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Nuit d'Été - 25/10/14

Ainsel

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« I read it in the papers, so it must be true…» J. Moriarty

 

Je ferme les yeux pour savourer un peu plus la caresse de cette douce nuit estivale sur mon visage. Instants féériques, je pourrais jurer que je suis en train de flotter tellement je me sens bien…

J’ouvre les yeux et tourne légèrement la tête pour la regarder tout bas. Silencieuse, elle marche en souriant, de ce sourire à nul autre pareil et qui illumine tout son visage… Belle en toutes circonstances, elle devient sublime dans ces moments-là, et c’est au prix d’un effort presque surhumain que je domine l’élan qui me pousse à l’enlacer. Elle prend cependant quelque imperceptible geste de ma part pour une invitation - les corps sont plus éloquents que les paroles - puisqu’elle vient poser sa main au creux de mon bras comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

Sa peau contre la mienne, pour la première fois. Et son sourire, toujours.

Je frissonne. Je n’arrive toujours pas à réaliser qu’elle est là, contre moi, et que nous marchons côte à côte dans cette ville qui s’endort… que notre relation épistolaire s’incarne de la façon la plus réelle qui soit, malgré tous les obstacles. Je repense aux premiers mots que nous avons échangés derrière nos écrans, à nos conversations qui, de cordiales, sont vite devenues enjouées, avant de glisser insensiblement vers ces trésors de culture, d’humour et de tendresse dont je serais absolument incapable de me passer aujourd’hui. Peut-on se priver de musique et de soleil ?

Perdu dans ces délicieuses pensées que j’espère partagées, je laisse nos pas nous porter dans ces jardins obscurs où les derniers bruits étouffés de la ville nous parviennent à peine, comme si la végétation elle-même tenait à préserver la magie de cette soirée. Nous arrivons dans une petite clairière où se trouve un banc. Tout est désert. Au risque de se perdre dans l’immensité céruléenne de leurs iris, mes yeux rencontrent les siens et leur adressent une question muette. Elle acquiesce d’un signe de tête ; les mots, qu’elle sait pourtant manier mieux que quiconque, sont devenus inutiles, et c’est en silence que nous allons nous asseoir à l’écart du chemin et du reste du monde. L’univers réduit à cet écrin qui n’existe que pour nous.

Nous voilà assis, enveloppés d’ombre et savourant un silence que troublent seulement les invisibles petites créatures nocturnes qui nous entourent. Je lève un instant les yeux pour contempler le firmament constellé d’étoiles, seul témoin de ce rendez-vous interdit, et lorsque je les baisse à nouveau je reçois une claque magistrale. Métaphorique, mais qui ne me soufflette pas moins : le léger gilet qu’elle portait il y a encore quelques instants a disparu, laissant place à un débardeur qui ne cache plus rien des courbes parfaites que dessinent son cou, ses épaules et ses bras nus. Son sourire a disparu également, et je devine son trouble  - que ses joues empourprées viendraient me confirmer si nous n’étions plongés dans la pénombre - malgré son regard assuré. Une invitation.

Comme on contemple le vide avant de s’y précipiter, je la regarde, intensément, voulant imprimer avec la plus grande précision chaque détail dans ma mémoire… sa tenue estivale qui laisse délicieusement le soin à l’esprit de dessiner ce qu’elle dissimule au regard… sa peau veloutée… ses yeux qui m’hypnotisent… sa chevelure soyeuse qui prend, sous l’éclat de cette pleine lune estivale, des reflets argentés… Moi je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté. Sans plus réfléchir, je la prends dans mes bras, et tout mon être se retrouve aussitôt enveloppé de fragrances fruitées. Une odeur de fraises, surtout, qui m’envoûte plus que tout autre.

Je vis pleinement ce moment que j’avais à la fois tant espéré et tant redouté… Mille fois je nous avais imaginés enlacés de la sorte, mais pas une n’a pu même esquisser l’intensité de ces instants ! Mon trouble est immense, et si j’en juge par sa respiration devenue plus courte, par ses mains que je sens se serrer dans mon dos, il est partagé… Combien de temps restons-nous ainsi, presque immobiles, à nous enivrer du bonheur de sentir sous nos doigts la chaleur de l’autre, bercés par une même respiration où nos souffles se mêlent ? Une minute, une heure ? Impossible à dire, le temps s’étire à l’infini pour ne devenir qu’une notion abstraite. Plus rien d’autre n’existe qu’elle.

Me rendant soudain compte que je la serre contre moi plus fort que je ne le voudrais, je relâche sagement mon étreinte et la regarde… Sa chevelure est venue jeter pudiquement devant son visage un voile tissé d’or tandis qu’elle se nichait contre moi.

"Tu es quelque part par là" lui dis-je avec malice en écartant doucement quelques mèches d’une caresse sur son front qui va se perdre dans ses cheveux. Elle sourit. Je fonds intérieurement.

"Ça va ?

- Oui !" me souffle-t-elle dans un murmure plein de tendresse. Son visage qui me fascine, à quelques centimètres du mien.

- … Je suis content que tu sois restée."

A ces mots, sans rien dire, je la sens se presser un peu plus contre moi… la plus éloquente des réponses… Et soudain, je sens un désir impérieux m’envahir. Est-ce ce subtil mélange d’ingénuité et d’audace qui me fait ainsi chavirer, sa voix douce, presque timide, issue de ce corps délicat devenu incandescent sous mes mains ? Est-ce le Goût qui, enragé de jeûner tandis que ses quatre frères font banquet, réclame sa part ?

Comme prises d’une volonté propre, mes lèvres cherchent le velours de sa peau et, sans que je puisse les retenir (mais le veux-je vraiment ?), viennent embrasser son cou gracile où mes résolutions se perdent. Ma bouche remonte bientôt vers le lobe de son oreille que j’attire, du bout de la langue, entre le ciseau d’ivoire de mes dents, arrachant à ma tendre partenaire un soupir plein de sensualité et de promesses tandis que sa tête se renverse en arrière. Mes mains ne restent pas inactives, et je constate qu’elles se sont audacieusement glissées sous le tissu de son débardeur pour venir au contact de sa peau nue, torride… et qu’aucun soutien-gorge ne vient contraindre ! Cette découverte les embrase tout à fait, et il serait bien vain de tenter de retenir deux chevaux ainsi emballés ; je ne peux qu’essayer de diriger au mieux les folles arabesques qu’elles dessinent dans le dos de la belle… l’une remonte presque à la base de sa nuque avant de glisser vers une épaule tandis que l’autre descend au creux de ses reins que je sens se cambrer sous cette caresse, arrêtée seulement par le rempart de son pantalon qui garde farouchement ce que je voudrais pouvoir saisir à pleine main, et dont je ne peux que deviner la naissance du bout des doigts.

Rrrr

Je suis au comble du bonheur, je suis perdu, je vis enfin, j’étouffe ! J’ai envie de caresser la moindre parcelle de sa peau, d’en explorer toutes les courbes sans exceptions, et dans cette noble quête l’une de mes mains vient s’égarer sur son ventre, dont la pureté et la blancheur sublimées par les rayons de la lune évoquent la sculpture de quelque divinité grecque… mais le marbre est froid, et les statues n’ont pas cette respiration courte, presque saccadée, qui parvient en ce moment à mes oreilles. Non ! C’est une jeune femme pleine de vie qui me serre dans ses bras… Pleine de désir aussi, car c’est maintenant son corps tout entier que je sens onduler sous mes mains, accompagnant de gémissements lascifs et exquis mes caresses qui se font plus précises, plus appuyées, plus intimes… Ainsi lorsque ma main posée sur son ventre, décrivant de lents cercles excentriques, se rapproche insensiblement de sa poitrine voluptueuse… Sans la toucher d’abord, juste l’idée d’une caresse. Puis ce contact qui lui arrache un frisson - j’en souris malgré moi - quand, enfin, mon pouce vient effleurer par en-dessous l’un de ses seins… Oh ! presque rien, à peine un frôlement… avant de redescendre, préparant le prochain assaut...

Rrrrrrrr

Je prends alors pour la première fois conscience de ce faible grondement, régulier et lointain, comme venu du plus profond d’elle-même. Ou l’ai-je imaginé ? Je la regarde, le souffle court, sublimée par le désir qui l’inonde, et comprends que j’ai depuis longtemps jeté au feu mes principes et ma réserve, ce feu qu’elle a allumé en moi et qui me consume. J’en veux plus. Je la veux, elle. Mes caresses, que je voudrais douces et tendres, deviennent animales. Non, pas animales… bestiales. Tout mon être rugit et m’ordonne de m’emparer de son corps délicat, ici et maintenant. J’ai envie d’elle. Je veux lui arracher ce débardeur devenu inutile. Je veux la mettre à nu devant moi puis, renversée et offerte, venir boire directement à la source de son désir et déguster ce nectar gorgé de saveurs que les mots seraient impuissants à décrire. La Boire, avant de la Prendre. Comme une libération pour nos deux corps qui implorent cette union.

Rrrrrrrrr

Ce grondement encore… mais plus proche, et apaisant. Les fées ronronneraient-elles ?

Rrrrrrrrrr

Elle plonge ses yeux bleus dans les miens et, redevenant un instant maîtresse de sa respiration, me souffle un mot, un seul, le seul que j’aie envie d’entendre à cet instant…

"Viens"

C’est là un oRrrdre auquel il convient d’obéir, et sur-le-champ ; comme libéRrrée, ma bouche vient aussitôt prendre possession de la sienne dans un baiser passionné où nos langues dansent avec fièvRrre comme si elles se connaissaient depuis toujouRrrs, tandis que mes mains

RrrrrrrrrrrrMAOU !

J’ouvre les yeux, mon corps presque nu couvert de sueur… Je ne comprends pas, il fait jour et je suis seul ? Je jette un regard incrédule autour de moi, et croise celui du fidèle quadrupède qui partage ma vie… et qui commence à avoir faim ! Ravi d’avoir réussi à me tirer des bras de Morphée pour revenir à des choses plus sérieuses, il redouble de ronronnements en frottant sa truffe contre mon menton, avant de venir s’asseoir devant moi, fermant presque entièrement ses yeux, satisfait. Beau joueur, je gratifie ma petite boule grise d’une caresse, bien réelle celle-là, et me lève. Déjà, les sensations s’estompent, laissant place à un sentiment de bien-être confus mais intense. Attablé devant mon bol, savourant avec gourmandise ce qui me reste de songe… je me dis en souriant qu’il faudrait peut-être que j’écrive tout cela.

 

Je n'ai pas écrit cette histoire, elle appartient à bel.inconnu. Mais elle est trop belle et me concerne de trop près pour que je la laisse se perdre dans les méandres de FI.

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6 Commentaires


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Tu as eu entièrement raison de remonter ce récit, il est tout simplement sublime. Merci. :bisou:

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Il est indissociable de mon histoire sur FI, et ce texte est une perle de beauté. :)

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Tu as eu raison de remonter ce joyaux Ainsel, il est magnifique alors merci à toi et à son auteur :)

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Merci d'avoir rendu hommage à ce récit que tu m'as inspiré, et d'en avoir pris soin en mon absence :bisous3:

 

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