Aller au contenu

Faites des rencontres coquines près de chez vous

Explor

Palmyrtari et Exploramsès

Recommended Posts

La satisfaction et la fierté se lisent dans le visage de Pharaon. Ramsès II le Grand, au pouvoir depuis seulement quatre années, a remporté une victoire dont on parlera encore pendant des siècles. A la tête de la valeureuse armée égyptienne, il a vaincu, à Qadesh, des Hittites deux fois supérieurs en nombre, mettant un terme à leurs prétentions sur notre territoire. Même esseulé dans le fracas des combats, son bras divin a frappé encore et encore, et sa lance a embroché des guerriers par milliers. Son char, tiré par les meilleurs chevaux d’Egypte, ne pouvait être arrêté par aucune force. Le Roi Muwatalli, terrorisé par la puissance de Ramsès II, n’a pas attendu la fin du premier jour de bataille pour demander l’armistice. C’est en tout cas ce que l’Histoire retiendra. Je le sais car c’est moi qui l’écris, l’Histoire.

Je suis Exploramsès, le scribe officiel de Pharaon.

Il m’a convié ce soir, aux festivités célébrant la victoire, pour récompenser mes services, dans son incommensurable magnanimité. Suivre et raconter toute une année de campagne militaire à travers le désert ne fut pas chose aisée. J’ai fait couler plus d’encre pour Pharaon que ses soldats n’ont fait couler de sang pour sa gloire. Et ce soir encore, mon maître me demande d’user de mon talent pour conter au monde entier le faste et la splendeur des fêtes qui annoncent, enfin, des temps de paix.

Ces fêtes, selon la volonté de Pharaon, coïncident avec le jour de Bès, dieu de la joie et de la gaité. Pour célébrer le Dieu, la Grande Prêtresse Palmyrtari va exécuter la danse rituelle devant les convives. Un moment attendu par les hommes dont la ferveur religieuse n’a d’égal que la lubricité. Chacun attendait avec impatience d’admirer la grande prêtresse danser. Son corps est plus agile que celui d’un serpent quand il ondule. Sa chevelure, imprégnée d’une magie mystérieuse, a la couleur du sable qui dessine des dunes sous le vent. Son parfum est celui des fleurs de Lotus qui poussent au bord du Nil, et ses yeux sont ceux des lionnes qui dévorent votre cœur.

Je le sais car je la désire depuis longtemps.

Elle avait vingt ans quand elle est entrée dans le temple de Bès, faisant vœu de pureté pour se réserver au Dieu rieur. Je venais à peine de naître quand elle est devenue Grande Prêtresse, il y a vingt années. Et depuis cet instant, elle n’a jamais cessé d’être plus belle et désirable chaque jour, et je n’ai cessé de la désirer chaque jour un peu plus. Chaque fois que je la croisais dans la Cour de Pharaon, et que nos regards se perçaient mutuellement, je croyais mourir de désir. Un jour où nous fûmes seuls dans les jardins de Pi-Ramsès, je ne pus résister à l’envie de glisser mes doigts dans ses cheveux. A peine apposai-je un baiser sur sa joue qu’elle me dit « Tu es encore jeune et tu ne sais pas ce que tu fais. Quand tu seras devenu un homme, capable de rompre mon vœu fervent de pureté et d’en assumer le poids dans son esprit, peut-être t’accorderai-je mes faveurs… ». Je suis parti le lendemain au côté de Pharaon pour faire la guerre aux Hittites. Je suis revenu changé, endurci, dénué de l’innocence qui berçait mes visions jadis. Je suis devenu, je le pense, le prétendant qu’elle attend…

Je trouve cette soirée longue. Quand on revient de la guerre et du sable, on n’est plus guère coutumier des rendez-vous mondains. Sur la longue table qui coupe la salle en deux, partant du trône de Pharaon jusqu’à l’estrade où aura lieu la danse, la nourriture trône en multiples couleurs et arômes. Piochant allègrement quelques dattes dans les plats, les généraux de Ramsès, richement parés, s’égaient en racontant aux courtisanes, courtement vêtues, leurs exploits militaires, tandis que les éphèbes s’affairent à servir de l’eau aux convives. Quelques politiciens discutent de tout sauf de l’avenir de notre nation, et Pharaon prend un air captivé alors qu’il n’écoute rien. Ses pensées sont au plaisir de savourer sa gloire. Quand il finit par se lasser des discussions stériles qui caractérisent le commun des mortels, il se lève, et tape une fois dans ses mains. Le silence se fait instantanément dans la salle. Il ne fait pas de discours, mais lance simplement de sa voix forte : « Que la danse de Bès commence ! ».

Les convives s’assoient. Pharaons demande aux politiciens de s’asseoir plus loin, cherchant ostensiblement à fuir les débats ennuyeux ce soir, et me veut à sa droite. Son épouse Néfertari, assise à sa gauche, contemple, avec un silence traduisant son dédain, la tablée d’officiers, de nobles hypocrites et de courtisans fielleux qui s’étend devant elle. Juste face à moi, de l’autre côté de la table, une place reste libre, et un serviteur du monarque en assure la réservation.

A l’autre bout de la table, qui forme un chemin jusqu’à la scène, des musiciens se mettent en place. Les tambourins battent un rythme lancinant, les archers effleurent les cordes des kêmangeh, le plectre pincent les cordes du qânoon, les flûtes sifflent comme des oiseaux virevoltants…la Grande Prêtresse Palmyrtari se dessine par transparence derrière le rideau. Sa silhouette aux dessins parfaits me captive déjà. Le rideau s’ouvre et la dévoile…

Partager ce message


Lien à poster
Guest ElGulo

Hééé c'est un beau début d'histoire. Belle mise en place !

On attend la danse lascive...

Partager ce message


Lien à poster

C’est jour de fête à Memphis, comme dans l’ensemble du royaume de Pharaon. En ce jour béni des dieux, nous célébrons la victoire de notre roi bien-aimé, Ramsès le Grand, sur l’envahisseur hittite lors de la bataille de Qadesh. Pharaon a choisi d’honorer Memphis, ancienne capitale de Basse-Egypte de sa présence pour le banquet officiel, plutôt que Pi-Ramsès, sa nouvelle capitale en voie d’achèvement.

Je ne peux cacher mon bonheur de ce choix, car il implique que c’est moi, Palmyrtari qui, en tant que grande prêtresse du dieu Bès, vais présider aux danses rituelles et festives du banquet. Je vais avoir la joie d’exprimer mon art devant sa majesté et Nefertari, la plus belle de toutes, la grande épouse royale. C’est une consécration pour moi, la récompense pour vingt-cinq années passées au service du dieu protecteur de la grande maison royale, le dieu de la musique, de la danse et de la joie. Vingt-cinq ans consacrés à la maîtrise de l’art subtile de la danse érotique, comme le veut la tradition.

Quand je me retourne sur mon parcours, j’ai du mal à réaliser tout le chemin parcouru. Je n’avais que dix-huit ans quand un prêtre a repéré en moi, lors d’une danse de village anodine, les qualités requises pour devenir prêtresse de Bès au temple de Denderah. Il m’a ensuite conduite à l’oasis de Bahariya, où se trouve le seul temple consacré à Bès. J’y ai passé deux ans de formation avant d’être initiée aux secrets du temple, selon un rituel que nous ne devons en aucun cas révéler aux profanes. A vingt ans, j’ai donc été admise dans le sein des seins, scellant mon engagement indéfectible par le tatouage sur ma cuisse de l’effigie de mon dieu, le nain monstrueux qui tire la langue et agite son tambourin.

J’ai consacré les cinq années suivantes à perfectionner mon art à Denderah, tout en continuant ma formation de prêtresse, cinq années au bout desquelles le collège des prêtres m’a élue grande prêtresse de Bès après le décès de ma mère spirituelle. Depuis maintenant vingt ans, ma vie est rythmée par les rituels incombant à ma charge, les ablutions matinales, suivies de la procession pour éveiller le dieu, l’ouverture du naos, les offrandes et les prières quotidiennes, sans parler de la préparation des grandes fêtes religieuses et la gestion des affaires courantes du temple.

J’ai maintenant quarante-cinq ans et l’heure du bilan approche pour moi. Non pas que ma vie s’achève, mais le poids des ans fait que mon corps perd progressivement de sa grâce et de sa légèreté. Depuis déjà plusieurs années, je m’emploie à former celle qui me remplacera en tant que première danseuse de Bès, pour pouvoir me tourner d’avantage vers les tâches spirituelles et administratives. J’ai eu une vie merveilleuse en tant que danseuse, j’ai dansé devant les plus grands, j’ai assisté au couronnement de Pharaon, j’étais présente l’an dernier à l’inauguration de Pi-Ramsès, la ville turquoise et j’ai côtoyé la plupart des courtisans et hauts-fonctionnaires de l’état.

Mon plus grand regret, c’est de n’avoir jamais pu connaître les joies de l’amour et de la maternité, étant liée par mon vœu de chasteté. Quelle ironie que celle qui célèbre chaque jour la gloire du dieu de la sexualité et de la grossesse par des danses lascives en soit réduite à imaginer les plaisirs qu’elle est sensée sublimer. A l’âge où mes sœurs devenaient mères, j’épousais rituellement mon dieu en lui faisant l’offrande de ma virginité éternelle. Il y a encore un an, jamais ces doutes n’auraient eu de place dans mon esprit. Mais l’an dernier, juste avant le départ pour la campagne militaire, il s’est produit un événement plus que troublant. Un jeune scribe, Exploramsès, a su émouvoir mon esprit et toucher mon cœur. Par des regards brûlants, puis un simple effleurement de ma chevelure blonde, il a éveillé en moi des sensations inconnues, à la fois délicieuses et troublantes. Quand ses lèvres gourmandes se sont posées sur ma joue, j’ai ressenti la même félicité qu’après la danse de la fécondation, la plus voluptueuse de toutes les danses rituelles. Je l’ai repoussé, mais, par faiblesse, je n’ai pas eu le courage de fermer complètement la porte. Je ne puis pourtant pas accéder à sa demande, premièrement en raison de ma condition de grande prêtresse et deuxièmement du fait de notre différence d’âge. Quel avenir pour ce jeune homme prometteur, dans la force de l’âge aux côtés d’une prêtresse vieillissante et liée par son serment ?

Mais le temps n’est plus aux réflexions, il me faut aller au palais royal et me préparer pour la danse de ce soir. Je me rends au temple pour prendre le nécessaire et je vais au palais en compagnie des autres danseuses et de quelques prêtresses qui vont nous aider à nous apprêter.

Au palais, dans la salle mise à notre disposition, l’humeur est légère et détendue. Nous connaissons toutes nos chorégraphies et les enchaînements. Les danseuses discutent et plaisantent tout en se préparant. Elles revêtent leurs longues robes transparentes et se parent de bijoux somptueux. Elles coiffent longuement leurs perruques noires, se fardent et se parfument en l’honneur de Bès et de Pharaon, son premier prêtre. Pour ma part, je me contente de la rituelle ceinture de perles et des bijoux rappelant mon statut, un lourd collier de turquoises autour du cou, un bracelet en or rigide enserrant mon bras, des boucles d’oreilles et des anneaux de chevilles. Je ne porterai pas la perruque ce soir, je préfère laisser libre mon opulente chevelure blonde, fixant de lourdes perles au bout des mèches pour que mes cheveux puissent bouger au rythme de la musique.

Un serviteur vient nous prévenir, Pharaon a ordonné le début de la danse. Vite, nous nous dirigeons vers la grande salle de réception. L’accès à celle-ci est obstrué par un rideau très fin, nous nous mettons en formation tandis que les tambourins commencent à battre la mesure. Je suis seule devant, pour attester de ma qualité de grande prêtresse, les danseuses se plaçant deux par deux derrière moi.

Sur un signe de ma part, deux serviteurs écartent le rideau et je m’avance, seule, sur la pointe de mes pieds nus, les bras levés en corbeille au-dessus de ma tête. Je me dirige lentement vers la scène, y prends place face à Pharaon et pose un genou au sol. Je me penche en avant, mes mains venant toucher l’estrade loin devant moi. Puis je me redresse progressivement en levant les mains au ciel dans un geste d’offrande et de bénédiction. La musique s’est arrêtée, je reste immobile, la grande salle est devenue silencieuse. Beset, épouse de Bès, se transfigure à travers moi, m’offre son énergie divine pour rendre hommage à son époux.

Une harpiste entame un air doux et lancinant, ma transe commence et mon corps se met à onduler lentement, tel un serpent envoûtant, en un mouvement qui part de mes paumes levées au ciel pour descendre progressivement le long de mes bras, de ma poitrine, de mes hanches et de mes cuisses, jusqu’à mes chevilles. Une flûte s’ajoute à la harpe pour obliger mon corps à amplifier et accélérer ses ondulations. Les flambeaux allumés de part et d’autre de la scène accentuent l’impression que mon corps se transforme progressivement en un serpent enflammé. L’énergie de Beset m’envahit, dévorant mon corps d’une chaleur intense, je ne vois plus l’assistance, la musique et la danse me possèdent, je deviens déesse toute puissante pour étendre ma protection et mes bienfaits à l’assistance silencieuse et immobile. La lueur des flambeaux accroche des perles de feu dans ma crinière blonde et sur ma toison intime dévoilée aux yeux des invités. Je voudrais que ce moment de communion dure éternellement.

Mais déjà les tambourins prennent le relais sur un rythme endiablé et les danseuses envahissent la scène en virevoltant telles des oiseaux-mouches. D’un bond, je les rejoins dans leur pirouettes endiablées, enchaînant avec grâce mouvements et contorsions. Je suis une liane, une plante grimpante, un serpent ondulant au rythme de la musique. Je sens la captivation du public, les yeux lubriques de tous ces mâles sur moi. Ca ne m’atteint pas, je suis dans mon monde, auprès de mon dieu, j’ai envie de danser éternellement, jusqu’à la mort, de célébrer pour une dernière fois le culte du dieu Bès, avant de disparaître au plus profond d’un temple. Je sais qu’il s’agit là de ma dernière danse publique, mon apothéose, que je veux réussir à tout prix, comme une ultime offrande à ce dieu qui m’a tout donné, mais aussi tout pris.

Je sens un regard sur moi. Plus insistant que les autres. Je suis troublée, il s’en faut de peu que je ne rate les pas suivants ! Progressivement, je sors de ma transe et observe ce charmant jeune homme, Exploramsès, qui m’a embrassé il y a un an.

Comme d’habitude ces derniers temps, ma communion avec Bès me laisse un sentiment d’insatisfaction au creux du ventre, il me manque quelque chose pour me combler. J’ai 45 ans et je n’ai jamais connu l’amour physique. J’ai offert toute l’énergie divine à l’assistance mais ce besoin impérieux de ressentir un plaisir physique avec un jeune homme reste insatisfait. Mes yeux sont fixés sur ce jeune scribe qui m’attire plus que je ne peux le décrire ; je ressens de divines chatouilles au plus profond de mon corps, mes tétons pointent plus que nécessaire sous la douce caresse du courant d’air traversant la grande salle de réception.

Mon regard accroche le sien, je suis comme hypnotisée, je n’arrive plus à coordonner mes mouvements. Je me tourne vers une de mes danseuses et lui fais signe de prendre ma place, puis je quitte la scène pour me diriger vers les coulisses. Je suis en colère contre moi-même, contre les émotions qui me submergent ; j’ai écourté ma dernière et plus grande célébration par incapacité à gérer les sensations qui m’assaillent. Au moment de sortir du le salle, un chambellan s’approche de moi pour me murmurer quelques mots à l’oreille…

Partager ce message


Lien à poster

A la fin de la danse, je perçois une atmosphère troublée autour de moi. Bien sur, la sublime prêtresse reçoit les applaudissements de l’assistance pour sa prestation. Les hommes, bien plus que les femmes, sont ébahis, éblouis. Tous se sont levés pour ovationner la prêtresse. Tous sauf Pharaon…et moi.

En ce qui concerne Pharaon, son rang lui interdit de témoigner trop d’enthousiasme : son orgueil et sa superbe le confinent à un devoir de réserve. En outre, il a perçu, tout comme moi, la fuite anticipée de la grande prêtresse. Il m’interroge du regard à ce sujet, je le sens. Pourquoi la Grande Prêtresse a-t-elle abandonné ses danseuses sur scène ? Comment a-t-elle osé tourner le dos à Ramsès, et partir, avec un air visiblement troublé ?

En réalité, mon cerveau entre en ébullition sans pouvoir émettre la moindre réponse intelligente. Tout à la fois, je cherche à faire comme si de rien n’était, me préparant à lancer à Pharaon une phrase commençant par « Quel succès ! Fantastique, n’est-ce pas ? Quoique un tantinet… », et en même temps, je cherche des excuses pour la divine danseuse. Comme si j’étais responsable de son départ. Comme si j’avais un lien direct avec elle. A la réflexion, c’est totalement absurde de ma part. Je suis un invité comme les autres, ne comprenant rien à ce qui s’est passé.

Ou peut-être qu’au fond de moi, je sais que je suis en partie fautif. Comment ne pas me sentir coupable en repensant au trouble qui a envahi ses yeux lorsqu’ils ont croisé les miens ? Je n’ose y croire. Pourtant, à un instant bien précis, j’avais ce sentiment si prétentieux…L’envie de croire qu’elle dansait pour moi. L’envie de croire qu’en croisant mon regard, elle m’annonçait son envie de me donner ce qu’elle avait refusé un an auparavant.

Je touchais des yeux son corps ondulant en rêvant d‘y poser ma bouche. Je rêvais de ses seins, généreux et proéminents, offerts comme deux cadeaux à mes mains. Et ces hanches ! Ce bassin oscillant avec lenteur et lascivité ! Que ne donnerai-je pas pour en faire le foyer de mon ardeur ?

Je ne me suis pas levé pour l’applaudir, non pas parce que j’étais surpris : voyant les erreurs qu’elle commettait, le malaise qui l’envahissait et son regard qui se troublait, je ne fus en fait aucunement surpris de la voir s’en aller, d’autant que l’impression d’être à l’origine de cet échec se confirme en moi.

Non, si je suis resté assis, c’est par un réflexe de honte naturelle : celui de cacher la traduction physique de mes pensées lubriques. En tant que scribe, je prends en note le fait qu’un pagne, sans rien en dessous, n’est guère conseillé pour masquer une érection. Je souhaite que dans les millénaires à venir, l’homme invente un vêtement qui remédie à cela !

Alors que les spectateurs se rassoient sur leurs chaises de bois sculpté, je me tortille discrètement sur mon siège pour remédier à l’inconfort de mon organe virilement tendu entre les jambes, attendant par intermittence que Pharaon regarde ailleurs, ce qu’il fait trop peu à mon goût. Il attend de moi des explications, comme si j’étais un scientifique expliquant un phénomène rare. Je me décide à parler, priant intérieurement pour qu’il ne remarque pas mes fesses pivoter en tous sens avec lenteur sur la chaise.

-« Altesse, cette danse fut un divin et délicat spectacle, la Grande Prêtresse, comme toujours, a su captiver les sens et… »

-« ET S’EN ALLER AU MILIEU DE LA CEREMONIE ! » m’interrompt-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? »

Là, ma détresse est à son comble. La situation était inconfortable jusqu’alors. Elle devient véritablement embarrassante. Je ne trouve qu’une seule chose à dire pour calmer sa colère naissante, et dévier son regard de moi :

« Altesse, pourquoi ne pas le lui demander ? Cette chaise que vous avez réservée face à moi est pour elle, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi ne pas la faire venir à table sur le champs ? »

Je pousse intérieurement un soupir de soulagement en constatant qu’il obtempère à ce conseil lancé dans une totale improvisation. Il appelle à lui un chambellan, et lui parle à l’oreille. L’homme s’éloigne vers la porte menant aux coulisses, y accompagnant Palmyrtari. Quelques minutes s’écoulent. Pharaon rumine sa colère. Moi je me concentre pour apaiser l’ardeur de mon corps. Nefertari regarde son époux avec inquiétude, espérant qu’il ne va pas s’emporter.

Le chambellan revient, suivi de la Grande Prêtresse. Elle a changé de tenue, arborant une tenue mondaine mais au combien affriolante. Le vêtement de lin cache ses seins tout en soulignant leurs contours, dévoile son ventre presque totalement, et se prolonge en une jupe de lin qui lui arrive juste au dessus des genoux. Le haut et le bas de cette robe légère sont liés par des lanières de cuir qui s’entrecroisent sous le nombril et dans le dos. Ca et là, des chaînettes dorées pendent et cliquettent au rythme des pas de la belle, venant frapper son ventre et ses cuisses. Des broches d’or forment par endroits une sorte d’écume dans la mer ondulante de ses cheveux blonds. Ses pieds nus foulent avec une incomparable légèreté les dalles de la salle.

Ô, Amon-Râ ! Qu’as-tu créé de plus beau que la divine danseuse, qui s’avance, la tête haute quand tout être mortel devrait se montrer penaud ? Elle marche d’un pas décidé. Je devine en elle un mélange de honte face à l’échec, et de fierté naturelle, qui la pousse à assumer sans baisser les yeux. Elle ne les baisse pas, d’ailleurs. Elle ne me regarde pas. Je ne peux m’empêcher de me confirmer l’idée que je la trouble. C’est flatteur. Quel autre homme pourrait se vanter de susciter un tel sentiment chez la femme la plus désirable de toute l’Egypte ? Je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire en coin, en versant, avec galanterie, de l’eau dans un gobelet à l’attention de la nouvelle arrivante.

Sans salutation, sans aucun autre mot, sans même attendre que la belle ait fini de s’asseoir, Pharaon lance impitoyablement :

« Explique-toi, femme ! »

Elle se décide alors à me lancer un regard en coin. Un sourire se dessine sur ses lèvres auxquelles je suis subitement suspendu. Le sourire d’une joueuse, pariant sa vie en tendant sa main à un cobra irascible, confiante dans sa capacité à être plus rapide en prenant le serpent à contrepied.

« Pharaon » dit-elle. « Le regard lubrique de votre scribe m’a troublé. J’ai eu peur que ce jeune puceau n’ait subitement envie de grimper sur la scène pour assouvir quelque désir bestial. Il n’a pas encore connu la chaleur d’une femme : il avait l’air si tourmenté de me voir danser que j’ai préféré mettre fin à ses souffrances ! »

Je manque de m’étouffer en avalant de travers. Non seulement Pharaon va la faire décapiter, mais en plus, elle m’humilie publiquement ! Je ne sais plus où me mettre. Pharaon reste interloqué, se tourne vers moi. J’attends avec terreur les mots qu’il va prononcer. C’est alors que l’impensable se produit : il éclate de rire. Sa voix de Stentor retentit dans toute la salle au point de couvrir un instant toutes les autres conversations disparates de la tablée. Il en tape du poing sur la table, convulse, se tord d’une joyeuse douleur au ventre. Il se décide, au bout d’une minute à rire seul, devant mon visage interloqué, et devant celui, souriant et confiant, de la prêtresse, à m’adresser la parole, entrecoupant ses mots de rires spasmodiques :

-« Est-ce bien vrai cela, Exploramsès ? Tes démons de jeunesse ardente n’ont-ils jamais été rassasiés par le goût d’une femme ? »

Je meurs de honte

-« Si…enfin, c'est-à-dire que…voyez vous, Altesse,…je ne sais pas trop….c’était….enfin c’est… une femme…et puis….enfin…moi…je…»

Pharaon se tourne vers Palmyrtari sans prêter attention à mes balbutiements plus que confus :

-« Tu as eu sans doute raison d’arrêter de danser, Grande Prêtresse ! Vois dans quel état tu as mis mon meilleur scribe ! » dit-il en riant de plus belle.

Elle adopte un petit rire sarcastique, contente d’avoir coupé habilement à ce qui aurait dû être une terrible colère de Pharaon. Elle me regarde en coin, ostensiblement fière de m’avoir ridiculisé. Moi je la regarde sans comprendre mes émotions. Je n’ai nul courroux contre elle. Je suis impressionné par la façon dont elle a tourné la situation à son avantage. Et ses yeux m’obsèdent. Et sa peau dont je devine la douceur de pêche. Et sa bouche, à laquelle elle porte le gobelet que je lui ai servi en me regardant avec défi, avec cet air de dire « Tu me convoites, mais tu n’es en fait que mon jouet ». Pourtant, je ne peux m’empêcher de croire que je discerne du désir en elle. Moi en tout cas, j’en ai pour elle, et il se manifeste de nouveau entre mes jambes tandis que je regarde ses yeux ardents.

L’espace d’un instant, tandis que Pharaon poursuit un discours amusé avec sa femme, nous nous fixons l’un et l’autre sans que plus rien autour de nous n’ait d’importance. J’ai attendu une année entière pour revoir cette créature divine, qui a tant de fois envahi mes rêves. Elle est le joyau de ce monde, qui irradie ma vie de lumière même loin de moi. Et je sais qu’elle me contemple elle aussi avec plaisir. Je le sens. Quand subitement, Pharaon se retourne vers elle pour lui parler, il la fait sursauter, interrompant sèchement notre échange de regard teinté tout à la fois de défi, de désir et de tendresse. Elle en fait tomber son gobelet qui roule à terre, contre son pied. Elle se penche pour le ramasser. Lorsque je comprend le danger de ce geste anodin, il est trop tard.

Car en se penchant sous la table, elle ne peut manquer de voir la marque de mon désir. D’autant que la dite est marque a une taille qui est loin de me complexer, quoique ce soir, je la trouve diablement encombrante ! Sous mon pagne se dresse ma virilité dans sa splendeur la plus explicite. Et avec les regards que la divine femme de mes rêves et moi échangeons, elle ne va pas manquer de faire le rapprochement. Et le clamer haut et fort. Et m’humilier davantage. Voir, me faire renvoyer de la Cour pour une conduite indécente envers elle. Ô, Osiris, fait qu’elle ne voit rien. Ce serait un pur miracle vu sa position et son emplacement face à moi, mais fais le quand même…

Je ne crois pas que ma prière ait été entendue en voyant son sourire lorsqu’elle se redresse sur son siège, le gobelet à la main. Le sourire d’une femme qui va s’offrir le luxe de briser ma carrière et de m’envoyer en prison pour mes pensées impures envers un membre éminent du clergé. Elle ne dit rien. Elle me regarde avec son petit sourire. Elle répond distraitement, par oui ou par non, à Pharaon, qui lui demande, avec un humour de piètre qualité, quelques banalités sur l’art de séduire en dansant. Elle ne me lâche pas des yeux, et moi je voudrais disparaître, être ailleurs, n’importe où, sauf sous son regard intense qui m’emplit autant de désir que de honte.

Une jambe vient frôler la mienne par la face intérieure. SA jambe. Son pied nu caresse ma cheville de haut en bas. Mon sang bouillonne en moi. QUE FAIS-T-ELLE ? hurle une voix en moi. Je prends un regard qui doit être bien étrange à voir, où le mélange, l’inconfort lié à l’érection cachée avec peine, le désir et l’interrogation interloquée se mêlent en direction de la belle. Mais son regard à elle ne change pas : un sourire divin, qui redit avec insistance « Tu me convoites, mais tu n’es en fait que mon jouet ». Un défi. L’envie de m’incommoder publiquement pour m’éprouver, me tester. Du sadisme, peut-être ? Du désir mêlé à un tempérament joueur ? L’envie de me pousser à la faute pour me punir de mes pensées impures ?...ou un jeu de séduction pour partager ces pensées impures ?

Son pied, avec douceur et délicatesse, remonte jusqu’à ma cuisse maintenant…Et Pharaon se tourne vers moi pour me parler. Je ne peux pas la repousser sans risquer de dévoiler ce qui se passe sous la table… et au fond, je ne veux pas refuser ses avances. Mais je dois écouter Pharaon et lui répondre quant il parle sans rien laisser transparaître. Pris entre deux feux.

L’enfer commence, je le sens…

Partager ce message


Lien à poster

(Petite Correction sur une faute de frappe:

-« Tu as eu sans doute raison d’arrêter de danser, Grande Prêtresse ! Vois dans quel état tu as mis mon meilleur scribe ! » dit-il en riant de plus belle. )

edit correction faite :P melia. Des que j'aurais plus de temps je lirais votre chef d'oeuvre :D

Partager ce message


Lien à poster
Invité

Je suis fan :P

J'ai hâte de lire la suite

Partager ce message


Lien à poster

Je n'avais pas encore lu votre histoire par manque de temps et je dois dire que, comme toujours, votre plume à tous les deux est très captivante et le décor de votre récit très bien rendu. Merci pour ce début, j'attends la suite avec impatiences !

Partager ce message


Lien à poster

×

Important Information

By using this site, you agree to our Terms of Use.