Aller au contenu

Faites des rencontres coquines près de chez vous

Arlequin46

Le prisonnier

Recommended Posts

Edmond se sentait totalement désorienté. Il reconnaissait bien l’endroit où il se trouvait, une longue plage de sable fin, mais quelque chose, il ne savait dire quoi, le mettait mal à l’aise, un détail qui ne cadrait pas.

Il avançait à pas lents en bordure de plage ; les vagues venaient mourir à ses pieds. Une légère brise, soufflant de l’Est, lui caressait agréablement le visage ; le soleil semblait, enfin, vouloir prendre le dessus sur les nuages.

Que faisait-il là ? Comment y était-il venu ? Il avait beau chercher au plus profond de lui, il ne trouvait pas de réponse et c’était cela le détail qui ne cadrait pas. La veille, il se souvenait d’être encore dans sa cellule, derrière les hauts murs de la prison de Caen ; aujourd’hui, il était sur la plage de son enfance ; entre les deux, il n’y avait qu’un immense trou noir.

Il décida de s’arrêter un instant pour tenter de recouvrer tous ses esprits. Il s’assit sur le sable et plongea son regard vers la mer, bien au-delà de la ligne d’horizon ; il était tellement plongé dans ses réflexions, qu’il ne se rendit pas compte qu’une jeune femme s’installait auprès de lui.

Elle avait de longs cheveux blonds, doux comme de la soie ; ils voletaient avec grâce, sous l’effet de la brise. Ses yeux émeraude brillaient légèrement ; sur ses joues, roulaient quelques larmes. Elle appuya sa tête sur l’épaule d’Edmond ce qui le fit sursauter.

- Claire ? s’exclama-t-il. Comment… que fais-tu ici ?

Complètement hébété, Edmond prit Claire dans ses bras ; c’était si bon de pouvoir la serrer à nouveau contre lui ; cela faisait si longtemps.

Claire et Edmond s’étaient mariés à Caen, trois ans avant le début du conflit. A l’époque, il était menuisier chez un artisan de la ville. Après le mariage, il eut des projets d’avenir plein la tête : se mettre à son compte, acheter une petite maison hors de Caen, avoir des enfants. Tout s’était écroulé le 3 septembre 1939, lorsque la France et l’Angleterre déclarèrent la guerre à l’Allemagne nazie.

Edmond fut mobilisé quelques jours après le début du conflit. Même si les au-revoir furent un véritablement déchirement pour le couple, il était confiant ; cette guerre se terminerait très vite ; les allemands allaient se briser les dents contre la ligne Maginot.

- Je vais revenir très vite ! avait-il crié alors que le train s’élançait sur la voie.

Les allemands ne se brisèrent pas les dents. Très vite, français et anglais durent battre en retraite, cédant irrémédiablement du terrain aux nazis implacable. Aux environs de Paris, Edmond et son unité furent fait prisonnier et internés dans un camp provisoire. Trois mois plus tard, suite à un concours de circonstances en sa faveur, Edmond arriva à s’évader avec trois compagnons d’arme. Un fermier des environs les hébergea quelques jours, leur fournissant des vêtements civils, puis Edmond était parti seul pour regagner la Normandie et sa femme.

Il passa quelques mois à ruminer sa rancœur contre le Maréchal et le gouvernement de Vichy qui semblaient se rallier aux idées d’Hitler, déshonorant ainsi la France ; Pétain, le héro de la première guerre, tournait le dos à son peuple. Puis il entendit parler d’un réseau de résistance qui s’était formé aux environs de Caen. A force de patience, il finit par trouver le bon contact et intégra le réseau ; cinq mois plus tard, la gestapo l’attendait en bas de chez lui pour le conduire à la maison d’arrêt de Caen.

Edmond remarqua les larmes qui roulaient sur les joues de Claire ; son cœur se serra brusquement ; une idée venait de lui traverser l’esprit, trop rapide pour qu’il en saisisse le sens, mais assez noire pour lui faire mal.

- Que se passe-t-il, ma chérie ?

D’un geste de la main, Claire lui fit signe de se taire.

- Nous n’avons pas le temps de parler, murmura-t-elle. Nous n’avons plus le temps !

Il y avait des sanglots dans sa voix ; Edmond essaya, en vain, de comprendre le sens de ses paroles. Claire approcha son visage du sien et leurs lèvres se scellèrent en un long baiser ; il avait presque oublié le goût suave de sa bouche. Il promena ses mains dans la longue chevelure soyeuse et se rendit compte, sans savoir pourquoi, que lui aussi s’était mis à pleurer.

Claire le fit s’allonger sur le sable ; son regard était magnifié par le combat de deux sentiments forts : l’amour intense qu’elle lui vouait et une profonde tristesse.

Lentement, elle défit les boutons de la chemise de son mari et promena ses mains sur le torse velu et musclé, provoquant des frissons dans tout le corps d’Edmond. Elle-même, sentait le désir monter dans ses entrailles.

Edmond ferma les yeux lorsque sa femme commença à le couvrir de petits baisers ; il s’abandonnait totalement à ses caresses, à cette douceur si bienvenue, après de longs mois de torture.

Claire détacha la ceinture du pantalon, ouvrit la braguette et libéra le membre viril bien déjà bien tendu. Elle resta un instant sans rien faire, juste à le regarder, à le sentir puissant dans sa main ; puis, elle titilla le gland de la pointe de sa langue, faisant tressauter la verge et arrachant de longs soupirs à son mari.

N’y tenant plus, elle se leva, troussa sa jupe, retira sa culotte et se plaça au-dessus de lui. Lentement, elle aspira la verge dans son antre humide, fermant à son tour les yeux ; elle savoura pleinement l’extase qui montait en elle.

Edmond sentit une chaleur bienfaisante se répandre dans tout son être ; Claire s’agita sur son sexe et son excitation monta d’un cran, lorsqu’il l’entendit gémir de plaisir. Il savait qu’il ne résisterait pas longtemps ; il y avait tant de mois qu’il n’avait plus fait l’amour.

Claire était de plus en plus humide ; des picotements prenaient naissance au creux de son ventre. Son mari se mit à gémir de plus en plus fort, lui prenant la taille dans ses mains ; elle sut qu’il allait venir. Alors, elle accéléra ses mouvements de va-et-vient et l’explosion se fit en elle au moment où le sperme vint frapper le fond de sa cavité.

- Je t’aime ! hurla-t-elle. Rappelle toi que je t’aimerai pour toujours !

Edmond la regarda, perplexe, ne comprenant pas le sens du message de sa femme.

- Debout ! cria une voix d’homme.

Edmond se leva brusquement, ouvrant des yeux hagards. La plage, la brise, sa femme… tout avait disparu ; il était à nouveau dans sa cellule.

- Schnell !

Le garde allemand le menaçait de la pointe de son fusil ; il obéit à l’ordre et se retrouva dans le couloir de la prison. D’autres soldats allemands sortaient d’autres prisonniers de leurs cellules. Edmond savait qu’il était beaucoup trop tôt pour la promenade ; il se passait quelque chose d’anormal.

Les prisonniers furent conduits à l’entrée de la cour de la prison. Edmond y aperçut un petit groupe d’allemands, fusil à la main. Subitement, il comprit tout : le sens du rêve qu’il venait de faire, les larmes de sa femme, ses paroles, sa propre tristesse. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Claire était venue lui dire adieu dans un rêve.

Dix prisonniers, dont Edmond, furent alignés dos au mur ; les soldats, au même nombre, leur firent face.

- Spielt in ! hurla une voix.

Les soldats mirent en joue ; Edmond ferma les yeux ; ses pensées allèrent à sa femme ; il se rappela de ses dernières paroles : je t’aimerai pour toujours. Il souhaita qu’elle rencontre un homme bien pour l’accompagner le plus longtemps possible dans sa vie.

- Feuer !

A quelques kilomètres de la prison, à genoux devant un représentation du Christ sur la croix, Claire termina sa prière, avant de s’effondrer en larmes.

Ce jour là, entre 10 heures et midi, 92 prisonniers furent exécutés par les allemands, sans aucune raison apparente, sans procès.

Prison de Caen, dix heures du matin, 6 juin 1944

Partager ce message


Lien à poster
Invité

Je viens de terminer ma journée de boulot...

Je vois ton récit, le lit, et je pleure comme une madeleine :wink::wink:

Il est bouleversant, vraiment très bouleversant :D

Partager ce message


Lien à poster

Très beau... Touchant... Triste... Poétique... C'est les mots qui me sont venus...

Merci :twisted:

Partager ce message


Lien à poster

Ben je ne pensais pas qu'en lisant ici un récit on en aurait les larmes aux yeux...

Merci toujours aussi bien

Partager ce message


Lien à poster

Très émouvant, ce récit, très triste aussi...

Partager ce message


Lien à poster

Bonsoir Joliette,

L'époque ce voulait ainsi... Cette texte (extrait non modifié du tome 1 de "Les sanglots longs") est inspirée par des faits malheureusement réels : la prison de Caen a bien connu cette histoire le 6 juin 1944.

Merci pour tous tes différents commentaires :pardon:

Mille et un baisers

Partager ce message


Lien à poster

×

Important Information

By using this site, you agree to our Terms of Use.