanence. Les seins sont dégagés, cajolés, embrassés ; les mains fouillent sous les jupes, les sous-vêtements sont ôtés, non, arrachés. La langue de Valérie la fouille, la goûte jusque dans les moindres recoins de son anatomie, alors que Sandra rend la pareille à son âme soeur, elle s'immisce à son tour sur les territoires divins qu'elle avait cru à jamais perdus. Sandra aime tout, Sandra préfère tout, c'est comme si Valérie la connaissait mieux qu'elle-même. Elle témoigne a sa partenaire tout le bien qu'elle lui procure, ses muscles se contractent, elle soupire, sa respiration s'accélère, c'est si bon !

Sandra jouit, c'est merveilleux ! Son corps explose et pourtant elle n'en a pas assez, elle en désire plus, encore plus, elle ne sera jamais rassasiée ; elle en veut jusqu'à ce qu'elle en ait mal, qu'elle soit aux limites de ce que sa chair peut endurer, que tout son être soit vidé d'un tel plaisir indécent. Son corps ne lui appartient plus, elle est si loin...

Sandra reprend enfin ses esprits. Combien de temps a-t-il pu s'écouler ? Elle ne veut pas savoir, cela est si insignifiant ! Valérie est allongée contre elle et la regarde, elle sent sa main dans ses cheveux. Mon dieu, qu'ai-je fait ? Elle est à peine consciente, et déjà les premiers remords sont là, prêts à persécuter son esprit.

Sandra se lève, l'effort est pénible. Elle se regarde dans le miroir de sa coiffeuse. Les cheveux débraillés, la tenue froissée, abîmée dans le feu de l'action, et l'odeur de Valérie entièrement sur elle. Cette femme adultère qu'elle toise des yeux dans la glace la dégoûte, c'est la dernière des salopes.

- Va-t-en...

Un simple murmure, c'est une ultime requête, elle n'est pas capable de plus de force dans la voix. Cette fois, Valérie n'insiste pas. La porte claque, laissant Sandra seule avec elle-même.

Sandra tient bon deux jours. La future épouse joue son rôle de comédienne à la perfection. Devant les amis, devant la famille, elle se force à faire le plus parfait des sourires tant son coeur saigne, tant son âme est à vif. Puis, trop fragilisé, le château de cartes finit par s'effondrer.

Sandra ne vient pas à la cérémonie. Stupeur et incompréhension dans la salle, Eric s'affole, ses parents sont outrés. Alors que la soirée commence, il reçoit un message de Sandra qui lui demande de le rejoindre dans le parc où ils ont l'habitude de se promener. Eric s'y rend aussitôt, parce que c'est là tout ce qu'il peut faire.

Sandra raconte à Eric la vérité qu'elle lui doit sans oser lever les yeux sur lui. Sa première fois avec Valérie, ses années passées à tenter de l'oublier. Et son terrible échec si prévisible, si lourd de conséquences, faisant tout voler en éclats, réduisant en miettes la vie rêvée à portée de main dont elle croyait avoir envie.

- Ce n'est qu'un accident, ma chérie, un terrible accident... On va prendre quelques jours pour réfléchir, c'est mieux comme ça, hein ?

Sandra reste abasourdie par sa réaction. Comment Eric peut-il ne pas m'en vouloir ? Il ne peut pas m'aimer à ce point, ce n'est pas possible. Il n'a pas le droit de me pardonner. N'a-t-il donc aucun amour propre ? Quelle pitié...

Sandra a déjà commencé à revivre son supplice. Elle a déjà perdu Valérie une première fois, et cela ne s'arrêtera jamais ; son histoire n'est qu'un éternel recommencement. Elle se sait condamnée à souffrir, elle est maudite. Et ce pauvre Eric qui ne comprend pas, qui ne comprend rien, qui ne peut pas comprendre ! Il pousse Sandra dans ses derniers retranchements. Alors elle n'a plus le choix.

Sandra pose un regard noir sur celui qui aurait dû l'épouser, et elle le fixe jusqu'à ce qu'elle en ait fini avec lui.

- Valérie m'a sautée et j'ai adoré ça ! J'étais sa chose, je me suis entièrement donnée à elle, et j'ai pris un pied, mais un pied ! Tu peux pas te douter à quel point, et je peux pas t'expliquer, c'est au-delà des mots... Avec toi, je n'ai jamais éprouvé le dixième, non, le centième de ce que je ressens avec elle. En repensant à son corps, à son odeur, j'en tremble, je mouille, j'ai de nouveau envie qu'elle me prenne, s'il le fallait, là, tout de suite, en pleine rue, devant toi, devant tous ces gens, et on baiserait ! Oh oui, on baiserait et on rebaiserait, pendant des heures, toute la nuit, jusqu'à en crever tellement c'est bon, tellement mon corps me crie, me hurle que rien, absolument rien d'autre ne vaut ça.

Eric ne peut en supporter davantage. La femme qu'il voulait épouser est partie. Définitivement.

Eric se lève et ne retourne pas. Sandra n'a pas la force de pleurer.

Une semaine plus tard.

Les sirènes du camion venaient enfin de se taire, le calme régnait de nouveau dans le quartier. Les voisins essayaient tant bien que mal d'accéder à l'entrée de l'immeuble, interdite par les secouristes. Leur curiosité morbide fut satisfaite en voyant apparaître le brancard, le drap recouvrant le corps sans vie. Là-bas, un officier tenait le premier compte-rendu devant quelques journalistes.

- Suicide. La victime est une jeune femme. Sandra L., vingt-six ans, brune, un mètre soixante-et-onze, cinquante-deux kilos, retrouvée sans vie dans sa baignoire, vidée de son sang, les veines ouvertes à l'aide d'un rasoir.

La sinistre tâche effectuée, l'officier alla retrouver ses hommes.

- Alors, on a quoi ?

- Pas grand-chose. Pour l'instant, juste ça !

Le journal de la veille. Un autre fait divers, un gros titre cette fois. Eric C., la trentaine, architecte, avait abattu à bout portant Valérie T., vingt-sept ans, représentante de commerce, avant de retourner l'arme contre lui. Geste de folie ou prémédité ? A ce stade de l'enquête, personne n'était en mesure d'expliquer cet odieux crime.

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la semaine plus tard est de trop ....

c'est trop noir pour moi

mais j'aime bien le début

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Très beau récit comme tous ceux que j'ai pu lire de toi.

Tu as su très bien décrire les ressentis de Sandra. Cette faculté que les humains ont de cacher au plus profond d'eux même des évènements de leur vie passée. A ne pas vivre en étant ce qu'ils sont vraiment, à se fabriquer des envies, des espoirs, qui ne sont pas vraiment les leurs.

Enfin bref :wink:

Merci pour ce récit :wink:

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Vraiment bien écrit.

Je trouve ça bon, on s'attache bien aux deux femmes et la fin est surprenante.

Peut-être un peu brusque quand même, mais bon, on peut pas trop présenter les choses de façon beaucoup plus cool. ^^

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