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Lettre 2 : de Cécile à Sophie

campari

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Lettre 2 : de Cécile à Sophie

Voici quelques heures, ma vie, que je ne t’ai pas écrit, et cela me semble un éternité ; cette lettre te parviendra sans doute en même temps que la précédente, et ainsi tu pourras peut-être, en les lisant à la suite, ressentir autant que moi le tourbillon d’événements dans lequel je me trouve empêtrée, et qui, soit hasard, soit destin, soit les deux ensemble, semble s’acharner sur ta pauvre Cécile.

Je fus tout à l’heure interrompue dans ma lecture par l’arrivée de la Supérieure à qui on avait rapporté que j’étais indisposée, et qui, donnant dans ce prétexte que j’avais pris pour m’assurer quelques instants de repos et de tranquillité, avait craint pour moi un rafraîchissement, auxquels tu sais que je suis cependant sujette. Elle eut, en entrant dans ma chambre, un mouvement de recul, tant la pâleur de mon visage la frappa, et attribua donc à quelque début de maladie mon simple défaut de sommeil. Elle se reprit bientôt, et, cédant à son habituel excès de précaution, insista pour que le père M*** m’entendisse en confession, et qu’ainsi la délivrance des fardeaux qui encombraient mon âme fût le baume qui me rendrait la santé. J’accueillis ce projet, tu t’en doutes, d’humeur maussade, ne croyant pas avoir commis de crime qui pût attirer sur moi la colère divine, et frémissant d’effroi en songeant aux regards glacés et pleins de reproches du père M*** qu’on appelait pour me donner l’absolution. Quelle ne fut pas ma surprise et mon soulagement lorsque j’entendis chuchoter qu’on envoyait quelqu’un d’autre, pour une raison qu’on ne prit pas la peine de me dévoiler.

Je m’ajustai un peu, et vis bientôt entrer dans ma chambre le père C***, ou plutôt devrais-je dire la plus belle figure que j’eus jamais vue de mes yeux. Quoique sa mise fût simple et conforme au vêtement dont son ordre est coutumier, elle laissait deviner qu’il était très bien fait ; et sa jeunesse, la noblesse de son visage et de son maintien, contribuèrent à me tranquilliser juste avant d’accomplir cet exercice si nécessaire à notre salut, mais que tu me sais tenir en horreur. Il s’intalla près de mon lit, sur une petite chaise qu’on lui avait apportée, et prononça quelques mots d’une si grande amabilité que je me résolus aussitôt à lui conter de bout en bout la scène dont j’avais été, bien malgré moi, le témoin unique et privilégié. En y repensant alors que je t’écris, je regrette presque cette disposition d’esprit inconsidérée, car, après tout, cet homme m’était inconnu, et je ne songeais pas alors que ce j’allais lui révéler pût peut-être faire du tort à Julie.

Il poussa l’obligeance jusqu’à se tourner dos à moi, afin que, créant par là l’apparence du confessionnal, ses regards ne pussent me mettre suffisament mal à l’aise pour troubler mon récit. Je lui dis tout : Julie nue, la douce chaleur que me procura cette vision nouvelle, et finalement combien les mots qu’elle m’avait adressés m’avaient agitée durant la nuit. Le père C*** m’écouta avec attention, sans m’interrompre, mais lorsque je relevai les yeux, que j’avais, par humilité, gardé baissés pendant que je parlais, je crus remarquer chez mon confesseur une certaine animation fiévreuse qu’il me dit attribuer, puisque je l’interrogeai là-dessus, à la chaleur qui régnait entre mes murs. Je lui tendis alors le mouchoir que je garde toujours dans mon corsage, et il le prit avec beaucoup de douceur, non sans louer au passage la blancheur de mes mains. Contrairement à ce que je m’étais figurée, il ne le porta pas à son front, mais le fit plutôt glisser sous son habit, pour le poser apparemment sur le haut de ses jambes, et ne retira pas pour autant la main qui le tenait.

Il me questionna alors plus précisément, et voulut insister sur le corps de Julie, dont je n’avais en effet évoqué que la nudité, sans en dépeindre davantage les charmes. Je ne lui fis mystère de rien, et, puisqu’il le trouvait bon, je lui décrivis avec autant d’exactitude que ma mémoire me le permit tout ce qui avait été offert à ma vue ; et ni l’expression de ses yeux abandonnés, ni sa posture alanguie, ni les soubresauts de sa poitrine ne furent oubliés. Il poussa un soupir très profond et soudain qui me fit taire immédiatement, et je vis, l’instant d’après, réapparaître de sous son habit sa main, et le mouchoir. Se tournant alors, je remarquai qu’il semblait en effet avoir très chaud, et, avec les joues rougies (ce qui ne manquait pourtant pas de donner une grâce supplémentaire à ses traits), me déclara qu’il était très satisfait de mes réponses, que mon âme n’était point en péril, et que sans doute la guérison de mon mal appartenait plus au médecin qu’au pasteur.

Pleinement soulagée, je n’ajoutai rien et ne lui fis qu’un sourire ; il sortit bientôt, non sans avoir déposé mon mouchoir chiffonné au pied de mon lit. Je m’en saisis, et, en voulant le défroisser, je m’aperçus qu’il était trempé d’un liquide dont je ne pouvais qu’ignorer la provenance, n’ayant pas vu le père C*** sortir de quelque endroit ni vin ni eau bénite, mais je ne doutais pas un seul instant que, venant d’un saint homme, ce ne pût être rien que de divin. J’y déposais un baiser pour l’amour de lui et rangeai cette soie, qui, en un moment, m’était devenue si chère parce qu’il l’avait tenue, contre mon sein ; et cette saveur particulière que, deux heures après, je goûte encore sur mes lèvres ne cesse de me rappeler combien je peux à présent être apaisée.

On m’apelle, adieu mon coeur, adieu ma vie, je continuerai plus tard ; écris-moi là-dessus, et pense à ta Cécile qui t’aime !

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5 Commentaires


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Divin, sublime, magnifique....

Un vrai régal pour les yeux.

Bravo Campari

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j'adore...tout y est : la complicité évidente des deux correspondantes. Le charme désuet qui nous transporte vers d'autres lieux, une autre époque même. La sensualité à peine dévoilée dans tes mots. Je suis sous le charme de ces écrits...je veux une suite !!! ;-)

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Merci beaucoup, vous êtes adorables, les filles ! Désolé de vous faire languir, mais la suite sera après mes vacances ; 2 semaines à attendre ! ;-)

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