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Arlequin46

Les sanglots longs

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Jacques Durand fixait le bout incandescent de sa cigarette avec une grande concentration, comme s’il cherchait à y lire un avenir incertain. Cela faisait maintenant quatre ans, quatre longues années que cette guerre durait et personne ne savait dire combien de temps elle durerait encore.

Jacques aurait aimé savoir qui allait être le prochain de ses proches à disparaître sous les balles, sous la torture. Il se demandait s’il aurait, lui-même, la possibilité de voir le jour où son pays serait libéré… Quatre longues années.

Une petite brise souffla, le faisant frissonner et le ramenant à la réalité du moment ; la nuit serait très fraîche. Il tira une dernière fois sur sa cigarette, puis la jeta au loin dans la petite cour. Avant d’entrer dans la maison, il jeta un dernier regard vers l’extérieur de la cour, tout en tendant l’oreille. Aucun bruit, pas une ombre ; tout le village était endormi, respectant ainsi le couvre-feu.

Il poussa la porte d’entrée, s’assurant de bien la refermer derrière lui. Il prit la lampe à huile, brûlant à même le sol, et gravit les quelques marches qui menait au premier étage. Il se dirigea au fond du couloir et fit basculer l’échelle escamotable qui donnait au grenier.

Assis sur une botte de paille, Henri, son frère cadet, écoutait avec attention le speaker de la BBC, reposant sa tête entre ses mains. En face de lui, assise à même le sol, dos appuyé au mur, il y avait Hélène Grandin, tout aussi concentré sur l’émission radio.

« Athalie est restée en extase. Nous disons deux fois : Athalie est restée en extase »

Hélène était arrivée dans le réseau Avalon et, plus précisément, dans le groupe armé commandé par Jacques il y avait un peu plus d’un an. Son ancien réseau avait été entièrement démantelé, ses membres tous arrêtés, torturés ; ceux qui avaient réussir à survivre à la torture, avaient été fusillés.

Hélène avait été, dans un premier temps, refusée dans le réseau Avalon ; elle avait été la seule à ne pas être inquiétée, aussi, naturellement, beaucoup de soupçons avaient plané sur elle quant à la chute de ses anciens camarades. Finalement, c’est sur l’insistance de Jacques et à la condition qu’il la prenne au sein de son groupe, qu’elle avait pu rejoindre Avalon.

Jacques avait tout de suite eu le coup de foudre pour la jeune femme, mais n’avait toujours pas décidé de le lui avouer, l’époque ne se prêtant pas aux badinages, selon lui.

« Gabrielle vous envoie ses amitiés » dit la voix dans le poste radio.

Pour Henri, son entrée dans le réseau Avalon était beaucoup plus récente : à peine cinq mois. Jacques avait pourtant tout fait pour le dissuader de rejoindre un groupe de résistance ; il le trouvait trop jeune.

- Trop jeune ? Mon cher frère, quel âge, selon toi, faut-il avoir pour avoir le droit de combattre pour la liberté de son pays ? ne cessait-il de répéter.

Au bout du compte, Jacques avait fini par céder et avait demandé à son chef de réseau de le prendre au sein de son groupe. Il savait que, s’il ne l’avait pas fait, son frère aurait fini par intégrer un autre groupe ou réseau et il préférait l’avoir à ses cotés, pour veiller sur lui ; son chef avait accepté sa demande.

« De Marie-Thérèse à Marie-Louise ; un ami viendra ce soir »

Cette dernière phrase mit tous les sens de Jacques en éveil. Il alla s’agenouiller près du poste, pour mieux écouter, avec une certaine émotion qui n’échappa pas à son frère.

- Il se prépare quelque chose, dit Hélène. Depuis que tu es sorti, il y a des messages de ce genre qui se succèdent à grande vitesse.

- Henri, fit Jacques, à ton tour de sortir monter la garde !

En première intention, Henri eu envie de protester, voulant aussi écouter, savoir ce qu’il se tramait. Mais le regard perçant de son frère lui fit comprendre qu’il n’y avait pas de discussions possibles. Il se leva, à contrecœur, ramassa la lampe à huile et quitta le grenier, prenant soin de bien rabattre l’échelle ; à présent, Hélène et Jacques se trouvaient dans une semi-pénombre, éclairés par une simple bougie.

« Andromaque se parfume à la lavande »

Hélène décida de se rapprocher aussi du poste radio, se mettant à côté de Jacques ; étrange coïncidence, tout comme Andromaque, elle semblait s’être parfumée de lavande.

- Je crois que tu as raison, murmura Jacques. Ces messages ne sont pas ordinaires.

Il avait de plus en plus de mal à contenir l’excitation qui le gagnait. Toutes ses phrases, au premier abord incompréhensibles, destinées à des réseaux de résistance ou groupes armés différents, avaient, ce soir, une ampleur différente, même si, pour le moment, il n’arrivait pas à s’expliquer ce qui était différent.

« Les sanglots longs – Des violons – De l’Automne »

Les vers de Verlaine, tirés de « Chant d’Automne », résonnèrent étrangement dans la tête d’Hélène et Jacques ; ces vers, ils les connaissaient, ils étaient destinés à plusieurs groupes, dont le leur ; ces vers, ils les attendaient depuis si longtemps, qu’ils doutaient d’avoir bien compris le speaker de la BBC.

« Les sanglots longs – Des violons – De l’Automne », répéta la voir dans le poste.

Hélène et Jacques échangèrent un long regard, regard où chacun pouvait dans celui de l’autre, la foule de sentiments qui se bousculaient dans leur esprit.

- Les sanglots longs, balbutia la jeune femme.

- Des violons, poursuivit Jacques, de l’automne.

- Alors, tu as entendu la même chose que moi ?

- Oui, Hélène, oui !

- Ca veut dire que…

Hélène ne put aller jusqu’au bout de sa phrase ; ses yeux s’embuèrent et, toujours agenouillée au sol, elle se jeta dans les bras de Jacques. Tout deux se mirent à sangloter, mais ce n’étaient pas des larmes de tristesse car ils avaient bien mesuré la porté, la signification de ces trois vers de Verlaine : le débarquement alliés allait se faire dans le courant de cette semaine. Tout deux savaient que, d’ici quelques jours, les trois autres vers allaient suivre, indiquant qu’il ne resterait plus que 48 heures avant le débarquement des alliés : « Blesse mon cœur – D’une langueur – Monotone ».

Jacques et Hélène croisèrent à nouveau leurs regards ; chez lui, l’explosion subite de joie avait réveillé une autre émotion si longtemps enfoui, celle d’un homme aimant une femme.

Hélène aimait se perdre dans le regard bleu azur de Jacques ; il était reposant, rassurant. A cet instant, elle lut son désir, son amour. Depuis le premier jour, elle avait compris qu’elle ne le laissait pas indifférent, qu’il éprouvait, pour elle, des sentiments allant bien au-delà de l’amitié. Pourtant, il ne lui avait jamais rien dit, jamais fait la moindre allusion, la plus petite avance et elle lui était reconnaissante pour cette retenue.

Les sentiments de la jeune femme étaient beaucoup plus confus. Quand elle avait rejoint le groupe de Jacques, elle venait tout juste de perdre son amour d’enfance, l’homme qu’elle comptait épouser à la fin de cette sale guerre ; il avait fait parti de la rafle de son ancien réseau et avait succombé à la torture.

Jacques l’avait pris sous son aile, la réconfortant du mieux qu’il le pouvait, l’empêchant de faire la bêtise de se venger, l’aidant, peu à peu, à panser ses blessures. Elle éprouvait, pour lui, une amitié très forte, une amitié qui lui ferait risquer sa vie, sans la moindre hésitation, pourvu que lui s’en sorte. Mais amitié ne veut pas dire amours, même si ce soir, à cet instant très précis, elle avait une envie irrésistible de l’embrasser.

Jacques promena lentement sa main dans la longue chevelure brune de la jeune femme ; leurs visages étaient si proches, qu’il pouvait sentir le souffle de sa respiration. Hélène apprécia cette caresse ; elle ferma les yeux, approcha un peu plus son visage, toujours plus près jusqu’à ce que leurs lèvres se scellent dans un premier baiser.

D’abord timide, l’échange se fit de plus en plus passionné ; sous l’impulsion de la jeune femme, Jacques finit par tomber à la renverse. Allongé sur le sol, Hélène à cheval sur lui, il éclata de rire, bientôt suive par la jeune femme. Il voulu, enfin, lui avouer ses sentiments, mais, d’un geste de la main, elle lui imposa le silence.

- La guerre n’est pas encore finie, Jacques. Nous ne devons pas laisser des sentiments personnels interférer dans notre mission.

Elle avait raison ; il le savait. Les prochains jours allaient devenir de plus en plus dangereux et ils devaient restés concentrés sur les objectifs à venir.

Hélène vit une ombre assombrir le regard de Jacques. Elle se coucha sur lui pour lui prendre à nouveau les lèvres ; de passionné, le baiser était devenu fougueux. Entre ses cuisses, elle pouvait sentir le sexe de son compagnon devenant de plus en plus grand, de plus en plus dur.

Sans le quitter du regard, elle se recula un peu, jusqu’à ce que ses mains soit à porté du pantalon de Jacques. Elle se mit à caresser la verge, au travers du tissu, puis dégrafa la ceinture, descendit la braguette et, enfin, libéra le sexe de son carcan. Elle le regarda un moment, le caressant d’une main douce et experte, puis elle rapprocha sa bouche jusqu’à effleurer le gland de la pointe de la langue. Elle entendit la respiration de Jacques se faire plus rapide ; elle engloutit alors, lentement, la verge jusqu’au plus profond de sa gorge, arrachant des râles de plaisirs à son compagnon.

Jacques sentit tout son corps parcouru de frisson sous la douceur chaude et humide qui prenait possession de son intimité. Un instant, il pensa à son frère qui surveillait si des allemands ne venaient pas faire une visite surprise. Un instant, il se senti pris de remord ; il aurait dû descendre pour lui annoncer l’arrivée prochaine des américains. Mais ses remords furent vite balayés lorsqu’Hélène commença ses allers-retours sur sa hampe rigide.

Hélène prenait un plaisir non feint à faire monter le plaisir de Jacques. Tantôt elle enfournait entièrement la verge, tantôt elle se contentait de flirter avec le gland, tournoyant autour du prépuce, le tout en jouant avec les bourses. Puis elle sentit que la grosse veine commençait à battre de plus en plus vite ; elle accéléra alors ses vas-et-viens de la bouche. Les hanches de Jacques se mirent à bouger de manières désordonnées et il poussa un râle puissant lorsque la jouissance s’empara de lui. Hélène accueilli le sperme chaud et légèrement épicé au fond de sa gorge, se délectant de ce breuvage, buvant jusqu’à la dernière goutte.

La BBC continuait à diffuser ses messages codés. Hélène s’allongea tout contre Jacques, couvrant la verge, encore sensible, d’une main. Elle ferma les yeux, écouta quelques phrases et sentit la peur la gagner. En silence, elle pria Dieu de ne pas lui enlever, une fois encore, l’homme qui prenait de plus en plus de place dans son cœur ; des larmes roulèrent le long de ses joues.

Arromanches, 1 juin 1944

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Invité

Magnifique...

Tu nous plonges dans l'histoire d'une façon différente.

On ne pense pas qu'à cette période, des hommes, des femmes prennent du plaisir...Ou du moins, je n'avais jamais envisagé, la sexualité à cette époque tout simplement.

Je me plonge avec plaisir dans ton univers.

Merci à toi

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Oui luce

c'est une vision tellement réaliste de l'histoire (les petites histoires de la grande histoire)

Je deviens une fan....

vite je vais au suivant...

Merci Arlequin

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