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L'oeil du cyclone (2ème partie)

naughty_girl

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J'observe l'espace d'un instant autour de moi. Le salon immense, la cuisine et le couloir qui mènent aux chambres et au bureaux.

Il ne doit pas y avoir un endroit dans cette maison où nous n'avons pas fait l'amour.

Le canapé, le bar, le jaccuzzi, le bureau etc... et cette chambre où nous nous sommes assoupis presque tous les soirs, l'un contre l'autre, en paix.

Mais en réalité, il n'y a pas eu que ça... Il y a eu des fous rires, des heures passées à la table à manger à corriger mes copies, à débattre au sujet de mes notes trop sévères. Il y a eu ces moments passé à cette rambardes, immobiles, à regarder cette vue époustouflante en rentrant du travail. Et il y a eu ces matins, silencieux, blottis l'un contre l'autre à regarder le soleil allumer le ciel en buvant un café.

Le plus drôle c'est que je ne connais même pas les propriétaires qui ont demandé de garder leur maison. Des amis à lui, de confiance que je n'ai jamais vus. C'est un comble. Un comble de savoir qu'une partie de mon histoire est retenue prisonnière en ces lieux, inscrite pour l'éternité, chez eux. Parmi les plus belles lignes qu'ils ne partageront qu'avec ma mémoire, et la sienne.

Ces murs. S'ils pouvaient parler, que diraient-ils ? Parleraient-il de passion ? d'amour? d'exutoire ? Parleraient-il de tragédie? Parleraient-ils d'âmes qui s'éprennent ? Parleraient-il d'interdit ou parleraient-ils d'évidence ?

Difficile à dire.

"Tu es magnifique quand tu penses" me dit avec cette étincelle si pure dans le regard.

Je sors de mes pensées et éclate de rire.

"Heureusement que ça m'arrive souvent " rétorqué-je pour l'embêter.

Il a soudainement cette expression comme si l'injustice du monde s'abattait sur lui et je ris encore plus. Il m'embrasse pour me faire taire. Nos lèvres se défient et nos sourires se provoquent.

"J'aime aussi quand tu ne penses pas..."'dit-il avant de me mordre doucement la lèvre.

J'inspire fort.

"Et quand je pense a toi.... tu aimes?" Ma main derrière sa nuque glisse sur le côté de son visage. Nos front se collent et ma langue cherche la sienne. Il soupire.

En me serrant contre lui, je sens sa queue tendue encore.

"Tu sens comme j'aime?"

Sa voix est grave. Elle vibre dans ma chair jusqu'entre mes cuisses. Comment tout peut basculer si vite? Si fort ?

Comment l'air peut-il devenir si vide ? Si vide que seule son essence peut le rendre respirable ?

Dans notre étreinte j'inspire sa peau, la parcourt de mes mains, la serre contre la mienne pour qu'elle s'y fonde.

De nouveau, l'orage éclate. Diluvien. Le vent des montagnes lance des bourrasques désordonnées qui, changeant de direction s'abattent bientôt sur nous.

La pluie mord l'instant. Le bouscule. Le sublime peut être. Et j'aurais pu sourire. Mais il me happe. Lui, nous. Cette intensité qui s'allume et s'ouvre comme un gouffre.

Ses mains scellent nos corps, les secondes palpitent. Sa langue emprisonne mes pensées et les extermine. Il ne reste plus que nous, et le désir, dans une solitude dramatique.

Il se lève et me porte jusqu'à l'intérieur. Nous sommes trempés, chaud et humides quand nos corps s'unissent parmi le tapage torrentiel et sous la lueur brûlante des lustres, sur ce canapé où de nouveau cette symbiose impossible s'enflamme.

Insatiable, il faut croire, plus mordante à chaque fois. Plus profonde à mesure que l'épuisement recule et que les tréfonds cèdent.

Ce soir n'est peut être pas tout à fait semblable en fin de compte.

Il plaque mes mains au dessus de nous, fige son regard dans le mien, et je peux voir l'instant ralentir. Non ce soir n'est pas comme les autres, et le désir dans ses yeux se débat. Son corps tendu s'enfonce encore entre mes cuisses et oui, c'est putainement bon. Mais tout à coup, en moi, les choses aussi se débattent.

Un de ces moments de vérité inexplicables passe, cru. Cru quand il me prend, cru dans ce plaisir, cru dans cette proximité qui m'étourdit. Me transperce comme une lame.

“Je t'aime” dit-il avant de gémir. D'une voix serrée, d'un regard implacable avant qu'il ferme ses paupières et gémisse encore.

Difficile à décrire comme sensation. Un souffle qui se coupe. Une âme qui se serre. Que dire d'autre ?

Le serrant contre moi, je bascule notre équilibre, toujours fusionnel et suis bientôt au dessus de lui. Une main sur son torse, je peux sentir son coeur battre. Mes hanches qui m'empalent en va et vient sur sa queue me font serrer la mâchoire. Cambre mon épine dorsale.

Les sensations sont étrangement exacerbées. Presqu'impitoyables. Ses doigts glissent entre mes cuisses trempées et m'excitent quand tout mon être déjà est au bord du vertige. La magie de cette harmonie électrise mon corps, ma peau est frémissante sous mes doigts. Une de ses mains se joint à la mienne sur mes seins. Sur mes tétons durs, tendus. Je me sens jouir, je vais jouir à ce rythme éperdu.

Tout se crispe d'abord et puis tout explose.

Mon visage contre le sien, le souffle évidemment anarchique, je soupire :

“Je t'aime” dans l'explosion.

Des mots qui me rassemblent quand j'ai cette impression de m'être dispersée dans l'air. Ses bras forts m'enlacent. Et avant que j'ai le temps de comprendre, il est derrière moi et s'enfonce encore dans ma chatte humide.

“Tu veux me faire mourir?” articulé-je dans l'extase, violente.

Une de ses mains claque sur ma fesses.

“C'est trop bon de te prendre, tu comprends ça ?”

Je crie, crie vraiment fort, quand la jouissance arrive encore et qu'il ne s'arrête pas. Qu'elle explose et qu'il ne s'arrête pas. Et qu'elle revient, encore et encore , en vagues comme si elle s'écrasaient sur un rivage démonté par la houle.

Je me sens couler, crouler. Crier.

“Putain...” gémit-il, à bout, en se retirant juste à temps pour gicler sur mes fesses.

Au delà tout, je reprend mon souffle, il s'affale contre moi.

“Tu me rends complètement dingue” souffle-t-il.

Je crois que même si j'essayais je ne saurais plus parler. Il fait ça trop souvent :lal : En me faisant l'amour comme un dieu, ou d'un simple regard.

Je souris. Je ne sais pas pourquoi, l'histoire des huit dernières année jaillit dans ma mémoire et défile en une demi seconde. Cette première fois où je l'ai vu, l'expression illisible de son visage. Cette violence que j'ai pu voir en huit ans s'effacer peu à peu dans ses sourires. Ses maladresses d'humanité qu'il ne savait pas résoudre. Son coeur emmuré par ces forces qu'ils n'auraient jamais dû apprendre et que j'ai pourtant appris à admirer . Cette innocence qui a percé peu à peu dans ce regard, et cette liberté que je peux voir jaillir aujourd'hui et qui me donne envie de pleurer.

Tu me manques m'a-t-il dit un jour, est ce que ça va ? est-ce qu'on peut dire ce genre de vérité ? est-ce qu'on peut dire quand on a mal ?”

Des réunions en pagaille à des heures impossibles m'avaient empêché de le rejoindre à la villa depuis déjà plusieurs jours. J'avais écouté sa voix, souri d'une profondeur dans mon coeur douce-amère.

C'est un des plus grands courages que je connaisse” avais-je répondu. Et je l'avais écouté penser dans le silence.

***

Quand nous reprenons un semblant de conscience, il a cette idée peu recommandable vue la tempête, d'aller à la piscine. Irresponsables, nous sortons dans cette folie de vent et de pluie, main dans la main, nus et tranquilles quand bien même devant nous s'étendrait un abime.

L'air est lourd, chaud même lorsqu'il fait résister nos corps, mêlé au goutte d'eau qui grondent sur le sol. Un décor de jugement dernier presqu'a propos, si différent de la tendresse de notre étreinte lorsque nous entrons dans la piscine.

Son corps est une caresse contre le mien, mes bras autour de son cou approchent nos lèvres. Quand je l'embrasse je me demande si la douceur est comme la haine, si elle résonne dans l'univers. Si oui, alors nous aurions toujours ça. Toujours toujours. D'avoir pu unir si profondément ce que nous sommes.

Une fusion qui a duré jusqu'à l'aube, dans l'eau quand il m'a prise de ses doigts, dans la baignoire emportée par la chaleur et l'ivresse des essences florales, lentement. Et sur le lit encore, où il m'a prise jusqu'aux premiers rayons du jour.

***

Après des heures trop courtes de sommeil, c'est sa langue entre mes cuisses qui me réveille. S'insinuant dans ma fente encore sensible. Ses mains écartant mes fesses, son souffle qui m'effleure me font mouiller l'esprit encore embrumé de mes rêves.

Son gland déjà humide aussi glisse entre mes lèvres et fini par s'enfoncer doucement dans ma chatte. Nos souffles percent ce silence matinal et s'élèvent au rythme de ces va et vient en moi. Je le sens s'allonger contre moi, son visage au creux de mon cou, ses lèvres sur ma peau comme à chacun de nos réveils ensemble.

Les gémissements sont des murmures. La violence a disparu de nos corps. Le plaisir s'écrit comme les lignes d'un serment, celui renouvelé mille fois, de ne jamais oublié la gratitude de s'aimer aussi fort sans jamais s'être fait de mal.

Quand il expire, et tremble, nos doigts entremêlés se serrent. Son visage contre mon épaule se blotti en douceur.

Et je sens des larmes s'écouler sur ma peau. Est-ce que je devrais dire quelque chose ? Ai-je quelque chose à dire ? Au final, en le prenant dans mes bras, je me rend compte que non. Il n'y a rien de plus que je pourrais dire.

A cet instant l'alarme de mon téléphone retentit. L'écran affiche : 9h réunion politique.

Et soudainement je me rappelle que les destins des uns et des autres peuvent bien s'écorcher, il y a toujours l'avenir. A vouloir. A rêver. A construire inlassablement.

Epilogue

“Il va falloir que tu prennes une partie de mon coeur” dit-il le regard plein d'une rage que je n'avais pas vu depuis longtemps. Sa main qui prend la mienne et la place contre sa poitrine tremble.

“Il va falloir que tu la prennes et que tu la gardes. Sinon, je ne saurai pas comment faire”.

Difficile de prévoir avant d'avoir vécu, la déchirure d'une dernière fois. J'aurai pu fondre en larme, juste là, à quelques centimètres de ma voiture. Mais à quoi est-ce que ça servirait ? Est-ce que j'en suis capable de toute façon?

La paix prend parfois une forme étrange. L'effet qu'il a sur moi est impossible, définitivement impossible. Je le prend dans mes bras, le serre contre moi du plus fort que je peux sans pouvoir dire un mot.

Et je finis enfin par trouver me voix.

“Tu es comme l'océan, même si je voulais te fuir à l'intérieur, je finirais par comprendre que tu es partout autour de moi”

Mes lèvres effleurent les siennes, inspirent plus profondément que jamais et déjà presqu'en retard, je me retourne et rentre dans ma voiture.

***

Quand je démarre, et pars, cette vision de lui immobile dans le rétroviseur me fait fixer la route et me concentrer sur le chemin opposé qu'elle dessine.

Dans ce que je suis en train de faire je peux sentir ce que j'ai déjà fais.

J'ai déjà aimé. Aimé, fort, de toutes ces forces que j'ai et de toutes celles que j'aurais tant voulu avoir. Et j'ai senti cette déchirure déjà. Celle de partir. Parfois en étant convaincu de faire pour le mieux, parfois par contrainte, mais ce vide, qui mord, envahit jusqu'au désespoir est une vieille connaissance lol.

Et j'ai connu déjà cette sensation d'avoir brûlé mon corps. Mon âme. Mon être, jusque dans ces limites qui font surgir l'extase au point où elle fait mal. La rage au point où elle se consume. Et l'épuisement au point de ne plus avoir la force de quoique se soit.

Ces émotions si fortes ont parfois dû me donner la sensation de mourir :lal: Et parmi elles, sur ce chemin que je parcours la tête presque vide, il y en a une que je croyais connaître, mais qu'il m'a fallu en réalité 26 ans pour comprendre.

Celle qui pourrait à cet instant me faire regarder Dieu en face sans trembler . Une qui me fait me sentir au sommet du monde malgré cet avenir que je devrais craindre.

Une émotion. Un lien. Un mot. Sublime. Invulnérable.

La confiance.

fin.

***

A cet être impossible...

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7 Commentaires


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Guest SweetWhite

Posté(e)

Je n'ai pas de mots pour qualifié les émotions que tu nous transmet... juse sublime et merci NG

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Guest besoindechaleur

Posté(e)

whaaaahhhhhh que dire après avoir lu cela..............

 

à vrai dire rien.......tout est dit.........si intense, si beau et si triste à la fois, juste sublime !!!!!!!! sublime..........

 

 

merci à toi, juste merci de partager cela, merci

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Grrrrrrrrrr moi qui la ramène tout le temps .......je reste sans voix......pas un miaulement à rajouter c est superbe...

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je dirais simplement ..........j'aime ^^, ça doit être la sincérité qui ressort de tes mots qui en décuple la beauté ...

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c'est juste sublime

 

ta plume est aussi belle que toi ma poulette

 

une deesse sur terre

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