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Tango

Mariveau

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Buenos Aires janvier 1946

Cela faisait quatre mois que la guerre était terminée, l’homme qui se tenait seul au fond de la grande salle du Palace paraissait sombre, absent. Il fumait une Dunhill et vidait régulièrement son verre de bourbon.

Quel âge pouvait-il avoir, il paraissait si fatigué, les tempes grisonnantes, ses yeux marron verts semblaient si vides.

Ceux qui l’avaient croisé dans l’hôtel avaient pu remarquer son teint halé et avaient ressenti un malaise.

Le Lieutenant Commander Vince Parker venait d’être démobilisé, il avait refusé de rempiler, malgré les sollicitations de l’État Major de la Navy.

Il avait traversé la guerre dans le Pacifique sans égratignure jusqu’à ce jour fatidique. Il avait survécu aux combats de l’Iron Bottom Sound à Guadalcanal, là où tant de ses amis avaient disparu broyés par les tôles sous l’impact des obus des croiseurs japonais. Combien de ses camarades gisaient au fond de la mer dans ces cercueils de fer.

Puis il avait échappé aux terribles Kamikaze avant d’embarquer sur le Croiseur Indianapolis pour rejoindre Tinian avec les composants de Little Boy.

Loin des routes maritimes le vaisseau avait été torpillé dans la mer des Philippines, 300 hommes avaient disparus et il s’était retrouvé dans l’eau avec 900 survivants.

Mais ce n’est que quatre jours plus tard qu’ils furent repêchés, du moins ceux qui avait pu s en sortir.

Neuf cent hommes avaient péri d’hypothermie, de déshydratation et des attaques incessantes des requins.

Ils avaient vu ses hommes se laisser partir quand ils n’étaient pas happés dans les fonds par les mâchoires acérées des squales affamé. Il avait voulu mourir, mais il était vivant, mais l’était il vraiment.

La salle de restaurant se remplissait d’une foule cosmopolite de bourgeois, de starlettes, de femmes en quête de plaisirs, d’industriels corrompus,Vince se surprit à regarder entrer une femme.

C’était une femme, d’une beauté délicate. Elle portait une robe longue, de soie noire, fendus sur les cotés laissant apparaitre ses jambes, ses cuisses si divines. Elle portait des hauts talons à bride.

Ses jambes étaient gainées de bas noirs maintenus par un porte jarretelle, dont on devinait les prémices, ainsi que le galbe magnifique de ses jambes de danseuse .

Le décolleté de sa robe laissait deviner des seins superbes, aux courbes parfaites, au port altier;

La délicatesse de la soierie laissait apparaitre ses pointes légèrement dardées par le frottement de l’étoffe.

Elle avançait, féline. Les hommes la regardaient avec envie, la déshabillant du regard, les femmes étaient jalouses de sa beauté.

L’atmosphère était lourde, de gros ventilateurs brassaient l‘air à un rythme lent, comme si les pales avaient du mal à pénétrer l’air épais.

Elle croisa le regard de Vince, elle lui sourit, il lui répondit.

Elle resta un instant figée, comme hypnotisée par le regard profond de cet homme à l’âme tourmentée.

Elle s’approcha de la table de Vince, et avec aplomb s’invita, il accepta.

Les regards se tournaient vers eux, et on devinait les commentaires.

Christina écouta avec attention Vince, elle se raconta, le champagne qu’il avait commandé favorisait le contact.

Puis les musiciens entamèrent alors un tango et sans se concerter le couple se mit à danser.

Lentement ils reculèrent l’un vers l’autre, portés par cette musique sensuelle qui déchire le cœur.

Au tempo, retour brutal face à face, une main posée sur son épaule, l’autre dans la sienne, le temps semble suspendu à la puissance de la fièvre qui vont transcender leur ébat.

La scène est torride et les convives se sont tus.

Leurs pas s’enchainaient comme autant de caresses, fouettés, Chritina avait enroulé sa jambe sur les reins de Vince, qui la conduisait avec maestria . L’excitation des corps était là .

Fente qui déchire leur corps, fente de son intimité, humide et chaude. Troublant, il la traine sur le sol, danseuse exsangue de plaisir.

Les corps enclavés leurs sens s’échauffent, se repoussant et s’attirant à n’en plus finir.

Les mains moites glissent, la peau ruisselle, front contre front, le souffle court, leurs lèvres se cherchent pendant que leur jambes s’enlacent.

Suivre le tempo tout en couvant l’incendie qui irradie son ventre, les blocs de lave que charrient leurs veines.

Elle glisse le long de son torse, une jambe repliée, l’autre tendue vers l’arrière, ses mains accrochées à ses hanches, le visage posé sur son sexe gonflé, désir lancinant, de le prendre là dans sa bouche.

Il la relève brutalement, la retourne pour la basculer sur sa cuisse, dos cambré, la tête en arrière, ses cheveux longs balayant le sol. Il effleure d’une main caressante l’espace entre ses seins, jusqu’à son bas ventre.

Elle frémit, prunelles de braise, souffle tenu. L’instant semble si fragile soumis à l’arrêt de la séquence musicale.

Christina enroule ses bras autour du cou de cet amant, car ils le savent, ils seront amants. Il recule lentement pas à pas. Élastique son corps s’étire, ses pieds glissent sur le sol, elle tourne autour de lui, suspendu dans le vide.

Le tempo du tango les rappelle à l’ordre, lent, lent, rapide, rapide, lent, un battement de cœur, un va-et-vient, un retour, une pulsation orgasmique. Il la laisse monter doucement pour rester juste au bord de l’extase afin que le plaisir se diffuse partout dans son corps et sa tête.

Vibrations lentes et profondes, vêtements mouillés, peau humide, leurs doigts se crispent. Lent, lent, rapide, rapide, lent, leurs corps s’enroulent, se déroulent, se cherchent, se repoussent, s’aspirent, jambes écartées, relevées, mains fébriles.

Pas frénétiques, sensuels, gestes saccadés, elle s’agrippe à ses fesses musclées. Elle plie sa nuque et sa bouche aspire sa langue. Envolée lyrique des sens, pause entre ciel et terre, lent, lent, rapide, rapide, lent, souffles mouillés, spasmes, onde de choc, l’orgasme les terrassent en plein vol.

Exaltation.

La musique s’était tue.

Dans la salle pas un bruit, les convives restaient là sans réagir, troublés par l’intensité de ce tango, sans un mot, ils s’embrassèrent avec passion, et montèrent en direction des chambres.

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