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La bataille du Thermodon

Orchidée

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Les Cimmériens du nord ne représentaient pas une culture au sens littéral. Pillage, rapine et viol occupaient leur temps quand ils ne se louaient pas comme mercenaires. Lusgard ne pouvait ignorer la caravane de femmes sans voir son autorité remise en question. Il entraîna donc une douzaine de guerriers sur la pente rocheuse, tandis que les autres en contrebas patientaient.

Lysippé visa posément puis libéra son javelot. Le hurlement de Lusgard, touché en pleine poitrine, sonna comme la corne annonciatrice de la charge. Hélène bondit de rocher en rocher à la tête de la vingtaine de femmes, les autres trop jeunes ou trop peu aguerries, taillant les chairs et tranchant les têtes.

Le jour naissant surprit Hélène et son escouade à découvert en bas de l’escarpement comme il surprit les Cimmériens. À vingt contre cinquante, la balance penchait fortement en faveur des hommes.

S’il eut pu se trouver une divinité capable d’intervenir, nulle ne daigna en l’instant observer la grande plaine herbeuse entre la Mer Noire et le fleuve Thermodon. Lysippé devait-elle achever ici sa course qui, le tiers d’une année durant, l’avait conduite si loin de sa terre natale ?

En guerriers émérites, les Cimmériens marchèrent aussitôt à l’assaut. Se précipiter représentait le risque de devoir tuer toutes ces femmes. Or – dans leurs esprits de mâles vaniteux – éliminer les meneuses suffisait. Les autres deviendraient esclaves ou concubines.

Hélène lut dans le regard de sa mère l’étendue de la confiance accordée. La jeune femme s’enquit de la course du soleil puis, suivie par sa troupe, décrivit un arc de cercle sur une centaine de mètres afin que l’astre rasant éblouisse la cohorte menaçante.

Thémis, prénommée ainsi en l’honneur de la seconde épouse de Zeus, choisit alors de révéler sa présence. La quatrième fille de Lysippé apparut comme par magie à la tête d’une trentaine de toutes jeunes filles armées d’arcs déjà bandés.

La première volée de flèches surprit les Cimmériens dont une vingtaine arrosa de sang l’herbe grasse. La seconde, si elle n’en tua que dix, acheva de désorganiser les barbares. Ceux-ci se précipitèrent sans raisonner sur les pas des jeunes filles déjà à gravir l’escarpement avec la souplesse de cabris.

L’armement lourd qui aurait dû en plaine leur apporter la supériorité s’avéra un handicap mortel. Le soleil ne brûlait pas encore la terre que l’âme de chaque barbare avait abandonné son enveloppe sanglante entre les rochers.

Lysippé contempla avec une pointe d’orgueil la troupe réunie à se laver dans les eaux calmes du Thermodon. La victoire ne souffrait d’aucune amertume comme n’engendrait nul esprit de suffisance. Elle se voulait la conséquence logique de la complicité entre ses filles comme de la confiance accordée par ces femmes arrachées ici et là à un funeste destin.

Le reste de la journée et la nuit suivante furent calmes, dédiés à la récupération des forces. De nouveau Aphrodite visita en rêve sa protégée et lui parla en ces termes.

– Vois Lysippé, ton exploit est déjà célébré comme il se doit dans l’Olympe. Zeus lui-même marmonne tes louanges dans sa barbe grisonnante. Tu as trouvé ta terre, reste à fonder ton peuple.

– Comment ? interrogea l’interpellée. Nous ne sommes que cent cinquante et pas un géniteur.

– Fouille les alentours à marquer ton territoire, souffla la Déesse d’un sourire entendu. Nombre de femmes esseulées ou en danger guettent ta venue sans le savoir. Artémis la Déesse de la lune aura parcouru 12 fois le ciel dans son cycle parfait (1 an dans notre calendrier contemporain) que tu permettras à certaines de s’accoupler le temps de concevoir. Mais n’oublie pas : nul homme, fut-il enfant, ne doit partager votre existence. L’avenir des mortels est à ce prix.

Aphrodite laissa alors Lysippé à son repos, sachant qu’elle s’adresserait à sa troupe le lendemain. L’histoire en marche devait traverser les âges incertains afin de nous parvenir.

– Nous avons assez marché, entonna Lysippé dont la voix requit l’attention. C’est ici, lieu de notre première victoire, que s’élèveront les murs de notre cité et les fondements de notre royaume. Une civilisation nouvelle dont les hommes seront exclus sauf à ensemencer les volontaires le temps venu. Complètes et complémentaires, nous saurons nous passer de leurs services dans le travail des corvées comme dans les jeux de l'amour.

D’aucunes sourirent, d’autres conservèrent le sérieux, toutes embrassèrent du regard ce domaine maintenant leur.

– En l’honneur de ma quatrième enfant qui nous permit hier de vaincre sans subir aucune perte, notre cité portera le nom de Thémisycre. Et nous, femmes libres du joug des hommes, deviendrons avec fierté les Amazones.

Il est important de noter que toutes les gravures d’historiens de l’époque représentent les Amazones à pied ou à cheval dans leur physionomie parfaite. Seuls les médisants et les ignares imaginèrent, des siècles plus tard, que ces femmes libres pussent mutiler leur sein droit sous le fallacieux prétexte d’utiliser un arc.

L’esprit féminin, affranchi de la volonté de domination des mâles, a toujours su se montrer subtil et inventif.

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6 Commentaires


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J'ai l'impression d'être là bas, Orchidée je ne suis plus fan mais je deviens disciple de ton écriture

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As-tu reçu mon message ? J'attends ton texte pour savoir si tu mérites lauriers ou verge.

PS : Franchement j'ai un peu galéré. Pas évident de raconter une bataille. Même dans l'écrit, l'amour est plus simple à faire que la guerre. :)

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Orchidée j'ai adoré ... il faut que je me remettes sérieusement à écrire, et surtout retrouver mes écrits que j'ai perdu au fil de la toile.... Le chevalier DercHan de Saint-Loup n'est point mort, son fidèle cousin, et narrateur, le paladin Jehan-Loup d'Austrasie revivront ainsi de par leurs aventures épiques.... Merci Orchidée, tu a réveillé des sensatiions et aventures auxquelles je ne révait plus... Bizzzzz

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Même la guerre devient délicieuse quand elle est écrite par toi !!!

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Orchidée j'ai adoré ... il faut que je me remettes sérieusement à écrire, et surtout retrouver mes écrits que j'ai perdu au fil de la toile.... Le chevalier DercHan de Saint-Loup n'est point mort, son fidèle cousin, et narrateur, le paladin Jehan-Loup d'Austrasie revivront ainsi de par leurs aventures épiques.... Merci Orchidée, tu a réveillé des sensatiions et aventures auxquelles je ne révait plus... Bizzzzz

Vas-y ! Rêve et fais-nous rêver. C'est le but premier de ce forum.

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Même la guerre devient délicieuse quand elle est écrite par toi !!!

Peut-être mon amie :) Mais je préfère raconter l'amour. Maintenant il est important de situer historiquement et géographiquement l'action, c'est cela aussi le travail d'écriture d'un roman.

Bisous ma belle

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